Robert Ménard ELU A Béziers: AVANT LE FN, UN SOMBRE PARCOURS A RSF

Publié le par cubasifranceprovence

Par Jacques-Marie Bourget

LE PLUS. C'est soutenu par le Front national que Robert Ménard, 61 ans, est devenu dimanche dernier maire de Béziers. Étonnant parcours pour qui a fondé Reporter sans frontières, ONG censée lutter pour la liberté de la presse dans le monde ? Pour Jacques-Marie Bourget, écrivain et journaliste à Mondafrique.com, les zones troubles dans le portrait de Ménard ne datent pas d'hier.

Dans sa vie, Robert Ménard n’a pas fait que des mécontents. Ainsi, les abeilles aiment Robert Ménard parce que cet agité du bocal a très vite quitté le métier d’apiculteur pour devenir journaliste pigiste – peu de temps –, à Radio France Hérault.

Ménard est aussi écrivain. Pour bien caller le personnage, je vous recommande la lecture de son "Club des 500 : les 500 qui font le Languedoc-Roussillon" (éditions Ensoleillées). Un écrit vin qui nous fait la pub des pinards du coin. Entre chaque mot on sent déjà monter la conscience universelle. Sous Ménard pointait Montaigne.

Mais avant que Robert puisse dresser décemment son vital chapiteau, celui qui va faire sa gloire et celle de Reporters sans frontières (RSF), il faut beaucoup d’argent. A la louche, au plus fort du "Robert Ménard Show", le budget de RSF tourne autour des quatre millions d’euros.

Les bons comptes de Ménard à RSF

Une somme qui sert essentiellement à mettre en scène le Humphrey Bogart de Béziers. Dans un article publié dans "Dzerkalo Tygdnya", en Ukraine, Alla Lazaréva, ancienne correspondante locale de l’ONG, écrit : "Monsieur Ménard aspire trop à substituer sa propre personne à la cause entière de la liberté de la presse". A la santé du petit Robert.

Dans tout cet or alors dépensé par RSF, l’étonnant est la part utilisée pour le "fonctionnement" de ce SAMU mondial de la liberté : 15,4% en 2010, c'est-à-dire deux ans après le départ du gourou de la direction de l’ONG. Habile dans l’art comptable, Bob avait pris l’habitude de cumuler dans les comptes de l’association les "frais de fonctionnement" et ceux de "recherche de fonds", ce qui est pourtant la même chose. Dîner avec François Pinault, ce n’est pas du "fonctionnement", c’est donc de la "recherche". Pas bête.

Reste que le seul budget de ce "fonctionnement" en 2010, avoué à 10,3%, est le double de celui de Médecins du Monde… et que le taux était plus grand encore sous la férule de Ménard [1]. La différence entre journalistes et médecins ? Peut être les honoraires des maquilleuses…

Pendant sa tutelle, le Spartacus du dire et de l’écrit a transformé l’action de son ONG en "missions". Pour un catho, c’était normal. Ainsi, le pli donné par Bob étant gardé après lui, en 2010 les "missions" de RSF en France siphonnaient toujours 61,1% des fonds, alors que les "missions" étrangères atteignaient les 21%. Position du missionnaire Ménard : ne pas panser et nourrir les journalistes en détresse, ou si peu, mais faire du vent avec son éolienne humanitaire.

Le trait de l’addition tiré, si l’on ajoute les 10,3% des "frais de fonctionnement" aux 82,1% que coûtent les "missions", restent pile poil 7,6% pour aider matériellement les journalistes en péril. Mais je n’ai rien contre le vent, sauf à vélo quand il est contraire.

L'argent, ses sources, son odeur

Dans tout ce tas de thunes, RSF touchait de bons dollars de la "National Endowment for Democracy" (NED), 35.000 euros en 2005. Il s’agit d’un machin fondé par un ami de la liberté, Ronald Reagan. Cette NED se camoufle dans le cabas de l’US AID. Un organisme délicieux où l’on a vu sévir un type aussi charmant que John Negroponte, connu comme manipulateur des escadrons de la mort au Salvador, avant de passer proconsul en Irak, puis mamamouchi à l’ONU.

Des sous pour Robert sans frontières viennent aussi du "Center for Free Cuba", alimenté par l’extrême droite américano-cubaine (64.000 euros par an sous le règne du roi Robert). Selon les experts – mais ce chapitre ne concerne pas notre petit Robert – cette NED et ce "Center for Free Cuba" peuvent être "utilisés par la CIA pour monter des combines à l’étranger…" [2]. Oublions "les aides occasionnelles" de George Soros, un immense militant du dollar libre.

