29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 22:09

Les récentes modifications de la politique migratoire cubaine ont eu une ample répercussion nationale et internationale. La démarche connue sous l’appellation de « permis de sortie » a été supprimée ; la durée autorisée pour un séjour à l’étranger a été portée de 11 à 24 mois ; on a supprimé l’obligation de présenter une « lettre d’invitation » d’un « ami étranger » pour faire une demande de passeport ; on a rendu plus faciles l’ensemble des démarches en augmentant le nombre de bureaux ouverts à cet effet ; on a flexibilisé un ensemble de régulations concernant les rapports des Cubains résidant à l’étranger avec leur pays. Les analyses diffusées à ce sujet n’ont pas toujours pris en compte l’évolution historique et le contexte dans lequel a évolué une telle politique. À partir des données fournies par diverses institutions cubaines, en particulier le Centre d’Études des Migrations Internationales (CEMI) de l’Université de La Havane nous avons élaboré cette synthèse qui se propose de mettre en évidence cette évolution et son contexte.

Quelques chiffres.

Les Cubains résidant à l’étranger constituent environ 12,5 % de la population cubaine (1.4 million sur une population de 11,2 millions). Environ 85,7 % d’entre eux résident aux USA.

Dans les consulats des représentations cubaines, sont inscrits 1 185 128 Cubains. En 2011, plus de 400 000 Cubains vivant à l’étranger ont visité Cuba et plus du double conservent un lien stable avec le pays qui les a vu naître.

Au cours des 20 dernières années, 99,6 % des Cubains qui ont demandé à sortir du pays l’ont fait et ceux qui sont sortis temporairement, dans leur immense majorité,  sont revenus à Cuba au cours des 30 premiers jours.

Période antérieure à 1959 :

La présence de Cubains est majoritaire dans l’État nord-américain de La Floride au moins depuis 1870. En 1870, aux États-Unis, ont été inscrits 12 000 immigrants cubains alors que la population de Cuba était d’environ 1 445 000 habitants. En 1890, aux Etats-Unis, ont été inscrits enregistrés 20 000 immigrants Cubains alors que Cuba comptait environ 1 600 000 habitants.


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Nombre de Cubains inscrits aux États-Unis en 1870 : 12 000 immigrants cubains alors que la population de Cuba était d’environ 1 445 000 habitants (soit un taux de 8 ‰)

Nombre de Cubains inscrits aux États-Unis en 1890 : 20 000 immigrants cubains alors que la population de Cuba était d’environ 1 600 000 habitants (soit un taux de 12 ‰)

Jusqu’aux années 1930 du XXº siècle, Cuba a été essentiellement un pays receveur d’immigrants. À partir de ces années-là, on assiste à une modification du modèle migratoire de l’île qui de réceptrice d’immigrants devient émettrice d’émigrants ; cette tendance s’est maintenue jusqu’à aujourd’hui.

De 1950 à 1959, 73 221 Cubains ont obtenu la résidence permanente aux États-Unis.

 

Nombre de Cubains ayant obtenu la condition le statut de résidents légaux permanents entre 1920 et 1969

Pays de la dernière résidence

1920 à 1929

1930 à 1939

1940 à 1949

1950 à 1959

1960 à 1969

Cuba

12 769

10 641

25 976

73 221

202 030

 

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Il faut chercher les clés qui expliquent la manipulation à laquelle a été soumis le thème de l’émigration cubaine dans les trois premières années qui ont suivi la Révolution.

À partir du triomphe de la Révolution, les États-Unis ont utilisé l’émigration comme une arme supplémentaire de leur arsenal pour abattre la Révolution cubaine.

Depuis cette date, les différentes Administrations étasuniennes ont appliqué des politiques d’encouragement à l’émigration dans le but d’obtenir que les Cubains émigrés constituent la base de leurs plans de subversion du processus révolutionnaire.

Selon un rapport de la Banque Nationale de Cuba, le 6 février 1959, les capitaux sortis illégalement de Cuba par les principaux représentants du régime de Fulgencio Batista Zaldívar s’élèvent à 424 millions de dollars, capitaux pris sur les réserves en or et en devises sur lesquelles reposait la valeur du peso cubain. (Plainte instruite par le Peuple cubain contre le Gouvernement des États-Unis pour dommages économiques envers Cuba. Editora Política, La Havane, 2000. Page 6). « … la grande majorité des familles ayant émigré au cours des 18 mois qui ont suivi la Révolution n’avaient nullement besoin d’une aide économique d’aucune sorte, car elles possédaient les moyens et ressources nécessaires pour leur existence dans ce pays étranger ». (The Cuban Migration 1959-1960. Research Institute for Cuba  and the Caribbean ; Center for Advanced Internacional Studies. The University of Miami, Florida, 1967, p.24).

