CRISE DES MISSILES 14: L'hystérie se dechaîne

Publié le par cubasifranceprovence

Ruben G. Jimenez Gomez

 

Le président Kennedy reçut les photos prises par l'avions espion U-2 dans la matinée du mardi 16 octobre 1962. Immédiatement, il ordonna qu'on apprécie la disposition opérationnelle des missiles et exigea que l'information soit tenue secrète . Indubitablement, il se sentit roulé et trompé par les Soviétiques .

 

Kennedy forma un groupe de conseillers de haut niveau, connu plus tard sous le nom de Comité Exécutif du Conseil National de Sécurité (ExCom , pour son sigle en anglais) , pour examiner la situation et déterminer les mesures à prendre. Le Comité Exécutif était composé par les personnalités suivantes : le vice-président , Lindon Johnson ; le secrétaire d'Etat, Dean Rusk ; le secrétaire à la Défense, Robert McNamara ; le président de l'Assemblée des Chefs d'Etat Major (JJEM), le général Maxwell Taylor ; le conseiller spécial du Président pour les Questions de Sécurité Nationale , McGeorge Bundy ; le directeur de la CIA , John McCone ; le secrétaire au Trésor Douglas Dillon ; le ministre de la Justice, Robert Kennedy ; le sous-secrétaire d'Etat, George Ball ; le sous-secrétaire à la Défense, Roswell Gilpatrick ; l'ex ambassadeur d'URSS, Llewellyn Thompson.

 

De plus, il y avait aussi, mais de façon non-officielle : le sous-secrétaire d'Etat pour les Questions Politiques , Alexis Johnson ; le secrétaire conseiller à la Défense pour la Sécurité Internationale, Paul Nitze ; l'ex secrétaire d'Etat , Dean Acheson ; les conseillers John McCloy et Robert Lovett ; l'ambassadeur devant l'ONU, Adlai Stevenson ; le sous-directeur de l'Agence d'Information des Etats-Unis (USIA), Donald Wilson ; et le secrétaire conseiller d'Etat pour les Questions Interaméricaines, Edwin Martin. D'autres spécialistes prirent part aux discussions selon les besoins.

 

Ce Comité tint un rôle capital dans les décisions que prit Kennedy pendant la Crise. Pour que les discussions se déroulent sans obstacles, et pour ne pas attirer l'attention, le président n'assista pas à toutes les réunions du Comité, ce qui contribua à diminuer son influence sur les autres , car en présence des plus hauts dirigeants , il y en a toujours qui changent et font des recommandations sur la base de ce que ceux-ci veulent entendre. Kennedy demanda au groupe de rédiger une série de ecommandations sur un ou plusieurs plans d'action alternatifs.

 

Je ne sais pas si Khroutchëv avait une équipe similaire pour l'aider à prendre les meilleures décisions pendant les jours alarmants qui arrivaient bien que, peut-être, il n' ait pas de soutien semblable. Si nous en croyons le général Gribkov, les désaccords avec lui n'étaient pas conseillés et , dans un de ses livres, il cita l'exemple de ce qui arriva quelques années plus tôt avec le maréchal Solokovski, un prestigieux chef militaire soviétique qui, à ce moment-là, occupait la charge de chef de l'Etat Major Général des Forces Armées d'URSS. Le problème est que Khroutchëv l'avait dans le nez , à la fin des années 50, il réalisa une réduction unilatérale des effectifs de l'Armée soviétique . Plus, ce n'était pas une raison de jeu , on cherchait à éliminer plus d'un million d'hommes et des centaines ou des milliers d'avions , de chars, de canons et d'autres matériels militaires, en alléguant qu'ils n'étaient plus nécessaire étant donné les caractéristiques des nouveaux missiles de longue portée. Le maréchal Sokolovski avait été l'un des principaux opposants à ce projet. En définitive, les hommes durent chercher d'autres spécialités dans le civil ; les avions , les chars et les autres équipements furent transformés en ferraille , pas même conservés pour si soudain, dans l'avenir, on en avait besoin, pratique appliquée largement par les Nord-américains , alors que le maréchal Solokovski fut libéré de sa charge peu après et mis à la retraite.

