SI CE QUE VEULENT LES USA, C'EST HUMILIER NOTRE PAYS, IL N'Y PARVIENDRONT PAS: FIDEL CASTRO, 1° novembre 1962

Publié le par cubasifranceprovence

Les 30 et 31 octobre 1962, Fidel et d'autres dirigeants de la Révolution eurent des conversations avec une délégation des Nations unies conduite par le Birman U. Thant, à l'époque secrétaire général des Nations unies, pour trouver une issue à la situation provoquée par le blocus naval des États-Unis et les tentatives d'agressions contre Cuba, qui représentaient une grave menace pour la paix mondiale. Le 1ernovembre, le commandant en chef prononça un discours à la télévision et à la radio nationales pour informer la population des résultats de ces conversations et des positions cubaines par rapport à ce qui fut connu comme la Crise des missiles. Granma reproduit dans cette édition quelques fragments de cette mémorable allocution d'il y a 50 ans.

PRÉCISÉMENT, nous ne comprenons pas pourquoi on nous demande une chose pareille, parce que nous n'avons violé aucun droit, nous n'avons mené d'agression contre absolument personne. Tous nos actes ont été basés sur le Droit international. Nous n’avons absolument rien fait en dehors du Droit international. Par contre, nous avons été victimes, en premier lieu, d'un blocus, ce qui est un acte illégal ; et en deuxième lieu, on prétend déterminer depuis un autre pays ce que nous avons le droit de faire ou de ne pas faire dans nos frontières.

Cuba est un État souverain, ni plus ni moins que tout autre État membre des Nations unies, et doté de tous les droits inhérents à ces États.

Par ailleurs, les États-Unis ont violé à plusieurs reprises notre espace aérien, sans aucun droit, en commettant un acte d'agression intolérable contre notre pays. Ils ont prétendu le justifier à travers un accord de l'OEA, mais pour nous cet accord n'a aucune validité. Nous avons même été expulsés de l'OEA.

Nous pouvons accepter n'importe quoi qui soit conforme au droit, qui n'empiète pas sur notre condition d'État souverain. Les droits bafoués par les États-Unis n'ont pas été rétablis, et nous n'acceptons aucune imposition par la force.

Je considère cette inspection comme une nouvelle tentative pour humilier notre pays. En conséquence, nous ne l'acceptons pas.

Cette demande d'inspection prétend valider leur intention de violer notre droit d'agir en toute liberté à l'intérieur de nos frontières, de décider ce que nous pouvons faire ou ne pas faire à l'intérieur de nos frontières. Notre ligne de conduite n'est pas nouvelle. C'est un point de vue que nous avons toujours défendu.

Dans la réponse du gouvernement révolutionnaire à la Résolution conjointe du gouvernement des États-Unis, nous avons textuellement répondu :

« La menace de lancer une attaque armée directe si Cuba se renforçait militairement jusqu'à un degré que les États-Unis se réservent la liberté de déterminer est absurde. Nous n'avons pas la moindre intention de rendre des comptes au Sénat ou la Chambre des représentants des armes que nous achetons et des mesures tendant à défendre notre pays. N'avons-nous pas les mêmes droits que les normes, les lois et les principes internationaux reconnaissent à tout État souverain de n'importe quelle partie du monde ?

Nous ne renoncerons à aucune prérogative souveraine en faveur du Congrès des États-Unis.

[... ] Nous pouvons négocier en toute sincérité et en toute honnêteté. Nous ne serions pas honnêtes si nous acceptions de négocier un droit souverain de notre pays. Pour ces droits, nous sommes prêts à payer le prix qu'il faudra, et il ne s'agit pas-là de simples mots, mais d'une attitude très chère à notre peuple. Nous ne pouvons pas accepter d'inspection pour plusieurs raisons. En premier lieu parce que nous n'avons aucune intention de sacrifier un principe souverain de notre pays.

Une série de droits ont été bafoués. La liberté des mers a été violée par les États-Unis. Ils prétendent s'immiscer dans les choses que nous avons le droit de faire ou pas à l'intérieur de nos frontières. Les États-Unis ont ouvertement violé l'espace aérien de notre pays.