Parmi les Cubains qui émigrèrent aux États-Unis entre 1959 et 1962, moins de 23 % d’entre eux gagnaient un salaire inférieur à 2 000 pesos, 56 % d’entre eux gagnaient entre 2 000 et 8 000 pesos et 21 % gagnaient plus de 8 000 pesos ; la moyenne des revenus annuels de ces émigrés était de 5 960 pesos, alors que pour l’année 1957 le revenu annuel par habitant, à Cuba, avait été de 431 pesos. Ce fut une émigration essentiellement urbaine (62 % des émigrants provenaient de La Havane) et essentiellement blanche (2 % des émigrants étaient noirs ; 3,5 % étaient métis alors que le total de la population noire, à Cuba, selon le recensement de 1953, était de 12,4 % et celui de la population mulâtre de 14,5 %).

 

Première vague : 1959 — 1962

 

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Revenus obtenus à Cuba, en 1958 (en pesos cubains)



15 000 et plus             5,5 %

10 000/14 000            7,5 %

8 000/9 900                        8 %

6 000/7 999                        13 %

4 000/5 999                        17 %

2 000/3 999                        27 %

1 000/1 999                        15 %

moins de 1 000            7,5 %             (chiffres lus approximativement à partir du graphique M C)

 

Moins de 23 % des émigrants avaient des revenus inférieurs à 2 000 pesos.

56 % des émigrants avaient des revenus compris entre 2 000 et 8 000 pesos.

21 % des émigrants avaient des revenus supérieurs à 8 000 pesos.

La moyenne des revenus des émigrants était de 5 960 pesos alors que — pour l’année 1957 — le revenu moyen par habitant, à Cuba, était de 431 pesos.

En contraste avec le degré d’instruction existant à Cuba durant les années 1950 où — selon le recensement de 1957 — 1 % de la population adulte détenait un diplôme de l’enseignement supérieur, où 3 % de la population avaient fait des études supérieures, où 44 % avaient fait des études secondaires, où 52 % n’avaient pas terminé l’enseignement primaire, parmi ceux qui émigrèrent aux États-Unis au cours des trois premières années après la Révolution, seulement 4 % n’avaient pas terminé l’enseignement primaire, 60 % avaient obtenu le baccalauréat, 23,5 % avaient fait des études supérieures et 12,5 % étaient diplômés de l’enseignement supérieur.

Les émigrés de cette première vague, bien que privilégiés par la politique d’immigration et malgré leur statut de « réfugiés », ne se sont pas reconnus sous cette identification de « réfugiés » puisqu’ils se sont donnés à eux-mêmes la qualité d’« exilés » en voulant ainsi clairement se situer politiquement. Dès lors, la politisation de l’émigration cubaine aux États-Unis a été rendue évidente non seulement en raison de ses origines et de sa composition, mais à cause des particularités de son insertion dans le pays récepteur caractérisée par une conduite opposée au gouvernement cubain et un soutien à la politique menée par les États-Unis envers Cuba à partir de 1959.

1959 — Octroi de la catégorie de réfugié. (McCarran-Walter Act, 1952). Il est accordé aux immigrés cubains un statut spécial sur parole qui leur permet de travailler sans justification de résidence permanente. On puise dans les Fonds de Contingence du Président  pour créer et financer le Programme des Réfugiés Cubains (Cuban Refugee Program).

17 mars 1960 — « Programme d’action secrète contre le régime de Castro » :

1.     Création d’une opposition organisée hors de Cuba, en profitant des exilés cubains.

2.     Saper les bases du soutien populaire grâce à une forte offensive de propagande.

3.     Introduire à Cuba une force clandestine pour la subversion et l’insurrection dans les zones montagneuses.

4.     Créer, hors de Cuba, une force paramilitaire composée d’exilés entraînés pour être infiltrés dans le pays afin d’y organiser et d’y diriger l’insurrection dans la sierra et l’action clandestine dans les villes.

