ENTRETIEN DE Fidel AVEC Nguyen Phu Trong, 11avril 2012

Publié le par cubasifranceprovence

 

La Rénovation n’a pas
été une tâche facile
A affirmé Nguyen Phu Trong, secrétaire général du
Comité central du Parti communiste du Vietnam dans une interview accordée à Granma. Le dirigeant vietnamien s’est entretenu avec Fidel

LazaroBarredo Medina et Claudia Fonseca Sosa

JUSTE avant d’accorder cette interview à Granma dans la soirée du mercredi 11, le camarade Nguyen Phu Trong, secrétaire général du Comité central du Parti communiste vietnamien, s’était entretenu avec le leader de la Révolution cubaine Fidel Castro, et il a commencé par nous livrer ses impressions sur cette rencontre.

« Je viens de rencontrer le camarade Fidel ; nous nous mmes entretenus pendant près de deux heures. Si nous avions disposé de plus de temps, nous aurions certainement continué cet entretien.

« Aujourd’hui, j’ai trouvé un Fidel beaucoup plus en forme par rapport à notre première rencontre en 2010. L’entretien a été très cordial et très intéressant, sans aucun protocole. Nous étions comme deux frères qui habitent la même maison. Fidel a tenu mes mains dans les siennes pendant plusieurs minutes et m’a exprimé sa satisfaction. Nous, les Vietnamiens, avons un grand respect pour Fidel et pour son peuple. Fidel n’a pas seulement abordé des sujets politiques, il a également parlé de science et de technique.

« Il a évoqué son voyage au Vietnam en 1973. Il m’a parlé du discours que j’ai prononcé hier lors du meeting sur le quai Haï Phong de La Havane, et des profonds liens d’amitié entre Cuba et le Vietnam.

« À mon arrivée, il avait sur sa table le document de la conférence que j’ai donnée à l’École supérieure du Parti « Nico Lopez ». Il s’est intéressé au nombre de copies qui avaient été faites et au nombre de cadres politiques qui avaient participé à cette réunion.

« Il a qualifié mon discours de suggestif et correct, avant ’attirer l’attention sur certaines Orientations de la politique économique et sociale cubaine qui coïncident avec des politiques appliquées par le Vietnam. Il m’a demandé mon avis, et il a déploré le fait qu’aujourd’hui beaucoup sont ceux qui se limitent à écouter, au lieu de réfléchir.

« Fidel m’a dit qu’il avait suivi ma visite à travers les médias. Il m’a demandé mes impressions et il s’est enquis de la visite dans la province de Pinar el Rio. Il m’a demandé des détails sur le développement agricole au Vietnam.

« Il s’est également intéressé à notre programme de visite dans plusieurs pays d’Amérique latine, et, à ma grande surprise, il s’est souvenu que mon anniversaire tombait le 14 avril, et m’a demandé où je serais ce jour-là.

Comme toujours, il a fait preuve d’une intelligence clairvoyante et perspicace, et chacune de ses réflexions repose sur des études et une méthodologie très claire, très scientifique. Nous sommes convaincus que les dirigeants doivent posséder ces qualités, être concrets ».

LES STRATÉGIES DE LA RÉNOVATION SOCIALISTE

Le dirigeant vietnamien nous a ensuite donné une brève explication des principaux pas franchis par son pays dans le cadre de sa politique de Rénovation.

« En 1986, au moment où le Vietnam a commencé à appliquer son programme de Rénovation (Doi Moi), beaucoup ont pensé que nous prétendions renoncer au socialisme. Vingt-six ans se sont écoulés depuis, et l’histoire s’est chargée de prouver le contraire, car à travers nos expériences, en conjuguant les arguments théoriques et scientifiques du marxisme-léninisme et de la pensée de Ho Chi Minh, nous sommes arrivés à la conclusion que seul le socialisme est capable de préserver l’indépendance nationale, la prospérité et le bien-être du peuple.

