Venezuela: LETTRE A UNE OPPOSANTE
De notre correspondante à Caracas, Irina.
Chère Maria,
Le plus regrettable, c'est que la situation est perçue comme très affreuse de l'extérieur. Les protestations que les violents eux-mêmes appellent protestations violentes sont localisées sur l'autoroute de Prado del Este et ont lieu de 7 h du matin à 6h du soir. Les embouteillages sont infernaux jusqu'à l'est, ensuite à Bello Monte dans la matinée et le soir. C'est à dire qu'il y a des horaires pour ces barricades et assez de fournitures pour les maintenir s'ils le souhaitent... mais elles ne sont pas soutenues par leurs propres gens. La classe moyenne qui travaille et les chauffeurs de la classe haute sont ceux qui soutiennent ces embouteillages également organisés à Altamira et de plus en plus gênants.
A San Cristobal, la situation est critique parce que là, le maire est très lié au monde colombien. Les para-militaires sont très violents et font pression sur les familles des Colombiens résidant ici mais qui ont de la famille en Colombie même. Là, le problème est très aigu parce qu'on agit, simultanément, plus dans le domaine du contrôle de la contrebande et avec la loi des prix justes et que ces secteurs sont plus touchés par toutes ces mesures du gouvernement.
Les violences ne viennent pas des institutions ou des forces de l'Etat. Si tu voyais combien elles sont condamnées par la population de l'opposition elle-même, ça te tranquilliserait un peu. Les pillages à Aragua ont lieu dans les marchés de la classe moyenne, car dans les secteurs populaires, ces violents ne peuvent pas entrer.
Un secteur de l'opposition est désespéré (le plus fasciste). Tellement désespéré qu'il n'y a pas de déclarations, ni pour soutenir ni pour condamner, des leaders traditionnels de l'opposition. Il y a un silence incroyable parce que tous font attention.
Les incendies des unités des institutions : CICPC, CANTV, Metrobus, Metro de Chacao et d'Altamira, trolleybus de Merida, ont tous eu lieu dans des quartiers de la classe moyenne, tout ce qu'ils font, c'est énerver plus l'opposition que le chavisme qui ne se sent pas touché. Il y a aussi plus de photos et d'articles qui sortent à l'extérieur qu'ici même. Ces photos et ces articles font partie d'une campagne internationale de discrédit parce qu'à l'intérieur, ils n'ont pas la force de faire tomber le gouvernement légitimement élu.
Tu n'imagines pas la quantité de courriers que j'ai reçus non seulement de personnes comme toi mais aussi de révolutionnaires, parce qu'ils disent qu'ils ne savent pas que croire devant les images des médias internationaux.
Il y a un projet bolivarien qu'on veut développer et avec la violence, ils ne vont pas pouvoir l'empêcher, c'est avec plus d'intelligence qu'on le pourrait. Et pour l'instant, l'opposition ne l'a pas eue, cette intelligence. Ce pays n'a pas besoin d'une guerre comme celle de Libye, d'Egypte ou du Moyen Orient. Aucun pays n'a besoin de ça...
Les problèmes que nous avons, nous devons les résoudre en paix et, de plus, l'Etat a des ressources suffisantes pour équilibrer l'économie en PAIX. Comme tu le vois, ceci est le point névralgique dans tout pays. L'ECONOMIE. Et ici, il y a plus de ressources que dans beaucoup d'autres pays, seulement nous avons moins d'agriculture et moins de production et nous devons importer plus (mais ceci est une autre histoire). Mais cela n'empêche pas d'aller de l'avant.
Comme je te dis, ce sont des positions politiques idéologiques qui s'affrontent et pas nécessairement nationales mais aussi internationales. Quoi que fasse l'opposition, ce DEVRAIT être de façon pacifique et non violente. Les barricades et les violences sont faites par des groupes entraînés. Demande à ta famille si l'un d'entre eux est allé lancer des cocktails Molotov ou mettre des fils de fer barbelés ou enlever les bouches d'égout dans les rues et les avenues de leurs quartiers ou est allé piller les marchés. Ils vont te dire que non. L'opposition ne participe pas à ces actes de violence, ce sont des violents qui ont été payés et dirigés par une droite « raciste et fasciste ».