 

Ainsi, si nous en croyons le général Gribkov, la possibilité que Khroutchëv puisse avoir une équipe disposée à parier sur les étoiles et sur les fonctions en maintenant des points de vue qui lui soient contraires n'était pas très grande. Il est possible que cela ait été la cause des nombreuses erreurs militaires et politiques que commirent les Soviétiques pendant le déroulement des événements, depuis l'approbation initiale de l'Opération jusqu'aux dernières décisions qui la réglèrent.

 

De son côté, le Commandant Fidel Castro, pendant les journées brûlantes de la Crise, passait pratiquement tout son temps dans les unités, dans les tranchées et sur les emplacements avec les combattants et les chefs des différents niveaux , donnant du courage et prenant les décisions requises pour que la résistance soit plus solide , plus acharnée si le moment venait, et pour cela, il n' avait pas beaucoup de temps pour les réunions , selon ce qu'il déclara dans l'interview avec la journaliste Maria Schriver, dont on parle.

 

Sur la situation créée à ce moment-là, le leader cubain déclara : « Ces erreurs politiques et militaires (des Soviétiques) nous mirent en grand danger, un danger très sérieux, car après que les Nord-américains aient appris ce qui était en train de se passer, ils pouvaient prendre l'initiative. L'initiative était entre leurs mains. L'initiative diplomatique, politique et militaire. »

 

L'activité du Comité Exécutif commence.

 

En effet, il se créa une situation très périlleuse pour Cuba , qui se vérifia dans le contenu des critères déterminés depuis la première réunion du Comité Exécutif du Conseil de Sécurité Nationale étasunien qui eut lieu à 11h 50 du matin ce même 16 octobre.

 

Le président Kennedy expliqua la situation , ordonna d'augmenter les vols de reconnaissance et demanda à tous ceux qui étaient présents d'abandonner toute autre tâche et de concentrer leurs efforts sur l'étude exhaustive du problème et des actions futures qu'on devait entreprendre. Dans le but de ne pas provoquer de soupçons, il décida de continuer à participer normalement aux activités politiques programmées dans le cadre de la campagne électorale pour les élections au Congrès qui auraient lieu début novembre , et que le Comité ne se réunirait pas toujours à la Maison Blanche mais aussi au Département d'Etat, dans les bureaux du Ministère de la Justice, et en d'autres lieux à Washington. De même, il exigea le secret le plus absolu jusqu'à ce qu'il y ait une réponse adaptée.

 

Aussitôt, ils montrèrent les photos. Selon Robert Kennedy, «  Vinrent des techniciens avec leurs cartes , leurs poinçons et ils nous dirent que si nous regardions attentivement, nous verrions qu'on était en train de construire une « base de missiles » dans un champ proche de San Cristobal, Cuba. Pour ma part, je me limitai à accepter leurs dires. J'examinai soigneusement les photos et ce que je vis ne me sembla pas autre chose qu'une clairière dans le champ, prête pour construire une grange ou les fondations d'une maison . Plus tard, je me sentis soulagé de savoir que ça avait été la même impression qu'avaient, virtuellement, tous ceux qui étaient réunis , y compris le président Kennedy. Celui-ci dit aussi que plusieurs jours plus tard, après que d'autres ouvrages aient été réalisés sur place, cela ressemblait à un stade de football.

 

Au début, le sentiment général fut qu'il ne fallait rien entreprendre , cependant, une petite minorité estimait que les missiles à Cuba n'altéraient pas l'équilibre des forces , alors , aucune action n'était nécessaire. Mais la majorité pensait que la seule voie possible était une attaque aérienne contre les bases des missiles. Alors, Robert Kennedy passa une note au président : « Maintenant , je sais ce que ressentit Tojo quand il planifiait Pearl Harbour ».

 

A la suite nous citons quelques-unes des choses les plus importantes et les plus représentatives qui se dirent au cours de cette première réunion :

 

Rusk : Je ne pense pas que cela demande une invasion de Cuba (…) Je pense que ce que nous ferons, c'est éliminer les bases, ce qui est ce que nous avons dit que nous ferions. Ou est-ce que nous allons décider qu'il est l'heure d'éliminer complètement le problème cubain ? (…) Cela doit être porté à l'attention de Castro. L'heure est venue pour lui de prendre en compte les intérêts du peuple cubain , il doit rompre clairement avec l'URSS , éviter que les bases de missiles en arrivent à être opérationnelles (…) Nous devons renforcer la partie sud-est des Etats-Unis pour être capables de donner un coup dévastateur dans n'importe laquelle de ces installations et dans les emplacements de missiles antiaériens , ainsi que contre n'importe quel MIG ou bombardier qui puisse arriver chez nous.

