Coup d'Etat doux au Brésil

Publié le par cubasifranceprovence

par Stella Calloni

traduction Françoise Lopez

On cherche un prétexte pour interrompre le mandat constitutionnel de la présidente du Brésil Dilma Rousseff "sans aucune base juridique " ont assuré des intellectuels et des enseignants brésiliens qui ont condamné les tentatives pour initier des processus politiques (impeachment) contre la présidente qui fut réélue il y a un an avec 54% des voix.

Rousseff a été soutenue ces derniers jours par plusieurs gouvernements de la région face aux tentatives de coup d'Etat doux qui se durcissent jour après jour.

L'analyste brésilien Saúl Leblón, de l'agence Carta Maior, avertit que "le pays vit des heures cruciales". Il estime que la réputation de ceux qu'il appelle "des centurions" du putschisme s'effondre, comme c'est le cas pour le député Eduardo Cunha du Parti du Mouvement Démocratique Brésilien (PMDB) allié du gouvernement et d'autres comme l'ex candidat à la présidence Aecio Neves et Augusto Nardes, rapporteur du Tribunal de Comptes de l'Union qui a accusé récemment Rousseff de maquiller les chiffres des comptes publics de 2014 et veut demander au Congrès l'impeachment de la présidente.

L'agent Cunha

Cunha devra répondre dans les prochains jours à quelques 3 demandes de destitution de la présidente parmi lesquelles une présentée par un des fondateurs du Parti des Travailleurs (PT) au gouvernement, Helio Bicudo, qui se base, sans présenter de preuves, sur les soi-disant manoeuvres comptables du gouvernement en 2014.

Des documents apparus le 10 octobre dernier mettent en évidence une histoire de corruption de l'accusateur Nardes qui fut l'un des patrons de l'entreprise Planalto Soluciones, liée à des cabinets-conseils impliqués dans le grand scandale du Conseil Administratif des Ressources Fiscales.

Ont aussi ressurgi le passé de corruption et les investigations sur les mouvements financiers illégaux du président de la Chambre des Députés, Eduardo Cunha, et ses comptes en Suisse liés au scandale de corruption à Petrobras. Cunha, principal accusateur de la présidente, "a négocié en organisant une opération avec le Parti de la Démocratie Sociale Brésilienne (PSDB)" pour impliquer la présidente, signale Folha de Sao Paulo.

A cause de cela "un personnage qui n'a plus rien à perdre doit accélérer l'opération d'impeachment comme dernier rempart de survie devant l'abîme" dit Leblón, qui soutient qu'au groupe le plus important de l'assaut contre le gouvernement de Rousseff, "il ne reste plus qu'à tout parier sur un court laps de temps entre la démobilisation absolue et la capacité résiduelle à organiser le coup d'Etat".

Au siège légendaire de la Faculté de Philosophie de l'Université de Sao Paulo, un lieu de résistance contre la dictature militaire (1964-1985), sur invitation du sociologue politique André Singer, quelques 50 intellectuels et enseignants se sont réunis ces derniers jours pour manifester leur "étonnement" de devoir revenir à un scénario dans lequel il y a 47 ans, on luttait contre l'oppression et parce que certains de leurs contemporains "aujourd'hui sont en train d'ourdir un coup d'Etat contre Rousseff".

La philosophe Marilena Chauí a dit qu'il est "insupportable que ceux qui ont résisté au coup d'Etat militaire soient les putschistes d'aujourd'hui", en allusion aux "têtes couronnées" du PSDB comme l'ex président Fernando Henrique Cardoso, José Serra y Aloysio Nunes Ferreira, entre autres. Dans un manifeste intitulé "La société brésilienne a besoin de réinventer l'espoir", les intellectuels ont assuré: "La proposition d'impeachment implique de sérieux risques pour la constitutionnalité démocratique renforcée pendant ces 30 dernières années au Brésil et représente une violation du principe de l'état de droit et de la démocratie représentative".

Ils ont averti que l' impeachment a été installé "pour châtier des gouvernants qui avaient effectivement commis des crimes et pour protéger la démocratie, non pour être utilisé pour la menacer".

Si la procédure d'impeachment triomphait, ce serait un extraordinaire retour en arrière dans le processus de renforcement de la démocratie représentative qui est certainement la principale conquête politique que la société brésilienne a obtenue ces 30 dernières années."

Ils ont demandé que "les parlementaires brésiliens abandonnent la prétention de licencier la présidente élue sans qu'il y ait aucune preuve directe d'aucun crime".

Parmi les signataires figurent Antonio Cándido, Alfredo Bosi, Evaristo de Moraes Filho, Andrés Singer, Rogerio César de Cerquiera Leite et María Herminia Tavaes de Almeida.

Les médias

L'analyste Santiago Gómez, de Florianópolis, soutient que la position du PT d'avertir sur le poids que l'action des médias a dans les tentatives de coup d'Etat est juste - comme on l'a vu dans les manifestations - mais estime que l'option choisie pour livrer combat contre cela n'est pas suffisante.

Le PT "a opté pour s'adresser aux 47% de la population qui peut accéder parfois à Internet. Mais il faut souligner que le gouvernement compte seulement comme médias pour informer sur ses actions, un programme de radio d'une heure sur une chaîne nationale à 19H, une tradition qui a plus de 50 ans, et Internet. Il n'y a pas de journaux ni de chaînes de télévision qui répercutent les actions positives de Rousseff. 80% des Brésiliens sont informés par le journal du soir de O Globo”, qui, comme tout le monde le sait, maintient la campagne frontale contre la présidente.

L'ex président Luiz Inacio Lula da Silva est aussi frappé quotidiennement par des dénonciations sans preuves.

Il y a bien d'autres choses dans l'analyse de cette crise complexe mais aussi sur le fait que la tête la plus visible du putschisme, l'ex candidat vaincu aux élections présidentielles Aecio Neves se démarque de Fernando Henrique Cardoso parce que la possibilité de l'impeachment contre Rousseff pourrait ouvrir la porte à un appel à des élections auxquelles se présente Lula, ce qui n'est pas un bon scénario pour le social-démocrate Cardoso. Ce n'est pas facile non plus pour ceux qui rêvent d'un coup d'Etat doux.

Source: La Jornada

Source en espagnol: Bulletin Entorno

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