Cuba: Fidel Castro SERRA LA MAIN DU PRESIDENT Clinton
Récit, en l’absence de toute photo…
Par Michel Porcheron
Obama a serré la main du président Raul Castro, en terrain neutre. Si « historique » il faut écrire, l’adjectif doit être associé en tout premier lieu à l’hommage à Nelson Mandela. Historique au sens le plus fort, pour toute la planète et pour des siècles. Donc, Barack Obama, souriant, grand de taille, se penche légèrement pour saluer son homologue cubain, avant de poursuivre, ça sera le tour de la présidente du Brésil.
L’occasion est bonne pour rappeler qu’une autre poignée de main entre un président cubain et un président américain, encore plus fugitive, eut lieu en 2000, mais cette fois aux Etats Unis. Celle-là clairement « historique », puisque c’était la première depuis 1959, depuis la Révolution castriste. Deux présidents de pays sans relations diplomatiques depuis 1961, du fait de Washington. Une poignée de main sans suite connue, ni une semaine plus tard, ni aujourd’hui. Certes on pourra rappeler ici que Fidel Castro serra la main d’un vice-président, Richard Milhous Nixon, lors d’un entretien de plus de trois heures à Washington, le 19 avril 1959, lors d’une « tournée » du leader cubain aux Etats Unis. La poignée de main fut, à sa manière, « historique »…par défaut.
L’histoire a dit que le président en exercice (1953-1961) Dwight « Ike » Eisenhower, d’une manière particulièrement discourtoise, s’était éloigné de Washington, pour éviter le Cubain et pour honorer une partie de golf, « prévue de longue date ».
La poignée de main Fidel Castro- Richard Nixon eut, elle, une suite immédiate : le second, d’après son propre témoignage, rédigea sans tarder un mémorandum destiné au Département d’Etat, au Pentagone et à la CIA, disant que le premier était « un homme à abattre »… En septembre, le 6 septembre, à New York, la poignée de main historique unit (forcément) le président Fidel Castro et le président William Jefferson « Bill » Clinton, le locataire d’alors de la Maison Blanche (1993-2001).
Une poignée de main, un apreton, un handshake sans lendemain. Jusqu’à preuve du contraire. Est-ce que ce jour là Fidel Castro avait quelque chose de particulier à communiquer à Clinton, même rapidement ? Mystère total.
« Un jour de trêve avec les Etats Unis, le premier en 41 ans » Toujours est-il que dans l’esprit du leader cubain une « affaire » récente et heureusement conclue, impliquant le président américain, ne pouvait ne pas être présente, a fortiori quand ce dernier est face à vous. Le 23 avril de cette même année 2000, le petit Elian, dont l’histoire bien connue émut un très grand nombre de personnes à travers le monde, fut libéré par la police fédérale américaine, ce qui permit son retour à Cuba. « Ce fut un soulagement. Dans cette affaire, je dois dire que Bill Clinton s'est bien conduit. Ce jour a d'ailleurs été célébré comme un jour de trêve avec les Etats-Unis, le premier en 41 ans! », déclara Fidel Castro dans un entretien accordé fin 2000 à Federico Mayor, ancien directeur général de l’Unesco. A une question sur les échéances électorales américaines [L'élection présidentielle de novembre 2000 allait se jouer entre le républicain George W. Bush au démocrate Al Gore, vice-président des États-Unis ], le leader cubain répondit : « Bien sûr que je les suis de près, même la course au poste de sénateur de New York! A cet égard, je dois admettre que Hillary Clinton est une femme convaincante. Il est toujours intéressant de l'écouter ». On peut rappeler au passage qu’en 1994, lors de la cérémonie d’investiture de… Nelson Mandela, Al Gore avait soigneusement évité de serrer la main de Fidel Castro. Toutes les poignées de main ne se valent pas.