Décembre 1960. Est créé, à Miami, le Centre d’Urgence pour les Réfugiés Cubains  qui dépend du Department of Helth, Education and Welfare — lequel travaille en collaboration avec les Départements d’État, du Travail, de la Défense et de l’Agriculture.

1960-1963. Le Gouvernement des États-Unis autorise le recours à des visas waivers, conçus pour des cas d’extrême urgence pour l’émigration par vols directs vers La Floride.

26 décembre 1960. Arrivent à Miami les cinq premiers enfants ayant voyagé dans le cadre de l’opération Peter Pan, Opération montée par la CIA au cours de laquelle 14 048 enfants et adolescents cubains, âgés de 6 à 18 ans, seront envoyés aux États-Unis par leurs parents terrorisés à la suite d’une campagne de désinformation leur laissant croire que le gouvernement cubain allait les priver de leurs droits parentaux. Propagée par la contre-révolution, la radio La Voz de Los Estados Unidos de América (la Voix des États-Unis d’Amérique) et Radio Swan, station de radio créée par la CIA en mai 1960, sous la direction d’un spécialiste en guerre psychologique, D.A. Philips. L’Église catholique utilise les visas waivers  pour le transport des enfants à Miami. Ils sont accueillis et envoyés dans des campements, des orphelinats et dans des familles d’accueil temporaire, soi-disant jusqu’à ce que la réunification familiale puisse avoir lieu.

3 janvier 1961. Rupture des relations diplomatiques.

Une partie des premiers 70 000 émigrants émigrent sans démarches migratoires. Fin janvier 1962, à Punta del Este, Uruguay, au cours de la Huitième Réunion de Consultation des Ministres des Affaires Étrangères de l’OEA, on prend un ensemble de résolutions qui vont, par la suite, constituer les bases pour décider de la suspension de Cuba et de la rupture des relations diplomatiques bilatérales entre la plupart des nations latino-américaines et Cuba.

 16 janvier 1961. Les États-Unis informent que « les citoyens des États-Unis désirant voyager à Cuba doivent, jusqu’à nouvel avis, obtenir un passeport avec autorisation spéciale du Département d’État pour effectuer leur voyage ».

 Mars 1960 et avril 1961 : invasion de Playa Girón et Opération « Pluton » de la CIA avec préparation de la Brigade d’Assaut 2506. C’est la démonstration du rôle d’instrument attribué à l’exil cubain dans la politique des États-Unis envers Cuba à partir de cette date-là. Cela rend évident qu’on pourrait à nouveau avoir recours à l’intervention militaire pour changer le cours des événements dans l’Île, comme on l’a mainte et mainte fois pratiqué depuis 1898, mais désormais sous d’autres formes, par exemple sous couvert d’actions fratricides. Cela signifie aussi que cette politique trouverait un écho non seulement parmi les exilés cubains les plus extrémistes, mais que ces derniers sont prêts à intégrer des forces armés telles que la Brigade d’Assaut 2506 pour participer directement à des actions militaires. Le banditisme dans la Sierra de l’Escambray (dont le nettoyage a commencé le 8 septembre 1960) et les sabotages perpétrés dans les villes ont trouvé leur complément dans l’action militaire menée de l’extérieur. Est ainsi confirmée la décision d’utiliser des installations militaires nord-américaines implantées en Amérique Centrale et dans les Caraïbes comme bases d’opérations de contre-révolution. Ces opérations ont définitivement scellé l’attitude du gouvernement des États-Unis par rapport à l’émigration cubaine et les liens de celle-ci avec la contre-révolution.

 Après Playa Giron et après le dénouement de la crise d’Octobre, (crise des fusées soviétiques installées à Cuba. M.C.), après l’instauration du blocus et la suspension des vols directs entre les deux pays (de 1963 à 1965),

Ø  commence une nouvelle étape de l’évolution du processus migratoire cubain ; interruption du flux migratoire et accumulation d’un potentiel d’émigrants privés d’issue par voie légale ;

Ø  manipulation du régime des visas ;

Ø  début de l’émigration illégale ; encouragement des sorties illégales au moyen de l’octroi du statut de réfugié ;

Ø  élément déstabilisateur renforcé par la propagande radiophonique (radio-agression) ;

Ø  radicalisation de la participation politique de l’émigration et de ses organisations contre-révolutionnaires ;

Ø  intensification de l’émigration vers des pays tiers comme le Canada, le Mexique, l’Espagne et le Vénézuéla.

