Cuba: DEMOCRATIE DANS LES RUES DE La Havane

Publié le par cubasifranceprovence

par Katrien Demuynck

Ce soir, entre les les croisements J et K sur la Calle 11, on 'rend des comptes', vous en serez ? nous demande Julita. En fait, cette 'rendición de cuentas’ comme on dit là-bas, est une réunion publique bisannuelle organisée par quartier. Dans ces réunions, les élus locaux viennent donc rendre des comptes à leurs électeurs.

Il fait déjà nuit lorsque, aux alentours de 20h, nous pénétrons dans le quartier. Par la fenêtre du bâtiment où aura lieu la réunion, pendent le drapeau et les armoiries de Cuba. “On fait toujours ça”, nous explique un des responsables du Poder Popular communal venu assister à la réunion. Cette commune, appelée Plaza de la Revolución, du nom de la Place de la Révolution qui trône en son centre, il y a 106 élus au Conseil Communal. Qui sont répartis en huit “consejos popular”, par quartier. Ce soir, nous nous trouvons dans le “consejo popular” du quartier Rampa.

‘Rendición de Cuentaaaaaaaaaaaaaas’ entend-on crier dans les rues adjacentes et dans les blocs d'appartements. Tous les habitants sont invités à participer. Ainsi, une soixantaine de personne se rassemble sur la terrasse de la maison où l'exercice démocratique prend place. L'assemblée commence avec l'hymne national. Ensuite, Xavier, l'élu du quartier accueille ses voisins. Il poursuit avec un passage en revue des problèmes qui avaient été évoquées la fois précédente, et l'évolution pour chacun d'entre eux. Ainsi, il annonce que des 12 problèmes mis en avant, six ont été entre-temps résolus. Et il ne manque pas d'expliquer l'état des lieux d'avancée des six autres.

La parole revient ensuite à l'assemblée. Toutes les interventions, plaintes ou remarques sont scrupuleusement notées. Une dame indique que les inspecteurs de la santé du quartier ne font pas bien leur travail. En effet, explique-t-elle, ils ne passent pas souvent et ne prennent pas suffisamment à coeur le ramassage des poubelles ou le fait de punir les décharges illégales de déchets. De plus, quand elle a essayé de leur demander d'y faire plus attention, on lui a répondu avec peu de respect.

Un autre signale l'existence de flaques d'eau permanentes aux abords d'une fuite d'eau. Cela favorise la reproduction des moustiques, et doit donc être résolu au plus vite. Un troisième signale un morceau de trottoir cassé. Un certain nombre de maisons dans le quartier sont par ailleurs dans un très mauvais état. Xavier passe en revue chaque problème et propose à chaque fois la façon dont il pense s'attaquer au problème. Pour la restauration des bâtiments, un subside est par exemple envisageable. Il invite également les gens à venir le trouver à sa permanence hebdomadaire afin de pouvoir approfondir.

La réunion dure en tout une bonne heure. Et les débats y sont plutôt animés. Nous remarquons que quasiment tout le monde participe aux discussions. D'une vieille dame apparemment illettrée à un ouvrier en passant par un jeune étudiant. Lorsque la ‘rendición de cuentas’ prend fin, on en profite pour aller discuter avec le delegado Xavier. Est-ce une tâche prenante ? 24/24 hé, nous répond-il en riant. Comme tous les élus à Cuba, il exerce cette responsabilité en plus de son boulot. Il passe de cette manière beaucoup de soirées à bosser, dans des réunions, sur le terrain, en visite,etc. Mais c'est incroyablement stimulant s'empresse-t-il de rajouter, et cela fait plaisir d'être utile pour les gens. C'est comme ça que nous mettons la démocratie en marche.

trad.: Bruno Stas

(Cubanismo, 17 décembre 2013)