Cuba : Des médecins cubains racontent leurs expériences internationalistes

Publié le par cubasifranceprovence

​L’aide médicale internationaliste s’inscrit dans la tradition solidaire du peuple cubain, dès le début même de la Révolution, avec l’envoi, en 1960, des premières équipes médicales pour porter secours aux victimes du tremblement de terre au Chili, et en 1963 pour venir en aide à l’Algérie fraîchement indépendante.

Auteur: Nuria Barbosa León | internet@granma.cu

30 novembre 2015 09:11:38

le Dr Manuel Felpeto Fernandez se félicite d’avoir contribué à l’organisation du système de santé algérien en 1968.

L’aide médicale internationaliste s’inscrit dans la tradition solidaire du peuple cubain, dès le début même de la Révolution, avec l’envoi, en 1960, des premières équipes médicales pour porter secours aux victimes du tremblement de terre au Chili, et en 1963 pour venir en aide à l’Algérie fraîchement indépendante.

L’année 1965 marqua la sortie officielle de la première promotion de médecins et de stomatologues formés par le projet révolutionnaire qui vit le jour en 1959, et plusieurs de ces jeunes spécialistes se portèrent volontaires pour aller soigner des malades aux quatre coins du monde. Plusieurs d’entre eux ont eu l’amabilité de nous faire part de leurs expériences professionnelles.

À Oued Rhiou, deuxième ville de la wilaya de Relizane, en Algérie (elle s’appelait Inkermann pendant la colonisation française), en 1968 le Dr Manuel Felpeto Fernandez découvrit un pays en pleine transformation sociale après avoir obtenu son indépendance de la France. Une Algérie qui était absorbée par la réorganisation et la modernisation de son système de santé précaire.

« À l’époque, ce pays était touché par de nombreuses maladies infectieuses, des affections dermatologiques et ophtalmologiques. Autre problème : les prix des médicaments étaient hors de portée de la population, et les malades évoluaient souvent vers des états graves. Nous avons dû réaliser un gros effort pour organiser le système sanitaire et assurer une meilleure couverture médicale », nous confie-t-il aujourd’hui.

Le travail en Algérie aura marqué la vie personnelle et professionnelle du Dr Felpeto, pour qui le seul fait d’avoir été choisi pour cette mission à l’étranger constituait une grande reconnaissance sociale et morale. Au plan professionnel, cette expérience lui aura permis de découvrir et de soigner des maladies qui avaient été éradiquées à Cuba. Ce qui l’a conformé dans sa décision de se consacrer à la gynécologie-obstétrique.

« J’ai pu sauver la vie de plusieurs femmes et de nouveaux-nés. Je dois dire que des facteurs culturels expliquaient les accouchements à domicile, sans médecin et dans de mauvaises conditions d’hygiène. Une fois à l’hôpital, le degré de complication était élevé et il fallait faire preuve d’un esprit rigoureux et précis. C’est pourquoi j’ai consacré ma vie à cette spécialité », ajoute-t-il.

Au terme de ses deux ans de service social dans les montagnes de Cienfuegos, le Dr Juan René Perdomo Silveira, gynécologue également, partit apporter son aide solidaire au Mali, en 1966.

Il participa à la lutte contre le paludisme, la malnutrition, la lèpre et la tuberculose dans plusieurs villes frontalières avec la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, dans les services de médecine générale, pédiatrie et gynécologie.

« M’acquitter de cette mission internationaliste m’a permis de découvrir les grandes différences sociales, culturelles et économiques existantes dans le monde. J’ai travaillé dans un pays qui recèle d’abondantes ressources naturelles, où la population très pauvre était privée des moyens élémentaires de vie. J’ai vu des gens mourir de parasitisme et de maladies curables faute d’argent pour payer une consultation ».

Le Dr Eulogio Deschapelles Himely a exercé en Guinée Bissau de 1969 à 1971, dans des zones déchirées par des conflits miltaires. « Nous avons passé deux ans dans des conditions instables, assez difficiles. Nous vivions dans des campements improvisés par la guérilla, confrontés à la pénurie d’aliments et de matériel. Nous soignons les blessés de guerre et aussi la population civile, qui venait de plus en plus nombreuse à nos consultations », signale-t-il.

« Les conditions hygiéniques et sanitaires étaient déplorables. Nous avons travaillé avec des infirmières locales qui manquaient de qualification, et auxquelles nous avons appris à maîtriser les différents aspects de la prise en charge des patients », précise le Dr Deschapelles, aujourd’hui cardiologue.

Il a également travaillé en Angola en 1987 comme spécialiste de maladies du cœur à l’Hôpital central militaire de Luanda. Le Dr Deschapelles est toujours en activité, chargé de la formation de nouvelles générations de médecins.

La Dr Yrma de la Cantera Medina, ophtalmologue, travaille actuellement au Venezuela, et en plus de 50 ans de métier elle s’est acquittée de six missions solidaires, la première en Algérie de 1982 à 1984.

« J’ai été convoquée parce que j’avais terminé ma spécialité avec mention très bien. C’était un honneur pour moi de faire partie du groupe des meilleurs. En Algérie, j’ai dû effectuer beaucoup d’opérations chirurgicales. Nous devions travailler à n’importe quelle heure de la journée ».

En 1994, la Dr De la Cantera a dû prendre des cours d’anglais pour aller travailler au Belize. Elle a aussi effectué des missions comme volontaire en Haïti, en 1998 et en Guinée équatoriale, de 2000 à 2002, comme professeur adjoint chargée de la formation d’ophtalmologues de ces pays.

Elle parle avec passion de la Mission Miracle au Venezuela, un programme qu’elle a vu naître en 2004 lorsqu’elle a participé au diagnostic des patients qui allaient être opérés à Cuba. Ce programme a permis de rendre la vue à des

millions de personnes en Amérique latine et dans les Caraïbes.

« Enfant, je voulais devenir médecin pour soigner d’autres enfants. Si je n’ai pas choisi d’être pédiatre, c’est avant tout parce que j’ai préféré aider à remédier au manque de spécialistes. J’adore ce métier, à tel point que je me dis que si c’était à refaire je redeviendrais ophtalmologue ».

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