Ø   

1961. Le Cuban Refugee Program, désireux de soulager les pressions engendrées par le nombre de Cubains présents à Miami et dans le Sud de La Floride en général, dessine et met en place un Plan de relocalisation. Il parvient à redistribuer 64 % de tous les Cubains  présents à cette date. Entre février 1961 et août 1978, 300 232 personnes ont été transférées dans différents États, principalement l’État de New York, le New Jersey, la Californie et l’Illinois.

3 février 1962.  Signature de l’Ordre Exécutif Présidentiel Nº 3447 qui établit l’embargo total sur le commerce avec Cuba et autorise le Secrétaire d’État au Trésor à promulguer les mesures et régulations qui rendront effective l’interdiction de l’importation de tout produit d’origine cubaine. Il ordonne au Secrétaire au Commerce d’élargir les mesures pour interdire toutes les exportations des États-Unis vers Cuba. Cet Ordre Exécutif a reçu le soutien de l’émigration cubaine.

9 mars 1963. « Prétextes pour justifier l’intervention militaire des États-Unis à Cuba ». Le Bureau du Secrétaire à la Défense à soumis à l’appréciation de la Junte des Chefs d’État Major un paquet de mesures de harcèlement qui avaient pour but de créer les conditions pour justifier l’intervention militaire à Cuba. Parmi les mesures proposées, on trouve le développement d’une campagne terroriste cubano-communiste à Miami, dans d’autres villes de l’État de La Floride et à Washington, contre les réfugiés cubains qui cherchent l’asile aux États-Unis ; « Couler une embarcation pleine de Cubains en route vers La Floride (attentat réel ou sous fausse bannière) » ; et « promouvoir des attentats contre la vie des réfugiés Cubains aux États-Unis, y compris avec blessures dans certains cas qui seraient alors « massivement divulgués ».

3 octobre 1962 : Suspension des vols réguliers La Havane/Miami à cause du début de ladite « Crise des missiles » ou « Crise d’octobre ». Les flux d’émigrés sont réorientés via des pays tiers à travers La Jamaïque, le Mexique et l’Espagne.

22 octobre 1962 : Arrivée à Miami des derniers enfants de l’Opération Peter Pan suite à la suspension des vols directs ; ceux-ci voyagent en passant par La Jamaïque, le Mexique et l’Espagne. (3 000 enfants) La commémoration des 50 ans a eu lieu au Miami Beach Resort and Spa et au cours de la cérémonie fut décerné le Monsignior Bryan O. Walsh Award au « Peter Pan » le plus « distingué » de la nuit : le maire Tomás Regalado.

24 octobre 1962 :  Fin de la « Crise d’octobre ».

23 décembre 1962 : Premier vol ramenant les prisonniers de Playa Giron qui arrivent à la Base de la F. A. de Homestead, échangés contre des médicaments et des produits alimentaires. Entre le 27 décembre 1962 et le 3 juillet 1963, les bateaux ayant servi pour le transport des produits convenus dans cet accord de troc sont utilisés pour le transport d’émigrés vers les États-Unis.

Février 1963 : L’Administration de John F. Kennedy annonce que les Cubains qui arriveront aux États-Unis directement à partir de l’îIe seront accueillis en qualité de réfugiés, mais ceux qui arriveront à partir de pays tiers seront considérés comme étrangers et seront soumis à toutes les lois migratoires.

Juillet 1963 : Renforcement des mesures concernant le blocus. Interdiction aux citoyens nord-américains de voyager à Cuba et nouvelles mesures économiques introduites dans le Règlement pour le Contrôle des Actifs Cubains qui gelait les valeurs détenues par l’État de Cuba aux États-Unis et interdisait toutes les transactions avec Cuba.

Crises migratoires.

Camarioca 1965 — entre le 22 octobre 1962 et le 28 septembre 1965, de façon légale ou illégale, 71 545 personnes étaient sorties de Cuba. Entre le 30 septembre et le 15 novembre 1695, 2 979 Cubains émigrent et 2 104 autres restent à Camarioca jusqu’à ce que les États-Unis les recueillent sur des bateaux loués par le gouvernement des États-Unis.