Sous la direction du Parti communiste, le peuple vietnamien a su adapter les transformations économiques au contexte historique et aux besoins concrets du pays tout en préservant sa stabilité politique. Le Vietnam a enregistré des progrès sociaux et économiques importants qui le rapprochent de plus en plus de son objectif de « construire un Vietnam dix fois plus beau ».

« Pour transformer en réalité le rêve de Ho Chi Minh, nous avons dû surmonter plusieurs obstacles, avancer sans prendre de décisions à la hâte. Notre Parti est conscient que la transition vers le socialisme est une œuvre de longue haleine, difficile et compliquée.

« Le processus Doi Moi n’a pas été simple. Des années 80 à nos jours, nous avons parcouru pas mal de chemin. De 1981 à 1985, nous avons vécu l’étape que nous pourrions appeler de pré-Rénovation, au cours de laquelle nous avons effectué diverses expériences, en maintenant un équilibre entre théorie et pratique, nous avons tiré des conclusions. Ce n’est qu’en 1986 que nous avons défini la politique de Rénovation. Entre les années 1980 et 1981 nous avons commencé à distribuer des terres aux paysans, mais ce n’est qu’en 1986 que le 6e Congrès de notre Parti, et en particulier avec la Résolution No 10, transféra aux foyers agricoles la responsabilité de la production et de la commercialisation des denrées agricoles.

« À partir de là, notre développement agricole s’est accéléré, et permettez-moi de vous dire, à titre d’exemple, qu’obtenir un rendement annuel de 47 millions de tonnes de riz par an nous a coûté beaucoup d’efforts. Cela a été un travail de longue haleine.

« Jusqu’à 1989, nous avions été obligés d’importer du riz pour satisfaire la demande de la population. Cette même année, non seulement nous avons assuré notre autosuffisance en riz, mais nous sommes parvenus à exporter notre premier million de tonnes.

« On a eu à peu près la même chose au plan industriel. Entre 1981 et 1982, nous avons commencé à éliminer le système bureaucratique, mais les politiques à suivre à cet égard n’ont été adoptées qu’en 1986. Ce n’est qu’à partir de 1991 qu’on a commencé à parler d’économie à plusieurs composantes, et d’économie de marché à orientation socialiste. À cette époque, nous avons aussi subi le blocus des États-Unis (pendant 20 ans), et on ne pouvait pas encore parler d’intégration économique internationale.

« Ceci sans compter de nombreux autres problèmes comme les séquelles des guerres. Je pourrais signaler à titre d’exemple qu’aujourd’hui encore des millions de personnes au Vietnam souffrent de maladies incurables ; des centaines d’enfants naissent avec des malformations provoquées par l’agent orange, un défoliant utilisé par les troupes US dans les forêts tropicales pendant la guerre. D’après les spécialistes, le Vietnam a encore besoin de 100 ans pour pouvoir se débarrasser complètement des bombes et des mines qui y sont enterrées. Comme je l’ai dit à la Conférence à l’École du Parti « Ñico Lopez », rien que dans la province de Quang Tri, que le camarade Fidel Castro visita en 1973, des milliers et des milliers de bombes et de mines, qui n’ont pas explosé, sont enfouies dans 45% des terres agricoles.

« Ceci pour donner une idée des tâches difficiles que nous devons mener à bien avec la Rénovation. Mais le plus difficile, c’est de changer la mentalité générale et individuelle au Vietnam. Nombreux sont ceux qui ont pensé que les transformations nous écarteraient du socialisme. Certains ont même parlé de déviations, d’autres sont plus conservateurs. Le Vietnam n’a pas seulement enregistré des résultats économiques significatifs en ces 25 ans, il a su aussi mieux résoudre des problèmes sociaux que les pays capitalistes ayant le même niveau de développement. La preuve en est qu’en 1986 le taux de pauvreté était de 75% et qu’en 2010 il a été réduit à 9,5%. La Rénovation a amené des changements très positifs, le niveau de vie du peuple s’est nettement amélioré, ce qui est reconnu par les Nations unies, qui considèrent le Vietnam comme l’un des premiers pays ayant atteint les objectifs du millénaire.

