Venezuela: UNE VICTIME DE LA "garimba" PARLE

Publié le par cubasifranceprovence

Par Nathali Gomez

Caracas, 6 mars AVN – elle vit dans le sud-est de la ville, dans une zone de classe moyenne haute. Il y a quelques années, elle a déménagé du centre de Caracas parce qu'on lui avait assuré qu'elle serait dans un endroit tranquille et organisé. Un jour, après le 12 février de cette année, elle a senti que s'était réveillée parmi les gens le trouble et la haine. Elle ne comprenait pas pourquoi elle devait rester enfermée chez elle parce que ses voisins l'empêchaient d'aller à son travail. Dans sa rue, il y a encore les restes d'une guerre interne qui a commencé pour se défendre de quelques attaquants inexistants qui venaient du quartier et qui jamais n'arrivèrent, et qui s'est terminée contre ses propres voisins avec la complicité des autorités locales.

Il insiste pour que dans cette entrevue, on dise comment il s'appelle. Si son nom était Carlos ou Jesus, ce serait plus facile mais on pourrait l'identifier parce qu'il n'est pas commun, comme la violence fasciste de certains qui il y a peu lui disaient poliment chaque matin « Bonjour ».

Comment se passent les jours dans un quartier de l'Est de Caracas où il y a des « garimbas » ?

On vit en permanence traqués, enfermé dans sa propre maison sans pouvoir sortir ni entrer, tu ne sais pas quoi faire pendant la journée. Comme je ne vais pas à leurs réunions, je ne sais pas ce qu'ils vont faire le lendemain. Cela te fatigue, te rend inquiet, parce que tu ne sais pas quand ils finiront, tu ne sais pas en réalité ce qu'ils demandent. Si tu vas acheter du pain, tu sors avec cette incertitude parce que tu n'aimes pas être si longtemps hors de chez toi, alors que tu es à quelques mètres de ta maison, tu veux rentrer parce que tu es inquiet. Ce n'est pas facile de vivre parmi cette folie.

Comment ils les élèvent ?

En quelques minutes. Dans les endroits où il n'y a pas de « garimbas », il y a seulement des obstacles. Tout commence quand un pick up décharge des décombres et des ordures et s'en va. Quand les gens viennent à passer et qu'il n'y a personne, ils les écartent et continuent. Ceux qui les installent, en voyant qu'ils les ont enlevées, les réinstallent et ça peut être ainsi toute la journée. Au début, je voyais mes voisins mais maintenant, ils me sont inconnus.

Qu'arrive-t-il où il y a des personnes qui empêchent le passage ?

Où il y a des « garimbas », ils accumulent des objets dans la rue et font un espèce de mur. Ils mettent des chaises, des bâches, des oreillers, des armoires, du caoutchouc, des blocs. Dans le secteur, il y a une construction qu'ils ont mise à sac pour utiliser les décombres dans leurs « garimbas » et ils ont même démantelé le filet de protection pour mettre des obstacles. Ils ont aussi commencé il y a quelques jours à mettre les fils de fer barbelés.

Beaucoup de voisins y participent ?

Une dizaine de personnes au maximum. La majorité sont des adultes qui tapent sur des casseroles et des jeunes qui crient des consignes, se prennent en photos et font une vie sociale. Ceux qui passent dans leur voiture klaxonnent en signe de soutien mais ne descendent pas.

Parlent-ils de leurs raisons de protester ?

Ils écrivent : « Maduro, démissionne maintenant » et mettent le drapeau à l'envers. Ils font des marionnettes avec des vêtements de camouflage qui représentent les membres de la Garde Nationale Bolivarienne qu'ils frappent fréquemment. Il y a aussi une marionnette d'un homme habillé en rouge qui a des moustaches et qui est pendu dans un arbre.

En plus des marionnettes, quels autres symboles as-tu vu ?

Ils veulent recréer un cimetière dans les espaces verts. Ils mettent des croix noires dans la terre, des plaques, des fleurs, ils prennent des cierges.

Qu'est-ce qu'ils écrivent sur les pancartes qu'ils utilisent ?

Ils sont pleins de messages agressifs envers le Président, le Gouvernement, les voisins qui ne se manifestent pas. Par exemple : « Si ma « garimba » t'enlève ta tranquillité, ce qui me l'enlève, à moi, ce sont les morts qu'il ya dans le pays », « Je t'échange 10 voisins chavistes pour un « gocho » », « Dehors les Castro ! », « Cuba hors des forces Armées ! »

Qu'est-ce que tu éprouves quand tu traverses une « garimba » ?