Mariel 1980. Par le port de Mariel voyagent vers La Floride 125 000 Cubains outre 5 000 autres qui voyagent via le Pérou et Le Panama à la suite du conflit créé par l’asile accordé par l’Ambassade du Pérou, à La Havane, à un groupe de Cubains qui ont assassiné un garde et se sont installés à l’intérieur du siège diplomatique avec le soutien du gouvernement du Pérou.

Boat-people 1994. « Crise des balseros » (boat-people). À la suite de plusieurs détournements d’embarcations ourdis à partir des États-Unis, Cuba prend la décision d’ouvrir ses frontières maritimes et 36 900 émigrants quittent le pays. Beaucoup d’entre eux sont envoyés par les autorités nord-américaines à la Base Navale de Guantánamo  et au Panama (27 000 environ).

Accords migratoires entre Cuba et les États-Unis.

Mémorandum de l’Accord du 6 décembre 1965.

 

Ø  Permettre la sortie et la rentrée de ceux qui voudront voyager.

 

Ø  Priorité aux parents proches des résidents aux États-Unis. On stipule que la réunification familiale sera réalisée à l’extérieur, lorsque 90 % des émigrants auront des parents aux États-Unis.

 

Ø  Les États-Unis assureront le transport aérien depuis Varadero jusqu’à Miami.

 

Ø  Le volume et la fréquence des vols devront permettre la sortie de 3 000/4 000 personnes mensuellement.

 

Ø  Les autorités cubaines n’autorisent pas la sortie de prisonniers politiques, de jeunes en âge militaire (entre 15 et 27 ans) ni des professionnels et techniciens nécessaires à l’activité économique du pays.

 

Ø  À partir du 1erº décembre 1965 : pont aérien. De janvier 1966 à avril 1973 : les « Vols de la Liberté » (deux vols quotidiens) ont transporté et fait sortir du pays 297 318 personnes.

Accords migratoires de 1984.

Après les échanges réalisés par les deux gouvernements entre 1980 et 1984, les États-Unis assument l’engagement d’accorder jusqu’à 20 000 visas par an, engagement qu’ils ne tiendront pas et cela va créer les conditions de la crise des balseros de 1994. On décide, en outre, que Cuba recevra 2 746 émigrés « expulsables », soit une partie des émigrés sortis par le port de Mariel en 1980. Entre 1985 et 1987, les accords sont restés lettre morte suite à la dénonciation faite par Cuba des émissions illégales de Radio Martí à partir du territoire des États-Unis.

Accord migratoire de 1994 et Déclaration Conjointe de 1995.

Cet accord fait obligation aux États-Unis de délivrer annuellement, aux Cubains désireux d’émigrer aux États-Unis, un minimum de 20 000 visas. Cet accord prévoit des rencontres semestrielles sur la question de l’émigration pour vérifier la stricte application du dit accord. Ces rencontres furent suspendues unilatéralement par W. Bush en janvier 2004, puis elles furent reprises en juillet 2009 par le Président Obama. Les dernières ont eu lieu en janvier 2011 à La Havane. Puis nouvelle interruption unilatérale par l’Administration Obama sous des prétextes politiques.

La contre-révolution cubaine et son influence sur la politique migratoire.

Depuis 1988, plus de 8 500 Cubains sont entrés aux États-Unis après un transit par des pays tiers sous les auspices du Programme Exode de la Fondation Nationale Cubano-Américaine (FNCA), programme qui a perduré jusqu’en 1992. La FNCA est cette organisation qui a financé des activités terroristes à Cuba et qui a servi de connexion entre les cercles du pouvoir nord-américains et l’extrême droite américano-cubaine. C’est sous le patronage de la FNCA que Barack Obama s’est adressé à l’électorat cubano-américain, en Floride, lors de sa campagne de 2008 pour la présidence.

Pour l’ensemble des deux Assemblées du Congrès des États-Unis, 6 sièges sont occupés par des élus d’origine cubaine qui représentent les secteurs les plus extrémistes de cette émigration. Ils sont issus des deux États où la concentration d’immigrants cubains est la plus forte : La Floride (1 213 438) et le New Jersey (89 269). Seuls 2 de ces élus sont nés à Cuba : les 4 autres sont descendants d’immigrants cubains de la fin des années 50 et du début des années 60 du siècle passé.

