15 ANS, CA SUFFIT!
• Intensifier les actions pour contribuer à la libération des Cinq antiterroristes cubains, tel a été l’engagement solidaire des participants à la Rencontre internationale qui s’est tenue à La Havane
Claudia Fonseca Sosa et Pedro de la Hoz
LA Rencontre internationale de solidarité avec les Cinq, qui avait pour thème 15 ans, ça suffit !, s’est achevée le jeudi 12 septembre sur l’engagement d’intensifier les actions pour contribuer à la libération et au retour dans leur Patrie des Cinq antiterroristes cubains, injustement incarcérés aux États-Unis.
Des amis solidaires de 33 pays, réunis en session plénière à l’Hôtel Nacional de Cuba, le jour du 15e anniversaire de l’arrestation des Cinq, se sont engagés à redoubler d’efforts pour exiger du président Barack Obama la remise en liberté immédiate de Gerardo Hernandez, Antonio Guerrero, Ramon Labañino et Fernando Gonzalez.
Ils ont décidé également de promouvoir dans le monde, et notamment aux États-Unis, la diffusion du recours déposé par Martin Garbus, l’avocat de Gerardo, afin que soit déclaré inconstitutionnel le procès manipulé au terme duquel les Cinq ont été condamnés.
À cette fin, il est indispensable d’accroître les réseaux sociaux de solidarité au sein des États-Unis, impliquant de vastes secteurs sociaux, des dirigeants religieux et communautaires, des artistes et des intellectuels, et tout espace d’opinion qui serait réceptif à la nécessité de mettre fin à cette longue injustice.
Ce dernier aspect a été abordé par René Gonzalez, l’un des cinq Héros, qui est revenu à Cuba après avoir purgé entièrement sa peine arbitraire.
« Nous devons concentrer davantage nos efforts sur les personnes qui ont le plus de poids dans la prise de décisions à Washington, c’est-à-dire à la Maison-Blanche, au Congrès, et sur les groupes de pression et les universitaires des institutions liées au pouvoir », a-t-il souligné.
« Il faut faire connaître l’affaire des Cinq pour qu’elle soit comprise par le plus grand nombre de gens, indépendamment de leurs croyances et de leurs affiliations politiques, car il s’agit de toucher leur cœur et leurs sentiments avec une vérité indiscutable », a déclaré René, qui a partagé avec les participants un des moments les plus émouvants vécus pendant la journée : une brève conversation téléphonique avec son compagnon de lutte Ramon Labañino, qui lui a transmis un message d’optimisme.
Plusieurs documentaires sur l’affaire des Cinq ont été présentés dans le cadre de la Rencontre de solidarité.
Au nom des familles, Mirtha Rodriguez, la mère d’Antonio, a évoqué la force morale des Cinq – « Ce sont tous mes fils », a-t-elle dit –, soulignant l’importance du mouvement international de solidarité dans la bataille pour la justice.
La vice-ministre des Relations extérieures, Ana Teresita Gonzalez, a exprimé ses remerciements pour les marques de soutien envers la cause des Cinq, et elle s’est dite confiante dans la capacité de la solidarité pour multiplier les actions et les idées.
Au début de la rencontre, Ricardo Alarcon de Quesada a offert au public, composé d’intellectuels, d’artistes, de sportifs de haut niveau et de diplomates, une actualisation de l’affaire.
« La bataille judiciaire pour la libération des Cinq se trouve au même point qu’il y a un an. Nous attendons la décision de la juge Joan Lenard sur la requête demandant la révélation des preuves, qui sont maintenues cachées, et qui démontreraient le show médiatique qui a été organisé autour du procès à Miami », a-t-il dit.
Ricardo Alarcon a condamné « la monumentale violation de la légalité et de l’éthique » par les autorités étasuniennes en charge de l’affaire de Ramon, Fernando, Antonio, Gerardo et René.
« Les Cinq ont le mérite exceptionnel d’avoir lutté contre le terrorisme, sans aucun recours à la violence, et cependant ils ont été condamnés comme des criminels », a-t-il ajouté.
Par ailleurs, il a rappelé l’affaire du soldat Bradley Manning, accusé d’espionnage pour avoir filtré des renseignements secrets au site Internet WikiLeaks.
« Manning est entré dans l’histoire, en révélant la politique d’un empire qui piétine les droits et la souveraineté des États, mais il n’a pas été accusé de "conspiration" (comme les Cinq) : ses chefs d’accusation ont été beaucoup plus graves, et pourtant il a été condamné à 35 ans de prison. »
Le contraste de cette condamnation avec celle dictée aux Cinq par le tribunal est très révélateur : nos frères ont été jugés au cours d’un procès enflammé par la haine.
