Cuba: Le guévarisme

Publié le par cubasifranceprovence

par Jorge Zabalza

traduction Françoise Lopez

Ernesto Ché Guevara…présent!

Jorge Salerno….présent!

Alfredo Cultelli….présent!

Ricardo Zabalza…présent!

Le courant de pensée fondé par Ernesto Guevara peut être abordé sous plusieurs angles. Un point de départ pour parler du guévarisme pourrait être sa vision de la transition vers e socialisme comme un processus dans lequel "la société dans son ensemble doit se transformer en une gigantesque école", où les individus "vont acquérir chaque jour plus de conscience de la nécessité de son incorporation active à la société et, en même temps, de son importance en tant que moteurs de celle-ci". Le communisme pensé comme "un phénomène de conscience", de femmes et d'hommes qui vont se libérer des valeurs dans lesquelles ils ont été éduqués pendant des siècles de capitalisme et de propriété privée. Une conception qui a dérivé vers la critique radicale de la construction du socialisme avec les "armes ébréchées du capitalisme" et la thèse sur l'importance des stimulants moraux dans le développement de la gestion planifiée de l'économie. Une véritable reproduction de questions déjà analysées par Karl Marx dans sa jeunesse qui a amené le Che Guevara à se moquer férocement des "briques soviétiques", c'est à dire des manuels staliniens de philosophie.

Un autre point de vue pourrait se centrer sur son prêche obstiné sur l'impérialisme à l'ONU, à la Conférence des Pays NOn alignés, à la Tricontinentale et à Punta del Este, des mots qui l'ont conduit au Congo et en Bolivie pour être cohérent avec ses paroles: "toute notre action est un cri de guerre contre l'impérialisme et une clameur pour l'unité des peuples contre le grand ennemi de l'humanité: les Etats-Unis d'Amérique du Nord. En n'importe quel lieu où nous surprenne la mort, qu'elle soit la bienvenue tant que celui-ci, notre cri de guerre, est arrivé à une oreille réceptive et qu'une autre main se tend pour empoigner nos armes et d'autres hommes s'apprêtent à entonner les chants tristes avec le claquement de mitraillettes et de nouveaux cris de guerre et de victoire".

Cependant, la pensée du Che ne pourrait s'être développée, dans aucun de ses multiples aspects, sans le triomphe du peuple cubain sur l'armée de la dictature de Batista et sur l'impérialisme à Playa Girón. Triomphe obtenu, entre beaucoup d'autres choses, grâce au fait que le Che était extraordinairement intelligent en ce qui concerne la chose militaire, comme l'a dit Fidel dans son discours de la Place de la Révolution lorsqu'il a annoncé l'assassinat d'Ernesto Guevara en Bolivie. Etre guérillero fut, sans doute, l'un des traits essentiels de la personnalité du Che, "un réformateur politique qui prend les armes" comme il l'explique dans son essai " “Guerra de Guerrillas”. Un penseur extraordinaire qui envisageait avec rigueur la question de l'accès au pouvoir pour commencer la transition vers le socialisme. Pour tout cela, j'ai préféré évoquer le guévarisme du point de vue du travail révolutionnaire, de l'aspect paradigmatique et essentiel de la vie du Che.

L'inquiétude admirable

En février 1962, la Seconde Déclaration de La Havane réaffirma que "Le devoir de tout révolutionnaire est de faire la révolution. On sait qu'en Amérique Latine et dans le monde, la révolution vaincra mais ce n'est pas être révolutionnaire que de s'asseoir devant la porte de sa maison pour voir passer le cadavre de l'impérialisme. Le rôle de Job ne cadre pas avec celui d'un révolutionnaire (...) Parce que cette grande humanité a dit : assez! et s'est mise à avancer. Et sa marche de géants ne s'arrêtera pas avant d'avoir conquis la véritable indépendance pour laquelle il y a eu déjà plus d'une fois des morts inutilement. Maintenant, en tout cas, ceux qui meurent, mourront comme ceux de Cuba, ceux de Playa Girón, mourront pour leur unique, véritable indépendance à laquelle il est impossible de renoncer!"

C'est qu'alors personne ne doutait que le monde marchait vers le socialisme, que la fin du capitalisme était venue. Un phénomène impossible à comprendre avec la culture politique de cet Uruguay et de cette Amérique Latine d'aujourd'hui, dominés par le mythe de l'éternité du capitalisme. Ce sentiment de vivre l'époque du socialisme fut la base subjective qui impulsé des révolutions dans le monde entier, en Chine, au Vietnam, à Cuba et en Algérie, les mouvements de jeunes de 1968 à Paris et sur la place Tlatelcoco, les guérillas dans toute l' Amérique Latine.

