CRISE DES MISSILES 8: SI NOUS FAISONS UNE CHOSE ABSOLUMENT LEGALE,ABSOLUMENT JUSTE, POURQUOI LA FAIRE SECRETEMENT?

Publié le par cubasifranceprovence

Ruben G. Jimenez Gomez.

 

L'état major du Groupement des Troupes Soviétiques (ATS) possédait un Département de Sécurité Géodésique et Astronomique et un Département Balistique. De plus, dans les régiments aérospatiaux, se trouvaient les sections de préparation des actions. Une partie des officiers du Département de Sécurité Géodésique et Astronomique fit partie des premiers qui arrivèrent à Cuba avec le groupe avancé de reconnaissance, c'est pourquoi ils participèrent activement à la sélection des positions de lancement des régiments.

 

Pendant le travail, les coordonnées géodésiques de tous les points de décollage furent déterminés ; pour les missiles R-14, on réalisa, de plus, les travaux gravimétriques pour déterminer l'accélération de la force de gravité et les valeurs des déviations de la ligne verticale par rapport à la normale en chaque point de lancement ; les magnitudes de ces mesures pourraient sembler insignifiantes ( de l'ordre des dixièmes jusqu'à quelques secondes d'angle) mais influaient beaucoup sur l'exactitude de l'impact de la tête de combat nucléaire sur l'objectif. On détermina aussi les azimuts géodésiques des directions de contrôle et le schéma d'orientation pour le pointage des missiles, fixant ces données dans les points bétonnés avant de déployer les groupes de combat aérospatiaux sur les positions de lancement, et on réalisa les définitions astronomiques de ces azimuts.

 

Pendant la réalisation de ces travaux de précision, les membres du Département eurent à résoudre une série de problèmes peu commune, parmi lesquels, on peut citer les suivants  :

 

  1. Les cartes topographiques de Cuba se basaient sur le système étasunien de coordonnées (ellipsoïde de Clark de 1866), c'est pourquoi il fut nécessaire de convertir les coordonnées au système soviétique (ellipsoïde de Krasovski de 1942), puisque tous les calculs prévisionnels avaient été faits seulement pour ce système de coordonnées. Il fallut élaborer une méthode pour faire la conversion des systèmes de coordonnées.

  2. Pour régler les gravimètres conformément à la latitude de Cuba, il fallut élaborer une méthodologie particulière de calibrage.

  3. L'éloignement considérable des stations de radio soviétiques rendait difficile la réception fidèle des signaux en temps réel, nécessaires pour déterminer les corrections des chronomètres pendant l'exécution des travaux d'astronomie de haute précision, c'est pourquoi il fallut élaborer une méthodologie pour pouvoir utiliser les transmissions de stations analogues des Etats-Unis.

 

Avec les données géodésiques obtenues , le Département de Balistique de l'ATS fit tous les calculs et prépara les données préliminaires nécessaires pour lancer les missiles depuis chaque rampe de lancement des 5 régiments, déterminant dans chaque cas la portée, l'azimut de lancement et le volume de la charge du missile avec les composants du combustible , avec quoi on confectionnait le plan de vol pour chaque missile. Pour réaliser ces calculs, on utilisait les données transmises par l'Etat Major Général des Forces Armées d'URSS sur les objectifs à atteindre sur le territoire des Etats-Unis, leurs coordonnées géodésiques et les principales directions de lancement pour chaque groupe de combat des régiments. L'azimut de lancement de chaque missile était limité par les conditions techniques et ne pouvait varier de plus de 13 degrés à gauche et de 23 à droite, par rapport à la direction principale de lancement du groupe de combat concerné. Il faut signaler qu'à cette époque, les moyens de calcul n'étaient pas très sûrs dans les Forces Armées soviétiques car tous ces calculs volumineux étaient réalisés à la main et avec un contrôle des résultats par le même moyen « à deux mains ».