 

McNamara : En premier lieu, si nous attaquons ces installations, ce doit être avant que les missiles soient opérationnels, car dans le cas contraire, si nous ne les détruisons pas tous, ceux qui restent seront lancés , et cela créera le chaos sur la côte est du pays, dans un rayon de 1 200 – 2000 km à partir de Cuba. En second lieu, une attaque aérienne doit se faire aussi contre les aérodromes et tous les endroits possibles de stockage nucléaire.

 

Général Taylor : Après avoir détruit les armes offensives, il faut empêcher qu'il en entre d'autres , ce qui implique un blocus naval. (…) Après, il faudra décider si nous envahissons ou non. Je pense que c'est la question militaire la plus difficile sur ce sujet et nous devons l'étudier minutieusement avant de mettre les pieds dans ce profond bourbier qu'est Cuba.

 

McNamara : S'il y a des têtes nucléaires associées aux missiles , il est logique qu'il y en ait aussi d'associées aux avions.

 

Rusk : Nous, nous avons des missiles en Turquie et en Italie et Khroutchëv peut penser que nous devons aussi apprendre à vivre sous la menace de missiles de moyenne portée , qu'ainsi, cela établit une sorte d'équilibre. Ils peuvent aussi nous provoquer ici pour répondre à Berlin ou à un autre endroit mais je ne vois pas la raison des Soviétiques pour mettre autant de pression.

 

McNamara : Il n'est pas probable mais concevable que les têtes nucléaires pour ces missiles ne soient pas encore à Cuba. Il faut savoir où sont les têtes nucléaires.

 

Bundy : Si nous le communiquons à l'OTAN à l'avance, ils peuvent répondre que si eux, ils peuvent vivre avec la menace de missiles soviétiques de moyenne portée, pourquoi pas nous ? Il est probable que cela provoque des divisions dans l'Alliance.

 

Rusk : Si nous attaquons, nous exposerons nos alliés à de grands dangers, sans les avoir le moins du monde consultés, avisé ou préparés.

 

John F. Kennedy (JFK dans la suite) : Mais si nous les prévenons eux, ce sera comme si on prévenait tout le monde.

 

Johnson : Je pense que la question de base , c'est : quand éliminons-nous les missiles ou quand en parlons-nous ? Moi, je choisirais de les éliminer. Et quant à nos alliés, je suis d'accord avec Bundy, je ne suis pas très favorable à l'idée de faire circuler cette information parmi nos alliés bien que je me rende compte que c'est une infidélité. Ce n'est pas un sujet de conférences. Nous n'obtiendrons pas beaucoup d'aide d'eux.

 

JFK : Il y a 3 possibilités : un, attaquer les missiles, deux, une attaque aérienne plus large et trois, une invasion.

 

Nous devons commencer à nous préparer dès maintenant. Sans doutes, nous allons avoir au moins la possibilité numéro 1.

 

Bundy : Est-ce que par hasard nous avons définitivement décidé d'aller contre la voie politique ?

 

McNamara : Il faut définir si nous devons faire précéder l'action militaire d'une action politique. S'il en est ainsi, dans quel délai ? Je crois que le mieux est de prendre contact avec Khroutchëv en lui indiquant ce que nous ferons dans un certain délai s'il ne retire pas ses missiles.

 

La réunion fut interrompue à midi pour continuer plus tard.

 

Pendant l'interruption, Robert Kennedy rencontra le Groupe Spécial Elargi et lui exprima « l'insatisfaction du président » à propos de l'Opération « Mangouste ». Il indiqua que les résultats, en un an, étaient décourageants, qu'il ne s'était produit aucun sabotage important. Il indiqua qu'il y avait une amélioration notable de la collecte de renseignements mais qu'en général, les actions n'avaient pas eu d'influence significative sur le cours des événements à Cuba. Il fit référence au changement d'atmosphère survenu au sein du Gouvernement pendant les dernières 24 heures et posa des questions sur le pourcentage de Cubains qui combattraient en faveur du régime si le pays était envahi.