A La Havane, on a réaffirmé ce qu'on savait déjà: la Révolution n'était pas pour un lendemain diffus dans lequel seraient réunies toutes les conditions objectives et subjectives. Ill était démontré qu'il était possible de vaincre l'armée de la classe dominante pour, immédiatement, engager la transition vers le socialisme, il fallait faire la Révolution aujourd'hui, maintenant. Ce fut un appel à la responsabilité individuelle de chacun et de chacune.

Dans ce climat survint l'épopée d'Ernesto Che Guevara. Bien qu'il semble qu'il y ait 10 siècles, seulement 10 ans d'histoire séparaient le débarquement du Granma et son assassinat. Le temps se dilatait à cause de l'intensité émotionnelle avec laquelle les événements étaient vécus. Loin d'effrayer et de démobiliser les combattants, la mort du guérillero héroïque le transforma en légende et la légende se transforma en alluvion irrépressible. Ernesto Che Guevara réussit à enflammer l'imagination de la jeunesse latino-américaine qui mit son sac à dos sur l'épaule et se mit à faire la révolution. Consacrer sa vie à révolutionner l'humanité fut l'essence du guévarisme. Le 8 octobre 1969, Alfredo Cultelli, Jorge Salerno et Ricardo Zabalza risquèrent leur vie pour transformer le socialisme en réalité et rendre hommage au Che.elle était au

La thèse politique du guévarisme

Dans “Guerra de Guerrillas”, à partir de l'expérience cubaine, Ernesto Che Guevara expliquait sa thèse sur les conditions dans lesquelles se réalisent les processus insurrectionnels: "Il faut démontrer clairement devant le peuple l'impossibilité de maintenir la lutte pour les revendications sociales sur le plan de la lutte civique. Précisément, la paix est brisée par les forces agresseuses qui se maintiennent au pouvoir contre le droit établi. Dans ces conditions, le mécontentement populaire va prendre des formes et des projections de plus en plus affirmées et un état de résistance qui se cristallise à un moment donné dans le bourgeon de lutte provoqué initialement par l'attitude des autorités. Où un gouvernement est arrivé au pouvoir par une forme de consultation populaire, frauduleuse ou non et où se maintient pour le moins l'apparence de la légalité constitutionnelle, le bourgeon guérillero est impossible à produire parce que les possibilités de lutte civique n'ont pas été épuisées".

Le Che comprenait qu'on ne devait pas gaspiller les libertés et les droits bourgeois tant qu'ils leur permettraient de lutter pour des solutions pour le peuple. Il ne s'agissait pas d'une aventure romantique déconnectée de la réalité ou produite par l'idéalisme de certains "illuminés" qui se lançaient dans la fosse aux lions. On voyait dans la guérilla une méthode d'action politique différente des actions électorales ou parlementaires dont l'application était seulement possible dans certaines circonstances quand certains secteurs populaires comprendraient qu'on avait épuisé les autres voies pour obtenir ce à quoi on aspirait et qu'il ne restait qu'à prendre les armes.

Ernesto Guevara signale que ce ne sont pas les peuples qui brisent la légalité car ils préfèrent résoudre leurs problèmes avec le minimum de sacrifices et d'efforts, si c'est possible en faisant du maté dans leur cuisine. C'est l classe dominante, conduite par ses intérêts, qui s'écarte de la manière pacifique de domination, brise sa propre légalité, réprime et, en dernière instance, installe une dictature. La rupture de la paix sociale par ceux d'en haut était pour le Che la condition préalable à l'indignation d'en bas, à ce que la bagarre se répande et à ce que les gens réagissent. Etant donné cette base subjective minimale, l'action du groupe de guérilléros peut créer le reste des conditions subjectives (conscience, organisation).

Le guévarisme ne s'est affilié à la conception qui attribue des pouvoirs magiques à la violence révolutionnaire et croyait que la mettre en pratique suffisait à transformer la société. Au contraire, Guevara inscrivait l'action armée dans une conception qui s'oriente vers la transformation de la subjectivité du mouvement de masse. L'accumulation des forces vue comme le développement de la compréhension politique du peuple travailleur n'est pas simplement une question de tirer des coups de feu. Les armes comprises comme un instrument politique qui, en tirant, devaient envoyer un message compréhensible pour la majorité et partageable par les secteurs les plus avancés. D'une autre façon, on tirait simplement en l'air.

(...)

source en espagnol:

http://www.resumenlatinoamericano.org/2015/10/07/el-guevarismo/

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