Robert (Bob) Menéndez, sénateur démocrate du New Jersey et Marco Rubio, sénateur républicain de La Floride, sont les seuls sénateurs d’origine hispanique et tous deux président le groupe de leur parti respectif au Sous-Comité pour l’Hémisphère Occidental, au sein du Comité des Affaires Étrangères.

À la Chambre des Représentants, les intérêts cubains de l’extrême droite sont encore mieux représentés avec 4 sièges occupés par des élus d’origine cubaine, élus dans les mêmes États. Pour le New Jersey : Albio Sires, démocrate, élu du district 13, et pour La Floride : 3 républicains, Ileana Ros-Lehtienen, élue du District 18. Mario Díaz-Balart, élu du District 21, et David Rivera, du District 25. Ileana Ros-Lehtienen est la congressiste la plus ancienne du Parti Républicain et la première Hispanique qui ait présidé le Comité des Affaires Etrangères où elle siège en compagnie D. Rivera et de A. Sires. Elle a soutenu le blocus naval de Cuba durant la crise des boat-people de 1994 ; elle est intervenue avec véhémence, en 1999, lors de l’affaire de l’enfant cubain Elián González ; en 2006, elle a plaidé en faveur de l’assassinat du Président Fidel Castro dans le documentaire britannique « 638 façons d’assassiner Castro » et elle a soutenu la cause des Cubains  résidant aux États-Unis dont les activités terroristes en Amérique Latine sont officiellement reconnues comme c’est le cas pour Orlando Bosh et Luís Posada Carriles.

Le 15 avril 2011, David Rivera — qui est cité comme un des 14 élus les plus corrompus dans un rapport publié par « l’Organisation Citoyens pour la Responsabilité et l’Éthique dans le Gouvernement »(The Citizens for Responsibility and Ethics in Government) — a déposé un amendement à la Loi sur l’Immigration et la Nationalité pour « interdire l’aide financière à tout réfugié qui après être entré aux États-Unis voyagerait vers un pays qui favorise le terrorisme » (H.R.1644). Sous la pression de ces secteurs et bien qu’elle soit victime de ces actions terroristes menées à partir des États-Unis, Cuba a été incluse par le Département d’État dans la liste des « pays qui soutiennent le terrorisme ». Le 1er août, Rivera a proposé un amendement à la « loi d'Ajustement Cubain» [The Cuban Adjustment Act/] qui porte à 5 ans la période durant laquelle un Cubain doit demeurer physiquement présent aux États-Unis pour pouvoir jouir du statut de résident permanent (H.R.2771) et le 30 août, il dépose un autre amendement à cette même loi pour modifier les conditions que doit remplir un Cubain pour conserver son statut de résident permanent (H.R.2831). Aucun de ces amendements qui portent atteinte aux intérêts migratoires de l’électorat cubain n’a été cosigné par d’autres congressistes, mais ils ont été soutenus par des communiqués de presse de vedettes de l’extrême droite d’origine cubaine tels que Mauricio Claver-Carone, Directeur Exécutif de la Junte des Directeurs du Comité d’Action Politique Démocratie États-Unis-Cuba, et Jaime Suchlicki, directeur de l’Institut d’Études Cubaines et Cubano-Américaines (ICCAS) de l’Université de Miami.

Principales dispositions qui caractérisent le traitement immigratoire préférentiel envers les Cubains.

Ø  Loi d'Ajustement Cubain (1966).

Ø  Manipulation des accords  Migratoires de 1994 et Déclaration Conjointe de 1995.

Ø  Politique de pieds secs/pieds mouillés (1995).

Les États-Unis ont, à ce jour, 5 Programmes pour l’octroi de visas d’immigrants applicables aux Cubains.

1.     Programme des États-Unis pour les Réfugiés (United States Refugee Program) ;

2.     Programme de Visas de Diversification d’Immigrants, connu sous le nom de « loterie internationale » (Diversity Lottery Visa Program) ;

3.     Parents immédiats de citoyens ou de résidents légaux permanents (Family-Sponsored Immigrants).

4.     Programme Spécial pour l’Immigration de Cubains (Special Cuban Migration Program), connu sous le nom de « bombo o sorteo » (« tirage au sort ou loterie »);

5.     Programme de Réunification Familiale de Cubains Sous Parole (Cuban Family Reunification Parole) ; Programme de Professionnels Cubains de la Médecine Sous Parole (Cuban Medical Professional Parole Program)

Cuba et ses liens avec ses émigrés.