J'éprouve de la peur, de la pitié et du dégôut. Quand nous déménageons dans une zone comme celle-ci était parce que nous pensions que c'était un endroit tranquille. Quelqu'un passe et sent qu'il est dans une ville de l'après-guerre, tout est détruit, désolé.

Que se passe-t-il avec ceux qui veulent enlever les obstacles ?

Cela va dépendre de la zone. Il y a des endroits où il ne se passe rien, où il y a seulement la barrière. Les gens passent, l'enlèvent mais en fonction de l'heure elle réapparaît. Mais là où sont les « garimberos », les gens arrivent seulement à discuter parce que si tu oses bouger une pierre, un tronc, ils t'agressent, te crient après, font du bruit avec des casseroles. Il vaut mieux ne pas s'y risquer.

Quelle est l'action de la police ?

La police de Baruta a été complice de toute cette démence et je le dis parce que j'ai vu les patrouilles malintentionnées, avec l'excuse de protéger les citoyens, et ils ont barré le passage. Il y a des obstacles que les gens ont écartés et que la police quand elle est passée, en pouvant les traverser, les remet et dit qu'il n'y a pas de passage et empêchent la libre circulation.

J'ai vu que les patrouilles circulent avec les lumières et les sirènes et derrière, il y a une caravane d'une vingtaine de véhicules qui klaxonnent. Je suis passé souvent. Le simple fait que la police n'enlève pas les obstacles quand il n'y a personne, pour moi est un indice de complicité, comme de celle du maire.

Comment s'est déroulé tout cela ?

Ils on mis la « garimba » en place une nuit, il y a 3 semaines. Quelqu'un a commencé à appeler avec un magnétophone les gens pour qu'ils descendent, il leur disait qu'on leur avait lancé des cocktails Molotov et que personne ne l' avait aidé.

Les gens ont commencé à descendre et en ont profité pour se défaire de choses comme leurs sapins de Noël.

Il me semble qu'il y a eu une régression dans la quantité de personnes qui ont fait les barrières et une évolution dans leur taille et dans la quantité d'objets qu'ils utilisent pour barrer les rues. De plus, presque personne ne fait de bruit avec des casseroles à 8h du soir, ce qu'ils font, c'est arriver, se prendre en photos et partir.

Comment se sentent les enfants dans cette zone ?

Les enfants sont toujours effrayés, décontenancés. Pendant le Carnaval, alors qu'ils jouaient en se déguisant sur une place de ce secteur, un groupe est arrivé avec des croix noires, des pancartes avec des messages violents comme : « Qu'est-ce qui se passera si c'est ton fils qu'ils tuent ? » Les enfants sont partis en courant, ont pleuré, se sont cachés sous les tables. Il y avait des personnes habillées comme la mort, avec des masques.

Dans ta famille quelqu'un a-t-il a été directement affecté par cette situation ?

Il y a quelques jours, il y a eu une manifestation avec des casseroles à 3 h du matin. Bien qu'il y ait peu de casseroles, à cette heure-là, le bruit est très fort. Ma petite nièce s'est réveillée en pleurant et en tremblant. Nous avons passé au moins 2 heures à essayer de la calmer parce qu'elle a eu une crise de nerfs. Dans la matinée, je me suis dit : « Nous devons demander à Dieu qu'il eur enlève la haine qu'ils ont dans le cœur. »

Ils utilisent des arbres pour barrer les rues ?

Ils abattent des arbres. Des bambous, « samanes », ils ont abattu des « araguaneyes » qui étaient en fleurs à ce moment-là. Ils ont utilisé du matériel de professionnels, les coupes sont des coupes de scie, propres.

Qu'ont-ils fait au Carnaval ?

Ils ont amené des piscines, fait des grillades, ils ont bu, utilisé des maillots de bain, ils ont pris le soleil. Ils avaient des pantartes avec : « Bienvenue à la palge La Trinité », « Bienvenue à la plage Prados del Este ».

Que sent le quartier où tu vis ?

Au début, il sentait le caoutchouc brûlé et il y eut même des nuits où il était impossible de dormir. Maintenant, cela sent le brûlé de temps en temps mais l'odeur qui persiste est celle des ordures parce qu'elles s'accumulent. Le nettoyage n'a pas été fait ces jours-ci et cela a contribué à ce que les sacs et les déchets restent là et fassent partie des obstacles. De plus, les voitures passent, les déchets se collent à l'asphalte et là s'entassent des couches et des couches de déchets.

AVN 06/03/2014

(traduction Françoise Lopez)

http://www.avn.info.ve/contenido/habla-una-v%C3%ADctima-guarimba