« Les Cinq, a poursuivi Alarcon, n’étaient pas membres de l’armée nord-américaine ; ils ne se sont appropriés d’aucun document officiel ; ils n’ont révélé aucun secret. Ils ne faisaient que défendre les droits du peuple cubain. »
Par ailleurs, l’universitaire et journaliste français Salim Lamrani a estimé que l’affaire des Cinq est non seulement « un scandale judiciaire, mais c’est aussi un scandale politique et médiatique. Les médias occidentaux, soi-disant champions de la liberté d’expression, présentent les Cinq comme des espions, alors que la Cour d’Atlanta elle-même et des militaires nord-américains de haut rang ont déclaré qu’il ne s’agissait pas d’une affaire d’espionnage »
Selon Salim Lamrani, concernant l’affaire des Cinq et la question de Cuba, « les grands groupes médiatiques occidentaux ne remplissent pas leur rôle d’assurer au citoyen une information véridique et équilibrée. Par contre, ils ont entériné la doctrine nord-américaine du "bon et du mauvais terroriste", dans laquelle tout dépend qui est la victime ».
« Quand il s’agit d’un Cubain, le discours médiatique transforme l’assassin en militant des droits de l’Homme, au lieu de l’accuser de terrorisme, comme cela s’est produit avec le terroriste Luis Posada Carriles. »
Raul Garcés, doyen de la Faculté de communication de l’Université de La Havane, a estimé pour sa part qu’afin de gagner de plus grandes audiences aux États-Unis, nous devons coordonner des actions de communication qui agissent directement sur la façon de penser et de ressentir des citoyens nord-américains, afin qu’ils exercent une plus forte pression sur le gouvernement de leur pays. « Nous devons faire en sorte que le peuple des États-Unis puisse contribuer à réparer cette injustice ».
« Pour obtenir la libération des quatre antiterroristes cubains qui sont toujours incarcérés aux États-Unis, davantage d’actions doivent être menées afin d’augmenter la pression internationale sur l’administration d’Obama », a affirmé Nalda Vigezzi, coordinatrice du Réseau national de solidarité avec Cuba aux États-Unis. Une déclaration approuvée par Cindy Sheehan, militante étasunienne des droits de l’Homme, qui a appelé ses compatriotes à rejoindre la bataille contre l’injustice qui se commet sous leurs yeux.
« Obama peut faire quelque chose pour les Cinq, dès demain », a-t-elle souligné.
Parmi les délégués qui sont intervenus dans les débats, se trouvaient Clarisa Lopez, fille du combattant indépendantiste portoricain Oscar Lopez, qui purge une peine de 70 ans et qui a déjà passé 32 ans en prison. Oscar Lopez et Fernando ont partagé la même cellule à la prison de Terre Haute, Indiana.
« Nous nous sommes adressés au président Obama, qui peut signer un décret de grâce. À mon père, il ne lui reste plus qu’à mourir en prison ou purger sa peine, ce qui devrait arriver dans une dizaine d’années. Gerardo, qui a été condamné à deux peines à perpétuité plus 15 ans, est à peu près dans la même situation. Un véritable acharnement », a-t-elle dit.
La Rencontre a débuté par la lecture d’un message de Fernando à l’occasion du récent décès de l’intellectuel nord-américain Saul Landau, « un ami qui – a-t-il dit – par son talent et sa sensibilité a beaucoup apporté à la cause des Cinq ».
Le documentaire 15 ans, ça suffit !, des réalisateurs Liudmila Talancon et Alexei Parra, a été présenté au début de la rencontre.
Parallèlement avait lieu une campagne pour les Cinq sur Twitter, au cours de laquelle, selon les informations, 25 000 messages de solidarité avec les antiterroristes cubains et leurs familles ont été envoyés depuis toutes les latitudes.
Au cours de la journée, des messages envoyés par certains des participants à la manifestation de solidarité qui se déroulait à Washington ont été lus, comme celui de l’acteur Danny Glover.
L’exposition 15 années de lutte contre l’injustice et le silence, composée de 73 affiches réalisées par des artistes membres de l’Association cubaine des communicateurs sociaux, a été inaugurée et restera ouverte au public dans le Salon Vedado de l’hôtel.
Ont participé à cette rencontre, Bruno Rodriguez Parilla, membre du Bureau politique du Parti et ministre des Relations extérieures, José Ramon Balaguer Cabrera, membre du Secrétariat du Comité central du Parti et responsable de son Département des Relations internationales, et Kenia Serrano, présidente de l’Institut cubain d’amitié avec les peuples, entres autres invités.
(source Granma International, édition en français, 19 septembre 2013)