Les deux poignées de main, celle de Soweto et de New York, ne sont pas tout à fait comparables : c’est Barack Obama qui a serré la main de Raul Castro qui n’en attendait pas moins. Le contexte de septembre 2000 n’a pas la même universalité. On célébrait à New York, au siège de l’ONU, le Sommet du millénaire. Et puis, distinguo de taille, si la vidéo Obama-Raul-brève rencontre, continue et continuera longtemps de faire le tour du monde, quand Fidel Castro prend l’initiative d’aller à la rencontre de William Clinton, il n’y a personne pour immortaliser ce moment. Dans les environs, pas un photographe accrédité, pas le moindre paparazzo, pas un reportertélé, à l’époque pas de portable qui fait des photos. Quand on pense que cette époque sans smartphone existait…
Démentis, confirmations, atermoiements, réserves, etc
Vu que le geste de Fidel Castro, qui dut surprendre quelque peu William « Bill »Clinton, avait échappé à la moindre caméra, et pour cause, la Maison-Blanche avait d’abord tenté de nier que ce geste s’était réellement passé avant de se raviser devant les divers témoignages le confirmant, tout en alléguant que les deux chefs d’État n’avaient échangé « aucune parole significative », selon ABC News. «Ils se sont parlés quelques instants mais ne se sont rien dit de concret.
D’après ce que j’en sais, c’était juste une conversation cordiale, rien de concret», avait ensuite expliqué la secrétaire d’Etat américaine de l’époque, Madeleine Albright, citée dans cet article d’ABC News .
William « Bill » Clinton ne se prononça que très brièvement, en réponse à des questions, sur cette brève rencontre atypique. La presse assura le service minimum. On est très loin de la couverture médiatique de la cérémonie de Soweto, qui, par exemple, fait écrire aux envoyés spéciaux du quotidien Le Monde que la poignée de main Obama-Raul Castro à la tribune est « révolutionnaire », « signe d’ouverture du président américain aussitôt remarqué ». A la réserve gênée de Clinton, s’opposa en quelque sorte le compte-rendu, de la poignée de main et de la rencontre, que Fidel Castro lui-même considéra judicieux de rendre public (voir plus bas). Le leader cubain s’adressant à l’opinion américaine et au public cubain, donnait à la fois sa version, consistance à la rencontre et la portée qu’il lui attribuait.
Auparavant nous exhumons ce que nous écrivions il y a maintenant plus de 13 ans :
« Le geste allait être historique. Du jamais vu depuis...du jamais vu tout court. Fidel Castro n'avait jamais serré la main d'un président américain en exercice et vice-versa. Pour cause de divorce sans consentement mutuel. Ca fait environ 40 ans que ça dure.
Donc, nous sommes le mercredi 6 septembre 2000 à New York. On y célèbre le Sommet du Millénaire à l'ONU. Le monde entier est là. La session du matin est terminée, au cours de laquelle le président cubain a dit tout le mal qu'il pensait de la politique impérialiste, le déjeuner se passe, tout le monde a quitté la table et se dirige vers une grande salle avant la photo de famille. Au milieu de la foule des 147 présidents et chefs d'États et autres personnalités, Fidel Castro, costume bleu marine et cravate, flâne. Un peu plus loin, William « Bill » Clinton est en conversation avec un petit groupe de personnes. Personne ne se doute de ce qu'il va se passer. Ni les porte-paroles de la Maison Blanche, ni la garde rapprochée de « Bill », ni les centaines de photographes accrédités …qui vont être étrangement absents. On n’aura pas d’explication. Que fait Fidel ? Il s'approche de William « Bill » Clinton, il l'expliquera un peu plus tard, « par pure courtoisie ».
Un haut responsable américain, qui a souhaité garder l'anonymat - selon une formule classique et habituelle aux Etats Unis- fait savoir que les deux hommes se sont serré la main et ont échangé quelques mots. « Fidel Castro s'est avancé et ils ont parlé brièvement », ajoute ce haut responsable. Interrogée, la Maison Blanche ne dit rien.