Comment, face à toutes ces agressions et à toutes ces violations, face à ces actes de force, allons-nous accepter l'inspection de notre pays ? Une inspection qui a précisément pour but de valider la prétention des États-Unis de décider du type d'armes que nous pouvons avoir ou pas ?

Nous n'avons pas renoncé au droit de posséder les armes que nous estimons nécessaires, dans l'exercice d'une attribution souveraine de notre pays ; et nous n'avons pas renoncé à ce droit. Comment allons-nous autoriser une inspection qui cherche à justifier cette prétention d'un pays étranger ? Nous ne l'acceptons pas !

En deuxième lieu, cette exigence est faite depuis une position de force des États-Unis, et nous ne céderons jamais aux positions de force (APPLAUDISSEMENTS).

[... ] Cuba défend bien des choses en restant ferme sur sa position : elle défend un droit souverain des peuples, et elle défend aussi la paix. Car notre position face aux positions de force, notre fermeté face aux exigences des agresseurs, face aux positions de ceux qui se plaisent à pratiquer ce genre de politique, est une position qui va stimuler les agresseurs.

Les agresseurs peuvent être agresseurs. Autrement dit, le monde peut se trouver face à la calamité que les agresseurs existent. Mais les agresseurs se heurteront à la résistance de notre pays, les agresseurs se heurteront à la résistance contre tout genre d'agression, qu'elle soit physique ou morale – comme celle qu'ils veulent perpétrer –, ou que ce soit l'agression d'un droit. Et ils ne devront pas se sentir encouragés par l'attitude de Cuba.

Nous sommes absolument dans notre droit, et nous sommes prêts à défendre ce droit coûte que coûte. Surtout après que nous ayons clairement exposé, dans l'explication que nous avons fournie au secrétaire général des Nations unies, qu'il s'agit d'une tentative de nous humilier.

C'est pourquoi la position de Cuba a été, et est de ne pas accepter cette inspection.

Nous avons défini les conditions qui doivent être réunies, et nous avons rappelé au secrétaire général – lors du second entretien – que le point de vue de Cuba est que si l'on veut trouver une véritable solution aux tensions et aux problèmes existant dans la Caraïbe - ou plutôt le Continent –, qui affectent également tout le monde, il faut que les garanties exigées par Cuba soient concédées.

Ces garanties ont toute la force nécessaire pour être considérées comme des demandes absolument justes, et elles sont toutes fondées sur des droits qui sont incontestablement acquis à notre pays : la levée du blocus économique et de toutes les mesures de pression commerciale et économique que les États-Unis exercent dans le monde contre notre pays, la cessation des actes agressifs qui ont contribué à aggraver la situation au point où elle en est. Des actes agressifs qu'ils commettent en ce moment.

[...] Je comprends que si cette solution à court terme dont parle M. le secrétaire général n'intervient pas, ce sera tout simplement parce que les États-Unis n'en veulent pas, qu'ils obstinent à exiger l'inspection comme un acte d'humiliation contre Cuba. Parce que pour obtenir cette sécurité unilatérale qu'ils disent rechercher, ils auraient pu se contenter de la décision du gouvernement soviétique de retirer les armes stratégiques qu'il avait amenées pour défendre la Révolution de Cuba.

Le gouvernement cubain n'a pas entravé le retrait de ces armes. Et la décision du gouvernement soviétique est en elle-même une décision publique ; et le seul fait qu'elle ait été adoptée de la sorte face à toute l'opinion a eu une répercussion dans l'opinion mondiale. Les États-Unis savent que cette décision a été adoptée avec sérieux par l'Union soviétique, et qu'effectivement, le retrait de ces armes stratégiques est en cours.

Si ce que veulent les États-Unis, c'est humilier notre pays, ils n'y parviendront pas !

Nous n'avons pas hésité un seul instant à défendre nos droits. Nous ne pouvons pas accepter d'impositions qu'on ne fait qu'à un pays vaincu. Nous n'avons pas renoncé à notre décision de nous défendre, et jamais nous ne nous laisserons imposer de conditions, parce qu'ils devront nous détruire et nous anéantir, et ils ne trouveront ici personne à qui imposer des conditions humiliantes. (APPLAUDISSEMENTS).