Cuba: Fabius BIENTOT A Cuba. MAIS POUR QUOI FAIRE?
Par Françoise Lopez.
Une dépêche de l'AFP, datée du 19 mars, annonce la prochaine visite de notre Ministre des Affaires Etrangères (pas des Relations Extérieures mais bien des Affaires Etrangères...), Laurent Fabius, à Cuba. Une bonne nouvelle, apparemment, puisque les relations de l'Union Européenne avec Cuba sont en train d'être renégociées et que nous en espérons tous l'abandon de la Position Commune qui a fait tant de mal à Cuba. Mais regardons-y de plus près...
PARIS, 19 mars 2014 (AFP) - Laurent Fabius a annoncé mercredi qu'il se
rendrait "bientôt" à Cuba, pour la première visite en 30 ans d'un ministre
français des Affaires étrangères dans l'île communiste, qui vient d'entamer un
dialogue de normalisation de ses relations avec l'UE.
"Je me rendrai bientôt à Cuba", a simplement déclaré M. Fabius à l'issue
d'une rencontre avec son homologue brésilien Luiz Alberto Figueiredo, en visite
à Paris.
La date n'est pas encore fixée et la visite est en cours de préparation,
a-t-on précisé au Quai d'Orsay, indiquant que ce voyage visait à renouer des
relations "distendues", sonder les intentions du pouvoir en place, étoffer la
relation économique.
M. Fabius avait reçu vendredi dernier à Paris son homologue cubain Bruno
Rodríguez. Il s'agissait de la première visite en France d'un chef de la
diplomatie cubaine depuis 2005.
Cuba a accepté début mars la proposition de dialogue lancée début février
par l'Union européenne (UE), ouvrant la voie à une normalisation des relations
entre l'UE et le régime communiste cubain, en froid depuis dix ans. Ce dialogue
vise à encourager La Havane à poursuivre les réformes dans le domaine des
droits de l'homme.
Cuba est dirigée par Raul Castro, le frère de Fidel, qui lui a cédé le
pouvoir en 2006.
Une soixantaine d'entreprises françaises sont actives à Cuba par le biais
de partenariat avec des entités cubaines, mais le seul investissement français
d'importance est celui du groupe Pernod-Ricard, selon le site de la diplomatie
française.
Le dissident cubain Elizardo Sanchez, président de la commission cubaine
des droits de l'homme (interdite à Cuba) a exprimé mercredi son "scepticisme"
Les gouvernements européens qui espèrent encourager les réformes dans l'île
communiste "agissent de bonne foi", mais "nous pensons que le gouvernement de
Cuba n'a pas la moindre volonté d'engager des réformes, qui sont urgentes",
a-t-il déclaré à l'AFP.
Le dissident âgé de 69 ans, qui a passé huit ans et demi en prison, a été
reçu lundi par deux diplomates français au Quai d'Orsay. Il leur a exposé les
revendications de la commission cubaine des droits de l'homme: libération sans
condition de tous les prisonniers politiques, fin de la répression politique,
respect des engagements internationaux souscrits par Cuba et reconnaissance de
la société civile.
"Notre demande c'est que dans ses discussions (avec les autorités cubaines)
l'UE maintienne en haut de l'agenda le thème des droits de l'homme", a-t-il
déclaré à l'AFP.
Elizardo Sanchez a aussi dénoncé les investissements étrangers à Cuba qui
ne cherchent selon lui qu'une main d'oeuvre "bon marché, obéissante en sans
défense.
En 1959, Elizardo Sanchez milite au Parti socialiste Populaire (autrement dit au Parti communiste). En 1962, il est fonctionnaire au Ministère des Relations Extérieures où il occupe différents postes jusqu'en mai 1966 où, après avoir suivi un cours intensif, il devient professeur de philosophie marxiste à l'Université de La Havane. Deux ans plus tard, il est écarté de l'université pour, d'après ses compagnons de l'éposue, « sa suffisance, ses ambitions personnelles et son ressentiment envers ses collègues ».
Il adhère alors à un groupuscule gauchiste qui accuse lesprincipaux leaders de la Révolution de constituer « une élite petite-bourgeoise qui met en danger la voie socialiste de la Révolution. »
A cette même époque, il devient un informateur de l'Agence Centrale de Renseignements des Etats-Unis. En 1985, après avoir purgé 5 ans de prison pour activités contre-révolutionnaires, il fonde, sous la direction de la Section des Intérêts Nord-américains à La Havane (SINA), deux organisations de droits de l'homme qui vont devenir pour lui un moyen de vie. Il entre au Comité Cubain pour les Droits de l'Homme dont il devient vice-président en 1987.
Le 23 octobre 1987, il crée la « commission cubaine pour les droits de l'homme et la réconciliation nationale » dont il devient le président. C'est à ce moment-là qu'il commence à mener une vie confortable grâce aux dividendes que lui apportent ses « démarches humanitaires ».
A partir de 1989, la SINA commence à ménager des entretiens à Elizardo Sanchez avec tout homme politique ou législateur nord-américain passant par Cuba.
