EN 1 SEULE ANNEE, L'ANALPHABETISME FUT ERADIQUE A CUBA

Publié le par cubasifranceprovence

Une leçon pour l'histoire
En une seule année, l'analphabétisme fut complètement éradiqué à Cuba

Yenia Silva Correa

L’ANNÉE 2012 marquera la fin de la Décennie des Nations unies pour l’alphabétisation, et le nombre de personnes dans le monde qui ne savent ni lire ni écrire demeure alarmant : 64,7 millions d’enfants non scolarisés et 793 millions d’adultes analphabètes.

En 1961, Cuba lança une campagne nationale d’alphabétisation qui dura à peine douze mois et s’acheva le 22 décembre, lorsque l’île fut proclamée territoire sans analphabétisme.

Les dispositions et les mesures relatives à l’organisation de cette campagne furent prises à partir du mois de janvier de cette même année 1961. Regroupés dans les brigades Conrado Benitez et Patria o Muerte, plusieurs contingents d’instituteurs furent créés pour pouvoir alphabétiser les 1 045 000 illettrés qui avaient été recensés à l’époque.

Les professionnels de l’enseignement furent chargés de l’encadrement et de la formation des alphabétiseurs – des adolescents dans leur majorité, et dont plus de la moitié étaient des filles – et de leur assurer le matériel pédagogique.

Cependant, le chemin pour sortir le pays de l’analphabétisme ne fut pas facile. En 1961, la jeune Révolution cubaine devait faire face à la lutte contre les bandes armées qui pullulaient dans les montagnes de l’Escambray, dans le centre de l’île, et elle venait tout juste de proclamer son caractère socialiste et de vaincre l’invasion mercenaire de Playa Giron.

Rien ne put arrêter cet élan. Pas même les assassinats de jeunes instituteurs qui remplissaient leur noble mission dans les zones rurales ne parvinrent à effacer les valeurs de solidarité et de justice sociale défendues par le processus révolutionnaire.

Au bout d’une année se réalisait la promesse faite par Fidel aux Nations unies en septembre 1960 : « … l’année prochaine, notre peuple se propose de livrer une grande bataille contre l’analphabétisme ! ».

Le taux d’analphabétisme fut réduit à 3,9% pour une population d’un peu plus de 6,9 millions d’habitants, une prouesse qui jamais n’aurait été possible sans le concours d’étudiants, d’élèves, d’ouvriers et d’instituteurs cubains et latino-américains, et sans la volonté politique de la Révolution.

Beaucoup de ces jeunes alphabétiseurs devinrent plus tard des instituteurs qui ont transmis leur savoir à plusieurs générations de Cubains, et ont réédité cette expérience en accomplissant des missions internationalistes dans les détachements pédagogiques.

D’autres ont exercé diverses professions, mais jamais ils n’ont oublié ces journées mémorables où ils sillonnaient nos campagnes, leurs livres et leurs cahiers sous le bras.

Les suivantes décennies de la Révolution seraient marquées par une hausse progressive du niveau de scolarité de la population, l’augmentation du nombre d’écoles, d’instituteurs et de bourses, et par la présence du personnel enseignant cubain dans des pays d’Afrique et d’Amérique latine dans le cadre d’une coopération solidaire.

UN DROIT DE TOUS

Même si l’UNESCO a reconnu son importance comme un droit essentiel de l’individu et un devoir fondamental de l’État, et la clé indispensable pour réaliser nombre d’objectifs du développement, l’alphabétisation n’est pas une priorité dans beaucoup de pays.

Pour Cuba, l’expérience ne s’est pas arrêtée en décembre 1961. Bien au contraire. À partir de l’an 2000, de nouvelles actions ont été mises en œuvre dans l’enseignement pour adultes dans le cadre de la méthode cubaine d’alphabétisation Yo si puedo (Moi, oui, je peux).

Sur la base des principes qui ont régi la Campagne nationale d’alphabétisation, cette méthode d’enseignement a été appliquée dans plus d’une trentaine de pays, et elle a permis au Venezuela, à la Bolivie et au Nicaragua d’en finir avec l’analphabétisme.

En 2006, cette méthode a été récompensée du Prix d’alphabétisation UNESCO Roi Sejong, même s’il n’y a pas de meilleure récompense que la satisfaction d’avoir appris à lire et à écrire à plus de 3,5 millions de personnes, dont beaucoup font l’objet du programme de suivi Yo si puedo seguir (Oui, je peux continuer) pour parachever leurs études primaires.