 

Ce soir-là, au Département d'Etat, on reçut un télégramme avec les résultats de l'entrevue que l'ambassadeur nord-américain en URSS avait eue avec Khroutchëv qui, entre autres choses, avait souligné les aspects suivants à propos de Cuba :

 

  • Les Etats-Unis ne doivent pas croire que d'autres pays vivront selon leurs désirs ou qu'il y aura la guerre.

  • Les Nord-américains ont des bases militaires dans des pays voisins de l'URSS mais les Soviétiques ne les attaquent pas.

  • Si les Etats-Unis considèrent qu'ils ont le droit de faire ce qu'ils veulent à Cuba, pourquoi l'URSS n'aurait-elle pas le droit de faire ce qu'elle veut dans les pays en question ? Ce serait la loi du plus fort. La Charte de l'ONU perdrait sa force. Ce serait une politique de banditisme.

  • Nous respectons les questions internes des autres pays, nous n'interférons pas dedans. Nous laissons le peuple cubain choisir son propre système. Les Etasuniens devraient commercer avec Cuba, comme l'URSS le fait avec la Turquie et ses autres alliés mais les Etatsuniens ne comprennent plus rien à l'histoire.

 

A charge de revanche.

 

La réunion du Comité Exécutif reprit à 18h avec la participation du lieutenant général Marshall S. Carter, sous-directeur du Renseignement Central et voici quelques-unes des remarques qui y furent faites :

 

Général Carter : On a détecté 3 emplacements de missiles avec 4 rampes de lancement chacun, et pour les missiles qu'on voit, on pense qu'il y en a 2 par rampe. Nous pensons qu'ils seront opérationnels dans les 2 semaines. Ensuite, il semble qu'ils peuvent être lancés dans un délai de 6 heures après en avoir reçu l'ordre (Note de l'auteur : en réalité, c'était en 2 heures et demie) avec un temps de répétition de 4 à 6 heures pour chaque rampe (...). Nous estimons que le complexe en général peut être opérationnel dans les 2 semaines bien que certaines rampes puissent l'être en beaucoup moins de temps. Les U-2 ont fait 2 passages hier sur toute l'Ile mais nous n'avons pas encore les résultats, de plus, il y avait beaucoup de nuages sur le centre et sur la région orientale.

 

Rusk : Cela peut être l'opportunité pour que Castro décide de rompre avec Moscou, s'il sait qu'il court un danger mortel. Il faut examiner la possibilité d'envoyer un message direct à Castro ainsi qu'à Khroutchëv, avant toute attaque.

 

Edwin Martin : Dans le message, en premier lieu, il faut lui dire ce que nous savons à propos des emplacements. Que cela est très grave pour la sécurité des Etats-Unis , que par cette action, les Soviétiques l'ont mis en danger d'être attaqué , que les Soviétiques sont en train d'envisager la possibilité d' échanger ces missiles contre des concessions à Berlin , que nous allons bientôt entreprendre des actions et que nous saurons quoi faire à moins que nous recevions des informations sûres disant que les Soviétiques quitteront Cuba. Que nous pouvons sympathiser avec lui et l'aider si des problèmes se présentent en essayant de sortir de l'ancienne ligne communiste et de faire sortir les Soviétiques . Nous lui donnerons 24 heures pour répondre.

 

Rusk : Nous estimons que les Soviétiques prendront certaines mesures de riposte ailleurs , ainsi réaliser une action de ce genre sans le faire savoir à nos alliés les plus proches, et les exposer à un très grand danger, peut nous isoler politiquement et faire s'écrouler l'Alliance.

 

NcNamara : L'attaque aérienne plus large peut être lancée avec une alerte de 24 heures à partir de vendredi prochain (19 octobre) , c'est à dire, prendre la décision vendredi pour attaquer samedi. La capacité disponible des Forces Aériennes est de quelques 700 avions de vol de jour , auxquels il faut ajouter les avions de la Marine. Cette attaque serait lancée contre les missiles de moyenne portée, les aérodromes, les missiles antiaériens et les entrepôts de têtes nucléaires si on en détecte.

 

Général Taylor : L'Association des Chefs d'Etat Major considère qu'on ne doit pas lancer une attaque seulement contre les missiles de moyenne portée , mais l'attaque la plus large, et que nous ne devons pas perdre la capacité de surprise de la première attaque en faisant une quelconque déclaration préliminaire . Nous n'aurons qu'à répéter l'attaque pendant plusieurs jours et photographier pour contrôler , jusqu'à terminer tout le travail.

