JOURNALISTE:UN METIER DE PLUS EN PLUS DANGEREUX

Publié le par cubasifranceprovence

L'Amérique latine est la région la plus dangereuse du monde

Lisanka Gonzalez Suarez

LA Directrice générale de l’UNESCO Irina Bokova a condamné la vague d’assassinats de journalistes au Mexique et a appelé les États à traduire en justice les responsables de ces crimes.

La mort de trois journalistes mexicains en moins d’une semaine dans l’État de Veracruz semble avoir été la goutte qui a fait déborder le vase. Mme Bokova a exhorté les autorités mexicaines à ouvrir une enquête d’urgence afin que les coupables soient condamnés.

D’après la directrice générale de l’UNESCO, l’année dernière a été la pire de toute la décennie dans le monde, avec 127 assassinats perpétrés entre 2010 et 2011, dont 18 au Mexique. Depuis le début de l’année, plus d’une vingtaine de professionnels des médias ont été assassinés dans la région

DANS LA LIGNE DE MIRE DES FRANCS-TIREURS

Depuis l’occupation de l’Irak, plusieurs institutions ont mis en garde contre le nombre alarmant de correspondants morts, un chiffre beaucoup plus élevé que celui estimé lors de sanglantes invasions et de guerres de destruction ou de conflits armées comme celui du Vietnam.

Une analyse plus précise des chiffres à partir de 2008-2009 révèle une tendance alarmante de meurtres de journalistes survenus alors qu’ils ne travaillaient pas dans des situations de conflit.

Dénoncer publiquement le trafic d’êtres humains, de drogues ou d’armes, couvrir les manifestations contre les coupes budgétaires ou la hausse des frais d’inscription universitaire ; le chômage, la baisse des salaires, la perte des postes de travail, ainsi que le ras-le-bol des indignés contre les accords financiers qui enrichissent une minorité au détriment de la majorité, font du journalisme l’un des métiers les plus dangereux du monde.

La tendance est préoccupante lorsqu’on compare les statistiques de 2008-2009 à celles de la période 2006–2007. La majorité des meurtres ne se situent pas dans des pays déchirés par la guerre ou par des conflits, mais dans des pays sans situation conflictuelle ouverte. Alors qu’en 2007, la proportion des victimes tuées dans des pays déchirés par la guerre ou par des conflits était de 70 %, elle est aujourd’hui à moins de 40%.

Mais il existe aussi un grand paradoxe à l’heure actuelle : tandis que dans de nombreux pays de cette partie du monde le nombre de reporters qui sont dans la ligne de mire des francs-tireurs augmente, dans d’autres certains journalistes se rendent complices des grand intérêts en diffusant, en exagérant ou en manipulant les informations dans l’intention délibérée d’appuyer les guerres de conquêtes contre des pays dont le seul crime est de disposer d’abondantes ressources naturelles, surtout énergétiques, où se trouver en situation privilégiée dans la géopolitique mondiale.

Selon certaines institutions spécialisées, depuis deux ans, l’Amérique latine vient en tête pour ce qui est du nombre de journalistes assassinés dans l’exercice de leurs fonctions, devant le Proche Orient.

Par ailleurs, les enlèvements de journalistes sont de plus en plus fréquents et concernent un nombre de pays toujours plus grand. Dans certaines régions d’Amérique latine, les journalistes qui enquêtent sur le trafic de drogue sont sous la menace permanente d’être torturés et abattus.

En mars 2010, le rapport du Conseil du programme international pour le développement de la communication (PIDC), à l’occasion de sa 27e réunion pour 2008-2009, a condamné les meurtres de 123 journalistes, un chiffre similaire à celui de la période 2006-2007. De surcroît, les données du rapport montrent que dans le plus grand nombre de cas les victimes ont été tuées de façon délibérée, et qu’il s’agissait de reporters locaux qui couvraient la nouvelle dans leur propre communauté, en temps de paix.

Selon d’autres sources, en 2011, 95% des journalistes assassinés en Amérique latine étaient des hommes, mais que les femmes sont de plus en plus l’objet de menaces, notamment de violences sexuelles, et que dans les trois dernières semaines trois d’entre elles ont été exécutées par les cartels de la mafia.

LA RÉGION LA PLUS MEURTRIÈRE

Un rapport de la Commission d’enquête sur les attentats contre des journalistes (CIAP) révèle que 40 journalistes latino-américains de six pays ont été tués en 2011, et qu’ils représentent 42% de la totalité des 123 reporters assassinés dans le monde. La plupart d’entre eux enquêtaient sur des cas de corruption et d’autres activités illégales.

Le rapport souligne que par région, l’Amérique latine a été la plus meurtrière, avec en tête le Brésil, le Honduras et le Mexique.

LA CIAP demande de renforcer de toute urgence les mesures de protection des journalistes, une question qui avait été soulevée dans les années 70.

En septembre dernier, le commentateur mexicain Salvador Camarena soulignait que « la muselière de terreur imposée par les cartels criminels dans les régions côtières du Mexique est parvenue à réduire au silence journaux, stations de radio et de télévision, et commence même à faire taire les sites web et les réseaux sociaux ».

Mais il n’y a pas que le danger de la drogue et des guerres de rapine qui menacent les journalistes. Nombreux sont les obstacles au travail de ceux qui sont chargés d’informer, d’enquêter et de dénoncer. Trop de journalistes d’investigation sont réduits au silence, souvent pour avoir jeté le jour sur la corruption ou sur un crime quelconque.

D’autres sont exposés à un tabassage et à la saisie de leur matériel lorsqu’ils couvrent une manifestation ou une marche pacifique, comme on a pu le voir en Europe, au Chili et même à New York, considérée comme la « Mecque de la libre expression ». Au mois d’octobre dernier, l’Association de correspondants étrangers du Chili a exprimé au gouvernement sa « vive préoccupation devant les attaques constantes à la liberté d’expression perpétrées par les Carabiniers ces deux dernières années ». Un mois plus tard, d’après une dépêche de l’Associated Press, « des journalistes qui couvraient l’opération policière dans le camp du mouvement Occupy Wall Street à New York ont été maintenus à distance, et plusieurs d’entre eux ont été arrêtés ».

La culture de l’impunité s’est ancrée dans plusieurs parties du monde du fait que beaucoup de gouvernements ont systématiquement failli à leur obligation de protéger les journalistes et de punir les responsables des violences à leur encontre. Trop d’agressions et de meurtres de journalistes demeurent impunis. Il faut agir de toute urgence, car l’année 2012 s’annonce encore plus meurtrière.