« La mission de Sanchez consiste à fournir des informations – fausses ou manipulées – et à faire part de ses « préoccupations » et ce dans le but évident d'entraver les efforts croissants de secteurs toujours plus larges et divers de la société nord-américaine en faveur d'une compréhension entre les deux pays et du respect mutuel, une hypothèse qui mettrait bien entendu en danger le juteux négoce de la contre-révolution dont il se nourrit lui-même.
En même temps, il intensifie ses contacts avec des organisations transnationales des droits de l'homme telles qu'Human Reights Watch1 et Amnesty International auxquelles il remet des témoignages de prétendues violations des droits de l'homme à Cuba montées de toutes pièces par lui-même et par ses principaux collaborateurs 2».
En 1992, il tente de se présenter comme une alternative politique interne de pouvoir ais c'est en 1996 que commencent ses voyages de promotion. Il se rend en France, en Espagne, au Portugal, aux Etats-Unis. A son retour à Cuba, il est chargé par la SINA d'unifier et de réorganiser tous les petits groupes contre-révolutionnaires créés jusque là.
Voici un petit résumé des états de service d'Elizardo Sanchez. Inutile d'énumérer tous les voyages qu'il a faits en Europe, toutes les personnalités qu'il y a rencontrées, tout va dans le même sens. Pour plus de précisions, vous pouvez lire le livre cité en notes « Le Profiteur ». Pour terminer, voici le texte d'une lettre ouverte adressée aux investisseurs étrangers par les organisations contre-révolutionnaires chapeautées par Elizardo Sanchez et leurs alliés en 1992...
« CUBA LETTRE OUVERTE AUX INVESTISSEURS ETRANGERS
Nous, soussigné, avons l'intention de participer à la création d'une nouvelle république dans une Cuba sans Castro. Notre peuple est victime des pires sévices physiques et moraux imposés par Castro et son gouvernement. Privée de l'aide du bloc communiste, l'économie cubaine est en pleine banqueroute.
Le gouvernement de Fidel Castro n'est plus capable d'offrir le moindre espoir réaliste à l'avenir et tente de se perpétuer au pouvoir par des investissements étrangers publics et privés qui ne servent qu'à prolonger la tragédie de notre pays et de son peuple.
Nous recommanderons au moment opportun toutes les mesures adéquates pour stimuler et garantir la protection requise aux investissements privés dans une Cuba démocratique et nous analyserons aussi avec le sens de nos responsabilités les obligations légitimes de la dette extérieure. Nous sommes néanmoins d'avis qu'aucun investissement fait à Cuba dans les circonstances actuelles ne méritera la protection des lois relatives à la protection de la propriété privée que dictera un futur gouvernement cubain. Nous soutenons que lesdits investissements devront être considérés comme faisant partie du patrimoine national et qu'on pourra donc en disposer librement. Les investisseurs doivent avoir présent à l'esprit qu'ils participent bien souvent à des joint ventures ou qu'ils souscrivent des accords avec des institutions ou des organismes voués très probablement à la disparition.
Nous ferons tout ce qui est à notre portée individuellement et collectivement, pour qu'aucun investissement fait dans la Cuba de Castro ne puisse bénéficier de la protection de la loi et pour que soit contestée la validité de tout contrat souscrit dans les circonstances présentes. Nous jugeons important que la communauté internationale des investisseurs connaisse nos intentions et que ceux qui pensent investir à Cuba soient pleinement conscients de la responsabilité politique de leurs actes et des risques que cela peut entraîner pour eux. Nous savons que notre position est partagée à Cuba même par des groupes politiques qui, pour des raisons tombant sous le sens, ne peuvent ajouter leur signature au présent document.
Mai 1992
Commission nationale cubaine
Coordinatrice sociale-démocrate de Cuba
Cuba indépendante et démocratique
Cuban American National Foundation
Cuba Committee for Human Rights
Directoire révolutionnaire démocratique cubain
Armée rebelle en exil
Ex-Club Association des prisonniers et combattants cubains
Liberté et vie
Parti pour les droits de l'homme de Cuba
Union libérale cubaine 3»
Donc, d'après la dépêche de l'AFP citée plus haut, le dit Elizardo Sanchez a été reçu lundi dernier au Quai d'Orsay par deux diplomates français auxquels il a exposé les revendications de la commission cubaine des droits de l'homme.
Par contre, la lettre que nous avions adressée, le 19 mai 2012 à Laurent Fabius pour lui faire part de notre espoir qu'avec le changement de gouvernement, les relations avec Cuba pourraient redevenir normales, est restée sans réponse...
Que peut-on espérer, dans ces conditions, de la visite de Fabius à Cuba ?
Françoise Lopez
20 mars 2014
1Cette organisation se veut non gouvernementale mais ses liens avec la CIA et d'autres agences fédérales des USA sont de notoriété publique (« Le Profiteur » par Arleen Rodriguez et Lazaro Barredo, Editora Politica, La Havane 2003, p.20.
2« Le Profiteur » page 11
3« Le Profiteur » page de document entre la page 22 et la page 23.