Qu'est-ce que je peux te dire ? Aujourd'hui, je suis sortie et je t'assure qu'ici, à Caracas, les choses sont tendues mais tranquilles et il y a des HORAIRES pour les barricades... ce n'est pas tout le jour. Les images sont celles des moments où elles ont lieu.
Il y a aussi des images qui circulent sur les réseaux sociaux d'autres pays et sont attribuées au Venezuela et ne sont pas certaines.
J'insiste, le plus délicat, c'est San Cristobal parce qu'il y a un problème de fond beaucoup plus délicat avec les para-militaires vénézuéliens et colombiens qui ont développé une économie totalement irrégulière. L'unique faute qu'ils peuvent nous attribuer est qu'on ne peut pas nous attaquer si ce n'est maintenant qu'il y a un gouverneur chaviste.
Gouverner une maison n'est pas facile, tu le sais... Imagine-toi un pays polarisé où certains, nous sommes contents de ce que nous avons reçu de ce processus et d'autres ne sont pas d'accord avec le processus mais on bénéficié de celui-ci bien qu'ils ne le reconnaissent pas. Regarde la quantité de pensions qui ont été données à toute la population sans distinction à cause de ses positions politiques mais à cause d'un droit acquis qui ne s'accomplit que dans la révolution, la quantité d'habitations qui ont été attribuées (plus de 500 000), les facilités pour faire du tourisme à l'intérieur du pays et les loisirs, pour acquérir des aliments, pour se déplacer avec de l'essence bon marché (35 litres pour 2 bolivars ou 25 centimes de dollar), c'est incroyable. Là, tous ils font des AFFAIRES, depuis l'opposition jusqu'à un secteur du chavisme qui est critiqué et rejeté par la majorité de la population mais ce n'est pas une raison pour être violents. Et cette violence, si elle vient seulement d'un secteur entraîné et payé par une droite FASCISTE comme par exemple, des lepénistes français, bien qu'il n'y ait aucune commune mesure entre ceux-ci et les fascistes vénézuéliens soutenus par les para-militaires colombiens et des intérêts extérieurs au Venezuela.
Ce qui arrive ici doit se résoudre seulement ici et par les Vénézuéliens à l'intérieur du cadre de la Constitution qui est suffisamment large pour que tous, nous exprimions pacifiquement nos différences et nos coïncidences.
Je te le répète, si tu vivais où je suis, tu ne pourrais pas croire ce que vivent ceux du Prado del Este. La façon dont la classe moyenne et haute est touchée par les foyers de violence est incroyable, il faut le voir pour le croire. Ce sont deux mondes différents.
Cet article (que tu m'as envoyé publié par El Universal) est un article qui ne reflète pas la vérité mais l'interprétation d'une réalité. Moi, je ne l'approuve pas parce qu'il ne dit pas la vérité mais la manipule. Mais si je t'envoie des articles, tu vas dire la même chose. Alors, que pouvons-nous faire ? Je le sais, peut-être te tranquilliser mais la seule chose que je peux te dire, c'est que JE NE CROIS PAS A LA VIOLENCE et s'il y a des foyers de violence ici, c'est parce qu'on touche au cœur du problème : LES PROFITS démesurés qui mangeaient toutes les augmentations de salaire qui étaient faites ici chaque année. Je peux te le demander mais je ne sais pas ce que tu vas faire, lis la LOI DESPRIX JUSTES et tu verras que ce qu'on cherche, pour ceux qui vivent en France serait tout naturel et ne serait pas considéré comme une révolution.
Ici, le secteur spéculateur et celui des entreprises qui s'enrichissent (de l'opposition et du secteur officiel) ne sont contents de RIEN mais il faut INTERVENIR pour aller contre l'INFLATION provoquée par ceux qui n'aiment pas le VENEZUELA et ne permettent pas que l'économie juste et inclusive s'équilibre.
As-tu suivi les protestations en Espagne ? Là-bas, le peuple exige qu'on arrête les politiques néo-libérales qui mangent le peu qui reste à la majorité de la population. Pourquoi le riche ne laisse jamais de travail...
Moi, tous les jours, je lis El Universal, Courrier de l'Orénoque et le Figaro (pour n'en citer que quelques-uns pami tous les journaux que je lis). Fais l'effort et lis le Courrier de l'Orénoque et tu verras si tu te sens aussi bien quand tu lis El Universal. Lis les deux et ensuite, tu décides.
Irina,
Caracas, le 26 février 2014