Naguère, Ménard a pas mal bricolé avec Omar Harfouch, un turbulent playboy libano ukrainien. Après avoir soutenu RSF, Omar a soutenu une cause tout aussi belle : le concours de "Miss Europe". Quelques journalistes mal élevés se sont étonnés que RSF se fasse financer par cet Omar-là. Ces crânes réduits ont trouvé bizarre "qu’Harfouch, un ami de Kadhafi, finance la liberté de la presse…". Ménard a retourné le passing-shot : "Harfouch aime peut être Kadhafi, mais il aime aussi RSF !" Tout va bien. Dans un moment d’égarement, "Libération" a pourtant titré : "Pour RSF l’argent n’a pas d’odeur". C’était mal de critiquer celui qui faisait le bien.

Ouf, en France tout va bien

Est-ce le poids de ces dollars dans son entreprise de charité ? On n’a jamais vu Ménard escalader les façades des ambassades des États-Unis ou d’Israël. Ou frapper sur des bidons devant leurs pas de portes. Quand il a été contraint, sauf à perdre la face, de gratouiller l’Amérique and Co, Ménard a adopté le ton de Marchais condamnant l’entrée des chars russes à Prague.

Heureusement, pour ce qui est de la liberté de la presse en France, hormis ces blacks et beurs qui empoisonnaient la vie des cameramen de TF1 quand ils allaient filmer les indigènes en banlieue, tout a toujours marché très bien.

Pourtant, cette façon qu’avait Ménard de voir la perfection en la presse tricolore a agacé pas mal de gens, comme Rony Brauman et Jean-Claude Guillebault, deux parrains de RSF. Heureusement, Robert Redeker, membre du Conseil d’administration de l’ONG n’a jamais, lui, formulé de plainte. Un islamophobe est un homme qui sait souffrir en silence.

Les géométries variables de Ménard

Pour ne pas froisser les grands pays amis, RSF sous Ménard a cessé de compter les journalistes blessés ou assassinés par des GI’s ou des soldats de "Tsahal". Ainsi quand chaque année Ménard publiait son "État de la liberté de la presse dans le monde", le décompte des confrères touchés ou tués en Cisjordanie ou à Gaza ne n’a jamais été porté au débit d’Israël. Quand c’était en Irak qu’un confrère était atteint, rien non plus au décompte du déshonneur des États-Unis

Le cas Sami Al-Haj, celui d’un cameraman soudanais travaillant pour Al-Djazira, a toujours énervé Ménard. J’en ai un jour parlé dans un journal… Toujours amoureux de la presse libre, Bob m’a téléphoné pour m’injurier. Ça fait du bien de recevoir une bonne leçon de journalisme de l’auteur du "Club des 500".

Donc, le 15 décembre 2001 Sami Al-Haj, coupable d’être journaliste, est arrêté par les GI’s en Afghanistan, puis on le retrouve à Cuba prisonnier du bagne illégal de Guatanamo. Mais Ménard attend avant de demander des nouvelles du confrère qui, ni en 2004, ni en 2005, ne figure sur la liste tenue par RSF des "journalistes prisonniers". Il faudra attendre le printemps 2006, alors que l’Europe critique enfin Guantanamo, pour que Ménard retrouve Sami dans son carnet.

Le 8 avril 2003 à Bagdad, le tir délibéré d’un char US tue deux confrères qui filment depuis un balcon de l’hôtel Palestine, Tars Protsyuk de Reuters et José Couso de la télé espagnole. Pourtant, après quelques mois de parcours commun avec RSF – pour obtenir vérité et réparation – la famille Couso vire Ménard du soutien à leur cause. Faut dire que, dans le genre défenseur des journalistes assassinés, Robert a fait fort. Dans un rapport siglé RSF, la conclusion qui tombe ne fait pas de chagrin à l’Amérique : c’est à l’insu de son plein gré que le char de Bush a tué José et Protsyuk.

Ferme mais juste, le Robert. Aujourd’hui c’est sous les platanes des allées Paul Riquet que le bon Bob va faire régner la justice. On est à Béziers.

[1] "La Face cachée de Reporters Sans Frontières" de Maxime Vivas aux éditions Aden

[2] "Pourquoi RSF s’acharne sur Cuba" de Jean-Guy Allard chez Lanctôt Editeur (Canada)

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1168113-robert-menard-elu-a-beziers-avant-le-fn-un-sombre-parcours-a-rsf.html