« Pendant mon séjour à Cuba, j’ai pu m’entretenir avec plusieurs dirigeants, et il me semble que vous vivez cette même étape. Le changement de mentalité doit s’opérer à tous les niveaux, du sommet jusqu’à la base.

« La consolidation de la Rénovation est une question que nous avons abordée lors du récent 11e Congrès du Parti, et en ce qui concerne les objectifs à long terme, il est bon se signaler que le Vietnam entend devenir un pays essentiellement développé en 2020. Notre stratégie de développement depuis 2011 à ce jour doit se baser sur trois principaux piliers : le développement de l’infrastructure, les ressources humaines et la réforme institutionnelle.

« Bien entendu, nous devons relever encore des défis dans les sphères de l’économie et de l’intégration internationale, ainsi que dans les services sociaux, où nous connaissons quelques limitations. Mais nous devons travailler, comme je l’ai dit à la Conférence, à l’École du Parti, conscients que le principal danger pour un Parti au pouvoir c’est la corruption, le bureaucratisme, la dégradation, surtout dans les conditions d’une économie de marché. Le Parti communiste du Vietnam fait l’objet d’une constante auto rénovation, d’une constante auto rectification et il lutte énergiquement contre l’opportunisme, l’individualisme, la dégradation dans ses rangs et dans tout le système politique. »

LES LIENS BILATÉRAUX

Durant son séjour dans l’île, le camarade Nguyen Phu Trong s’est félicité de l’excellence des relations entre Cuba et son pays qu’il a qualifiées de symbole de l’époque. Comment sont les liens entre les deux partis ? Quels sont les projets de coopération au terme de cette visite ?

« Les deux partis sont le fruit de processus révolutionnaires et de la fusion de différentes organisations politiques. C’est un point sur lequel Cuba et le Vietnam coïncident pleinement.

« Nos deux pays ont un système unipartite. Cuba et le Vietnam ont emprunté une voie socialiste de développement. Nous suivons le legs de nos prédécesseurs, associé au marxisme-léninisme. Nous sommes deux peuples fermes et très courageux dans la lutte. Nos partis ont établi très tôt des liens d’amitié, de solidarité et de coopération. Et nous suivons cette même logique : défendre nos révolutions respectives. Si bien que notre union est très étroite.

« Très tôt nous avons eu des échanges d’expériences, de travail, de direction, et nous avons coopéré ensemble à différentes tribunes et auprès d’organismes internationaux, en défendant nos causes. En 2011, nos deux pays ont tenu leurs Congrès du Parti, et au terme du nôtre nous avons envoyé un fonctionnaire à Cuba pour informer de ses résultats. Le camarade Raul a également proposé de nous envoyer quelqu’un pour nous faire part des résultats du Congrès du PCC.

« Aujourd’hui, le Vietnam poursuit sa politique de Rénovation et Cuba applique sa stratégie d’actualisation du modèle économique. Nos deux pays suivent la voie socialiste. Nous avons beaucoup de similitudes, même s’il existe des conditions et des particularités historiques concrètes. Il n’y a rien qui puisse empêcher le développement des relations entre nos deux partis.

« Pendant notre séjour à Cuba, il a été convenu d’augmenter les échanges de délégations, ainsi que les rencontres bilatérales, ainsi que les échanges d’expériences.

« Nous allons organiser des séminaires, des ateliers à niveau des pays et des partis. Nous souhaitons continuer de renforcer cette amitié, cette compréhension mutuelle et respectueuse, afin de consolider cette relation de fraternité avec des pas fermes dans la voie que nous avons choisie, en faveur de l’indépendance nationale et du socialisme ».