Placée devant la nécessité de défendre la Révolution contre les agressions des États-Unis et confrontée au rôle que ceux-ci faisaient jouer à l’émigration comme base sociale de la contre-révolution, Cuba s’est vue obligée d’adopter des mesures défensives.

Dans le domaine de la politique migratoire, il fut nécessaire d’établir un schéma de défense de la sécurité nationale en établissant des mesures de contrôle aux frontières ainsi que le contrôle des entrées et des sorties du pays.

En dépit de l’hostilité du gouvernement nord-américain, la Révolution cubaine a défendu la normalisation de ses liens avec ses émigrés. La politique cubaine ne refuse pas le droit à émigrer pas plus qu’elle ne qualifie d’ennemi quiconque a décidé d’émigrer, sauf si sa conduite le justifie.

En décembre 1977, est arrivé à Cuba le premier contingent de la Brigade Antonio Maceo constituée de jeunes émigrés cubains ce qui constitue une importante preuve de la volonté du gouvernement cubain de normaliser ses relations avec ses émigrés.

Fin 1978, le gouvernement de Cuba a réuni un groupe de représentants des émigrés qui soutenaient une position de respect envers Cuba, — événement connu sous le nom de Dialogue de 1978 — ce qui permit la libération et la sortie de Cuba de plus de 3 000 prisonniers et ex-prisonniers contre-révolutionnaires, d’avancer dans la création des bases fondamentales de notre politique en direction de l’émigration, d’augmenter les contacts entre la nation et son émigration, y compris l’initiation des visites régulières des émigrés dans le pays. Ce processus a subi des attaques et ses principaux protagonistes ont été les victimes de menaces et d’actions terroristes qui ont emporté  des vies humaines, telles celles de Carlos Muñiz Varela et de Eulalio Negrín.

1994 : 1º Conférence sur le thème : « La Nation et son Émigration ».

Mesures adoptées :

1.     Création de la Direction des Affaires des Cubains Résidents à l’Étranger au sein du Ministère des Affaires Étrangères.

2.     Suppression de la disposition qui prévoyait que si un Cubain émigrait légalement il devait attendre au moins 5 ans avant de pouvoir revenir en visite dans son pays.

3.     Autorisation pour les jeunes Cubains résidant à l’Étranger de faire des Études supérieures à Cuba.

4.     Fondation de la revue « Courrier de Cuba », publiée en direction des Cubains vivant à l’étranger.

5.     Suppression de l’obligation faite aux émigrés qui rendaient visite à leurs parents vivant à Cuba de se loger à l’hôtel.

 1995. IIº Conférence sur le thème : « La Nation et son Émigration ».

Mesures adoptées :

1.     Introduction de la « Vigencia de Viage », permis qui autorise des entrées multiples sur le territoire et qui autorise le séjour sur le sol cubain pour une durée de 3 mois.

2.     Autorisation faite aux jeunes Cubains résidant à l’Étranger de faire des études universitaires « compensées » à Cuba.

2004. IIIº Conférence sur le thème : « La Nation et son Émigration ».

Mesures adoptées :

1.     Octroi de bourses universitaires comme soutien aux enfants des citoyens cubains ayant joué un rôle marquant dans la défense de la Patrie.

2.     Création d’un programme de cours d’été de langue espagnole, d’histoire et de culture cubaine spécialement étudié pour les descendants de Cubains résidant à l’étranger.

3.     Nouvelles mesures pour accélérer et renforcer les contrôles douaniers y compris le système d’appréciation des bagages en fonction du poids.

Deux rencontres entre « Cubains résidant à l’Étranger et opposés au blocus, au terrorisme et militants pour la libération des Cinq Héros Cubains » ont eu lieu. (mars 2008 et janvier 2010).

Il existe actuellement 148 organisations d’émigrés dans 72 pays; celles-ci s’organisent en soutien à la Révolution et sont opposées au blocus de Cuba par les États-Unis.

 

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« Nous avons réalisé des efforts soutenus vers une normalisation totale des relations de Cuba avec son émigration, celle qui est éprise d’amour envers sa patrie et ses habitants et nous persévérerons dans cette direction conformément à la volonté commune de notre Nation », déclara le président Raúl Castro lors de la cérémonie organisée pour le départ de Cuba du Pape Benoît XVI, en mars dernier.

(traduction Manuel Colinas)



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