Le lendemain, jeudi, la Maison Blanche dément. « Il n'ya pas eu de poignée de main » dit le porte-parole en chef de la Maison Blanche, Joe Lockhart. Les Cubains de la délégation sur place ne font aucune déclaration, ce n’est pas leur rôle. Puis, le vendredi, William « Bill » Clinton en personne reconnaît avoir bien été abordé par le leader cubain, mais ne parle pas de poignée de main. « Il m'a pris au dépourvu, j'étais en train de parler, je me suis retourné et il était là. Selon toute vraisemblance, ajoute le président des Etats Unis, il était venu vers moi, et il attendait le moment de me parler. Notre rencontre n'a duré que quelques secondes ».
Jusqu'au moment où, plusieurs heures plus tard, la Maison Blanche finit par admettre qu'il y a bien eu poignée de main. Vendredi soir 9 septembre, via la TV cubaine, Fidel Castro, qui est encore à New York, a l'occasion de préciser que la brève rencontre a duré « moins de 20 secondes ». Lui aussi, semble minimiser, à sa manière. En substance, « satisfait » de s'être comporté ainsi, il dit qu'il s'est trouvé à un moment donné près de M. Clinton, et qu'il ne pouvait pas faire moins que de le saluer et lui parler, en un pur réflexe de courtoisie. « Je ne pouvais pas sortir en courant, pour éviter de le saluer ».
« C'était une rencontre due au hasard dont Fidel Castro a profité », a déclaré Madeleine Albright, chef de la diplomatie américaine. « Un échange sans conséquence », dira J. Crowley. « Ce fut un contact dans un contexte de protocole diplomatique. Ce n'est ni impressionnant, ni significatif, mais c'est émouvant », dira Sandra Levinson, directrice du Centre d'Etudes Cubaines de New York. « La guerre froide est finie », a estimé quant à lui le Révérend James Forbes. Seul, l'avenir dira quelle sera la portée d'un tel geste, d’apparence anodine, que le service de presse de la Maison Blanche, visiblement très embarrassé et manifestement débordé, n'a pas su gérer. Au point qu'involontairement, il a aidé Fidel Castro à créer l'évènement.
D'autres témoins de la brève rencontre ont préféré garder le silence. Pas un ne s'est manifesté. Et cette brève rencontre n'a pas été photographiée, donc immortalisée. Les centaines de photographes ont perdu une occasion de faire la une de tous les journaux du monde... »
Le bonjour à Clinton, selon Fidel Castro
« Une fois la séance inaugurale du Sommet du millénaire finie, après le déjeuner offert par le Secrétaire général des Nations Unies, on nous a signalé qu'il fallait aller vers une salle pour la photo officielle. Nous nous dirigions vers cet endroit, presque les uns derrière les autres tout le long d'un chemin ouvert parmi les tables; quand à peine à quatre mètres j'ai aperçu Clinton qui serrait poliment la main des plusieurs Chefs d'État qui passaient par là. Je ne pouvais pas y passer en courant pour l'éviter, il ne pouvait quitter la salle non plus. Cela aurait été un acte de lâcheté honteuse de notre part.
J'ai donc suivi les autres. En deux minutes je suis arrivé à l'endroit où il était et comme les autres je m'y suis arrêté quelques secondes, et dignement et poliment je l'ai salué. Il a fait exactement la même chose et j'ai poursuivi mon chemin. Autre chose aurait pu être extravagante et grossière. Tout a duré moins de 20 secondes. Ce simple détail a été tout de suite communiqué et médiatisé gentiment par la presse. Des rumeurs ont circulé immédiatement. Des portes-paroles officiels de presse qui n'étaient pas bien informé ont fait différentes interprétations. La mafia de Miami est devenue hystérique, d'après elle le Président avait commis un grand crime. À ce point est-elle fondamentaliste ! De mon côté, je suis satisfait de mon comportement respectueux et civilisé à l'égard du Président du pays hôte du Sommet. Fidel Castro (original:Saludo a Clinton. Mensaje publicado el 9 de septiembre del 2000, Español ) (mp)
(source http://www.cubacoop.org/)