ADIOS Paco!

Publié le par cubasifranceprovence

par Françoise LOPEZ

Hier soir, au Festival de Guitare de Lambesc (Bouches du Rhône), concert de Paco Ibañez. Une soirée très agréable, dans une propriété viticole, avec en fond sonore le chant des cigales et des crapauds, seulement troublée par le passage du TGV et de la Patrouille de France, nuisance incontournable dans la région, jusqu'à ce que Paco annonce qu'il allait chanter « Soldadito Boliviano ».

Nous l'attendions avec impatience, croyant y retrouver tout le plaisir que nous éprouvions à entendre cet hommage vibrant au Che. Mais voici comment Paco a introduit la chanson : « Le Che, c'est un vrai révolutionnaire, le seul révolutionnaire que je respecte... parce que ces révolutionnaires... (là, j'ai oublié le mot exact qu'il a utilisé mais ça voulait dire « à la gomme »)... J'étais à San Cristobal, au Venezuela quand le pitre vénézuélien, Chavez, est mort. J'ai dit : « celui-là, je ne le pleurerai pas ». Le lendemain, il y en a un sur son blog, qui a écrit : « Paco Ibañez fête la mort de Chavez ». Je n'ai jamais souhaité la mort d'un homme mais celui-là, je ne le pleurerai pas. Dites, vous êtes d'accord avec ça ? Il a envoyé un message à Bachar El Assad, cet assassin... »

Une partie de la salle applaudit. Nous, nous sommes cloués à nos chaises, stupéfaits, incapables de la moindre réaction. On ne s'attendait pas à ça, on avait l'image d'un chanteur antifasciste, courageux, avec des positions humanistes...

L'argument n'a pas été choisi au hasard. Chacun sait, par la grâce des Américains et de la désinformation qui sévit dans tous nos médias nationaux, que Bachar El Assad est un dictateur et que nul ne peut le défendre sous peine d'être lui-même considéré comme un terroriste digne de finir ses jours dans le camp de torture de Guantanamo. Donc, qui défend Chavez défend Bachar el Assad... Nous n'irons pas plus loin sur ce thème car nous ne connaissons pas assez bien l'affaire syrienne mais nous en savons assez sur les Américains et sur ce qui les fait courir pour nous méfier de leur version.

D'autre part, à supposer que Chavez ait commis une erreur en envoyant ce message à Bachar el Assad, ce dont nous doutons fortement car nous connaissons suffisamment Chavez pour savoir qu'il n'a jamais rien fait qui ne soit dicté par l'intérêt du peuple, doit-on juger un homme qui a été au pouvoir pendant 14 ans durant lesquels il a notablement amélioré la condition du peuple dans son pays, sur un seul fait ?

Si Paco connaissait Chavez, il saurait que le peuple vénézuélien le pleure et ne cessera jamais de le pleurer bien que Nicolas Maduro soit son digne successeur et continue son œuvre, il saurait que sa perte est une perte irréparable non seulement pour le Venezuela mais pour l'humanité entière... Qu'il demande aux 60% de Vénézuéliens qui, sous son gouvernement, sont sortis du seuil de pauvreté, ce qu'ils pensent de lui, lui, le nanti, qui a vécu de sa soi-disant lutte contre Franco et ne s'est jamais seulement retrouvé en prison...

L' image que nous avions de lui a bien changée. Nous sommes repartis avec l'image d'un pitre prêt à tout pour faire parler de lui, comme Alain Souchon qui, il y a quelques années, s'était cru malin en attaquant le Che.

Plusieurs fois au cours du concert, Paco a fait allusion au fait que les Américains espionnent tout le monde (« Je regarde s'il n'y a pas de micro dans ma guitare, parce que... »), qu'ils sont plus dangereux encore que ce qu'on imagine, etc...

Comment quelqu'un comme lui, qui sait de quoi les Etasuniens sont capables et le dénonce peut-il tomber dans ce panneau ? Il sait ce qu'il fait et il sait ce qu'il dit. Il a ses raisons. Nous n'osons pas imaginer qu'il puisse être payé par la CIA mais dans ce monde, tout est possible.

Nous sommes repartis très déçus. Adios, Paco, tu es mort hier soir et nous ne te pleurerons pas.

Françoise Lopez,

présidente de Cuba Si France Provence,

4 juillet 2013.