 

NcNamara : Etant donné que le danger est très grand de commencer des actions de combat après qu'ils aient acquis la capacité nucléaire en missiles et en avions, à cause de la probabilité d'une riposte nucléaire avec ce qui n'aurait pas été détruit, nous considérons que nous devons seulement décider d'attaquer et la lancer seulement avant qu'ils acquièrent cette capacité nucléaire. Une ligne que nous n'avons pas encore analysée est de faire une déclaration de vigilance ouverte pour un temps indéterminé , établir un blocus contre l'entrée de futures armes offensives et proclamer que nous sommes prêts à attaquer immédiatement l'URSS si Cuba fait quelque mouvement offensif que ce soit contre notre pays.

 

JFK : Il me semble que si nous faisons d'abord une action politique (…) nous nous assurons un grand soutien international, mais nous perdons tous les avantages d'une attaque par surprise.

 

Général Taylor : La question est que nous sommes très vulnérables aux attaques aériennes à basse altitude dans la zone de la Floride . Toute notre défense antiaérienne a toujours été orientée vers d'autres directions. Nous n'avons jamais fait de préparatifs de basse altitude dans ce pays, alors là, nous sommes très vulnérables aux avions qui volent à basse altitude venant du sud avec des bombes conventionnelles ou nucléaires.

 

Bundy : Je voudrais savoir : Quel est l'impact stratégique des missiles de moyenne portée à Cuba pour les Etats-Unis ? Comment cela change-t-il l'équilibre stratégique ?

 

NcNamara : Dans l'Association des Chefs d'Etat Major, on dit que l'influence est substantielle , à mon avis, elle n'est pas très grande. Cela fortifie en quelque chose le potentiel nucléaire soviétique dans son rapport avec le Nord-américain mais ne signifie aucun changement appréciable dans la corrélation des forces . De plus, il n'y a pas de différence particulière en ce que l'Union Soviétique, en essayant d'atteindre la parité stratégique avec les Etats-Unis, déploie une quantité complémentaire de missiles intercontinentaux sur son territoire ou qu'elle installe des missiles de moyenne portée à Cuba.

 

Général Taylor : Ces missiles peuvent être un soutien ou un renfort très important de la capacité d'attaque de l'URSS mais pour notre nation, cela signifie beaucoup plus. Tous, vous êtes conscients de cela... Ils sont à Cuba ! Et non là-bas, en URSS, très loin.

 

JFK : C'est qu'il n'y a une grande différence entre disparaître pour un missile qui vole depuis l'URSS ou pour un qui est à 90 milles.

 

Général Taylor : Si nous ne leur tirons pas dessus d'ici, plus tard, nous aurons toujours la sensation d'avoir un pistolet pointé sur la tempe, de la même façon que nous le faisons à l'URSS actuellement.

 

Bundy : Sans doute, si cela continue ainsi, nous devrons faire qu'une attaque de Cuba se transforme en guerre générale.

 

JFK : Cela démontre que l'attaque de la Baie des Cochons était vraiment correcte , que nous avions raison.

 

Général Taylor : Seulement maintenant, nous avons un plan de guerre qui demande un quart de millions de Nord-américains pour prendre une île contre laquelle nous lancions 1 800 Cubains il y a un an et demi. Il semble que nous avons assez changé nos évaluations.

 

Robert Kennedy : L'autre problème sera en Amérique du Sud dans un an. Ces choses seront dans les mains des Cubains et alors, nous dirions qu'un problème surgit au Venezuela et vous aurez Castro déclarant : Si vous déplacez des troupes jusqu'à n'importe quel endroit du Venezuela, nous, nous tirerons ces missiles.

 

JFK : Cela les fait paraître comme s'ils étaient comparables à nous et que...

 

Douglas Dillon : ...nous ayons peur des Cubains.

 

JFK : Le mois dernier, j'ai dit dans une déclaration publique que nous n'accepterions pas de missiles de moyenne portée à Cuba, et ils continuent à en mettre. Nous ne pouvons pas rester sans rien faire. Disons que nous allons attaquer le samedi, et le vendredi, nous déclarons que les missiles sont à Cuba, qu'ils représentent la plus grave menace pour notre sécurité et qu'il faut prendre les mesures pertinentes.

