ICI,C'EST CUBA!

Publié le par cubasifranceprovence

ICI C’EST CUBA !
Socialisme et droits de l’Homme

Enrique Ubieta Gomez

IL y a quelques jours, je racontais dans mon blog une expérience simple et émouvante. Il était 18h. À pas pressés, comme à mon habitude, je traversais le dernier angle du Capitole, face aux restes du théâtre Campoamor – ou théâtre Capitolio, comme l’indique une vieille inscription en haut du bâtiment –, lorsque j’ai remarqué quelqu’un qui gisait à même le sol.

« C’est un poivrot », me suis-je dit. Je m’apprêtais à poursuivre mon chemin lorsque quelqu’un s’est agenouillé auprès de l’inconnu. C’était un homme aux vêtements usés, pas très propres, qui revenait peut-être comme moi du travail, et qui répétait, angoissé « On dirait une crise d’hypoglycémie ! ». Il me scrutait avec tant d’insistance que je me suis arrêté. Je ne savais pas quoi lui répondre, car je ne suis pas médecin. « Vous le connaissez ? » lui ai-je demandé. « Non, pas du tout, mais ça m’a tout l’air d’une crise d’hypoglycémie. Regardez comme il respire ! » Un autre passant s’est approché en nous suggérant d’arrêter une voiture pour transporter l’homme à l’hôpital. Nous étions déjà trois. Une quatrième personne s’est plantée devant nous et s’est exclamée : « Laissez-le, ce n’est pas votre affaire. S’il lui arrive quelque chose, vous aurez des ennuis ! » Ce à quoi celui qui l’avait précédé a répondu : « Il faut l’aider. On ne peut pas le laisser comme ça ! ». Et l’ouvrier aux vêtements élimés d’ajouter, visiblement choqué : « Écoute, mon vieux, ici c’est pas les États-Unis, ici c’est Cuba ! ». Une voiture arrivait et nous nous sommes placés en travers de la route en lui faisant signe de s’arrêter. Nous avons installé l’homme inconscient sur le siège arrière de la voiture, et l’ouvrier, en bon samaritain, a voulu à tout prix accompagner le malade. J’ignore s’il était saoul ou malade. Toujours est-il que l’homme aux vêtements sales et élimés et au visage fatigué, dont l’attitude aurait pu passer inaperçue, m’a rappelé que nous étions à Cuba.

Voilà l’anecdote. Quelques heures plus tard je lisais sur mon blog le commentaire d’un lecteur qui vantait les bontés matérielles du service des urgences du premier monde « qui aux États-Unis permettait de compenser le manque d’esprit des Nord-américains, descendants des froids Européens du Nord ». Et il a joutait une hypothèse : l’accès à la richesse « est, en dernière instance ce qui rend les gens égoïstes, et aussi le fait que les gens n’ont pas besoin les uns des autres ».

Personnellement, je ne pense pas que le manque de solidarité soit le résultat inévitable de la richesse, ni que la provenance géographique des humains puisse prédéterminer l’intensité de nos sentiments. Un autre lecteur nommé Arnaldo Fernandez nous parlait de son expérience personnelle : « Je me souviens que, victime d’une crise cardiaque, j’ai été recueilli par ces modernes services d’urgence du premier monde dont vous parlez, et je ne peux que reconnaître l’expérience et le professionnalisme des équipes paramédicales. Mais la réalité dure et cruelle arrive lorsque ces mêmes ambulances sophistiquées vous déposent dans les hôpitaux où, si vous n’avez pas d’argent ou d’assurance, on stabilise votre situation et on vous met à la porte. Je dois dire que l’infarctus que j’ai eu en 2004 m’a laissé une dette de 127 000 dollars, et qu’une hospitalisation récente de cinq jours pour des problèmes d’hypertension m’a encore coûté 55 000 dollars. Et le pire dans cette histoire c’est que je n’ai aucun traitement, aucun suivi médical, et que je suis exposé à une nouvelle crise qui peut me coûter la vie, ceci parce que mon assurance ne couvre pas les coûts excessifs de cette médecine du premier monde ».

Aucun appareil médical, aussi sophistiqué soit-il, ne peut remplacer les qualités morales, professionnelles et humaines du médecin, ni le soutien solidaire des citoyens. Je me souviens que la présentatrice de l’émission de CNN Plus, au milieu d’un débat interminable auquel on m’avait invité, m’a glissé une question assez pernicieuse : « Mais les êtres humains ne sont-ils pas les mêmes partout ? » Bien entendu, elle ne parlait pas de sentiments universels tels que l’amour ou la haine, mais de la façon d’appréhender des concepts sociaux, inévitablement historiques, comme la liberté ou les droits de l’Homme. Nous parlions cependant de projets de vie essentiellement opposés : ceux du capitalisme et ceux du socialisme.

Je cite cet exemple pour expliquer la surdité et la cécité des transnationales de la presse (et des hommes politiques du système, qu’ils soient roses, verts ou bleus) par rapport à toute alternative d’organisation sociale : le capitalisme n’accepte pas l’existence d’autres formes de vie s’il ne peut les dominer et les soumettre à une véritable possession ; tout au plus il les considère comme de simples manifestations (illégales) de barbarie. L’intolérance fait partie de son féroce instinct de conservation. Dans certains pays où il y a des coopérants cubains, les associations médicales locales ont déclaré cette coopération illégale. Pourquoi ? les Cubains vont prodiguer des soins dans les régions les plus reculées et dangereuses, ne touchent qu’un modeste salaire et cohabitent avec les populations les plus pauvres en partageant leurs conditions de vie. Qu’y a-t-il de subversif là dedans ? Ce qui pour n’importe quel observateur impartial, et surtout pour les populations locales est un acte de solidarité élémentaire est présenté comme une violation de la « légalité » capitaliste.

Mais revenons-en à l’anecdote du début. Seul le socialisme respecte et défend les droits de l’Homme. Le capitalisme, ce grand illusionniste, fait croire aux citoyens qu’ils sont libres, qu’ils sont informés, qu’ils peuvent devenir riches, qu’ils choisissent un projet de gouvernement tous les cinq ans. Il s’ingénie à les manipuler, les tromper, et les décevoir. Seul le socialisme peut assurer le respect de la dignité individuelle de tous les citoyens dans un projet de nation qui ne soit pas marqué par l’oppression d’une majorité par une minorité avare. Les hommes et femmes solidaires de la patrie sont ses anges gardiens. Bien entendu, le fait que l’une des personnes de l’histoire que j’ai racontée ait refusé son aide constitue pour moi un sujet d’inquiétude. Mais l’homme simple aux vêtements fripés et malpropres qui lançait un appel pressant à la solidarité devant la détresse d’un concitoyen est une chose qui me rend la foi. L’impérialisme nous impose un blocus pour nous interdire l’accès à certaines technologies, et le dernier recours qu’il nous reste – le plus beau des recours –, c’est la solidarité. Arnaldo, le lecteur de mon blog qui racontait son expérience aux États-Unis, conclut ainsi son commentaire : « Je ne remets pas en question si la condition de puissance médicale que l’on attribue à Cuba est juste ou pas en tenant compte des services qu’elle peut offrir. Je laisse cette question aux technocrates, aux critiques et aux politologues. Mais il ne fait aucun doute que Cuba est une puissance d’humanité, de solidarité et d’amour pour le prochain ».