 

NcNamara : Mais ils peuvent préparer les missiles entre le moment où nous dirions que nous allons agir et le moment où nous agirions. C'est un très grand danger.

 

George Ball : De sorte que Vous diriez que l'attaque doit précéder toute discussion publique ?

 

NcNamara : Je le crois. Je pense qu'avant de faire quelque annonce que ce soit, vous devez décider si on va attaquer ou non. Si on décide d'attaquer, alors nous ne devons faire aucune annonce.

 

Bundy : Les avantages politiques d'une attaque limitée sont très forts. Dans ce cas, la punition s'ajuste au crime en termes politiques, nous ne ferions que ce que nous avions annoncé, répété et publiquement, que nous ferions dans ce cas.

 

JFK : Maintenant bien, si ces missiles n'augmentent pas beaucoup le pouvoir stratégique de la Russie, alors, pourquoi font-ils cela ?

 

George Ball : Khroutchëv a dit qu'il viendrait à l'ONU en novembre. Peut-être qu'en faisant ainsi, en faisant cette supposition sans aucun sens, que cela ne va pas être découvert pour le moment. Alors, il voudra dire à l'ONU que là, Cuba est armée contre les Etats-Unis , ou peut-être il essaiera de négocier autre chose à Berlin, en disant qu'en échange, il désarmerait Castro.

 

Bundy :Je pense qu'il n'est pas probable qu'il donne des têtes de combat nucléaires à Fidel Castro. Je ne crois pas que ce soit arrivé ou que ça puisse arriver.

 

Robert Kennedy : Une autre question est de savoir si nous devons penser d'une quelconque autre façon à nous impliquer dans cette affaire à travers la Base de Guantanamo, ou s'il y a un quelconque bateau qui.. . Couler le Maine de nouveau ou d'une autre manière.

 

JFK : Si nous allons frapper le samedi ou le dimanche, nous devons être capables de réaliser l'invasion en relation avec ce qui arrivera.

 

George Ball : Il est probable qu'eux nous évalueront mal et penseront que cela n'est pas une opération à haut risque, ce qui se reflète dans la façon dont ils sont en train de la mener à bien (…) Ce qui suggère qu'ils vont penser qu'il ne se passera rien.

 

NcNamara : Le plus probable est que les missiles ne soient pas opérationnels avant X jours , probablement 2 semaines, mais ne sont pas protégés.

 

George Ball : Je crois que c'est une possibilité. Il y a une série d'actes isolés , sans surprise, parce que celle d'attaquer par surprise comme à Pearl Harbour , simplement me fait peur par rapport à la postérité.

 

NcNamara : En tout cas, si nous nous décidons pour une action militaire , il y a encore beaucoup d'inconnues : que pensons-nous que fera Castro après l'attaque des missiles ? Survivra-t-il en tant que dirigeant politique ? Sera-t-il renversé ? Sera-t-il plus fort ou plus faible ? Comment réagiront les Soviétiques ? Comment Khroutchëv pourrait-il se permettre d'accepter une action comme celle-là sans riposter d'aucune façon ? Où le ferait-il ? Comment réagirions-nous, nous, à cette riposte ? (…) Je crois que nous devons réfléchir à ces problèmes cette nuit et nous rencontrer demain pour les analyser et discuter.

 

Ainsi s'acheva la première journée de travail du nouveau Comité Exécutif. Bien que pendant cette journée, on ne prit aucun accord, on souligna certaines des idées essentielles qui seraient discutées pendant cette semaine. En général, il faut dire que bien qu'il existe presque dans le Comité un consensus favorable à l'action militaire, ses membres ignoraient à ce moment-là, quand la dite action pouvait être imminente , qu'à Cuba, il y avait déjà des dizaines de charges nucléaires pour les missiles tactiques, destinées à repousser un débarquement ennemi direct sur les côtes de l'Ile , c'est pourquoi, en réalité, quelque action drastique des forces nord-américaines contre les défenseurs de la Perle des Antilles aurait considérablement augmenté le risque de déclenchement d'une guerre nucléaire générale , indépendamment du fait que la première riposte ait été faite avec des armes conventionnelles ou nucléaires tactiques.

 

(A suivre)

 

(traduction Françoise Lopez)