 

A la mi-août, les forces Aériennes nord-américaines, continuant leur politique de grands entraînements militaires dans la zone des Caraïbes et dans d'autres régions proches, pendant lesquels ils élaboraient et précisaient sur le plan pratique les plans pour attaquer Cuba, participèrent à l'exercice « Swift Strike II » dans les états de Caroline du Nord et du Sud dans le but d'entraîner les unités à l'appui aérien des troupes. A cet entraînement prirent part 4 divisions d'armée, 6 escadrons de chasse tactique, 2 escadrons de reconnaissance aérienne tactique et d'aviation de transport, pour un total de plus de 70 000 hommes et environ 500 avions.

 

Pendant ce temps, les unités soviétiques continuaient d'arriver à Cuba...

 

LES FORCES D'APPUI ET LEURS MISSIONS CONCRETES.

 

Les Troupes Terrestres de l'ATS étaient composées de 4 régiments indépendants d'infanterie motorisés. Leur mission principale était de protéger les régiments aérospatiaux stratégiques et les bases techniques aérospatiales, l'entrepôt central de charges nucléaires et l'état major du Groupement, en plus d'apporter leur aide aux FAR cubaines dans l'anéantissement des débarquements navals et aériens de l'ennemi.

 

Deux de ces régiments étaient stationnés dans la région occidentale de l'Ile, à Artemisa et Managua, où se trouvaient 3 régiments aérospatiaux, l'entrepôt central de charges nucléaires, l'état major du Groupement, un régiment de missiles aériens tactiques FKR, la base principale de la Marine et plusieurs unités de sécurité. Un troisième régiment se trouvait dans le centre de Cuba, dans la zone de Remedios, près des positions de 2 autres régiments aérospatiaux stratégiques, alors que le quatrième régiment était déplacé près de la ville d'Holguin, ainsi qu'un autre régiment de FKR, dans la région orientale où était installée la Base Navale de Guantanamo.

 

Les Troupes de la Défense Antiaérienne étaient composées de 2 divisions aérospatiales antiaériennes dotées de complexes SA-75 et d'un régiment d'aviation de chasse avec des MIG-21F13. Chaque division aérospatiale antiaérienne était formée par 3 régiments de 4 groupes de combat et 1 groupe technique chacun. La mission de ces troupes consistait à couvrir l'espace aérien contre les incursions de l'ennemi. Une des division couvrait la partie occidentale de l'Ile, jusqu'aux limites de Caibarien-Trinidad, alors que l'autre couvrait la partie orientale, à l'est de cette limite. Les complexes aérospatiaux antiaériens SA-75 avaient une portée de 34 km et les 24 groupes étaient stationnés à une grande distance les uns des autres , ce qui permettait de couvrir une plus grande aire, mais avec une défense faible.

 

Presque tous les groupes aérospatiaux étaient solitaires, c'est à dire qu' au moment de combattre, chacun aurait à affronter seul l'aviation ennemie, sans la possibilité de manoeuvrer avec le pouvoir de feu des groupes voisins, ni de distribuer les cibles entre les membres d'une formation de combat plus dense. Cette distribution des positions pourrait être plus efficace pendant le combat contre des attaques d'avions qui réalisent des vols indépendants, comme c'est le cas des incursions des avionnettes pirates, mais seraient beaucoup moins efficaces dans le cas d'actions de plus grande envergure de l'aviation ennemie, ce qui était précisément ce qu'on pouvait attendre si une agression des Nord-Américains se produisait.

Parmi les déficiences de cette distribution des groupes, on pouvait citer les suivantes : les régiments de missiles de moyenne portée et de portée intermédiaire situés dans la région de Santa Cruz de los Pinos-San Cristobal-Candelaria n'étaient pratiquement pas protégés par les groupes aérospatiaux antiaériens, car ils étaient pratiquement en limite de portée des zones de Bahia Honda et de Mariel, il se trouvait parmi elles la Sierra del Rosario, à une altitude de 500m et plus ; le régiment qui se trouvait sur l'Eperon seul était protégé par le groupe de Mariel ; c'était la même chose avec les deux régiments aérospatiaux stratégiques qui étaient stationnés dans le centre et avec la base aérienne de San Julian, au fin fond occidental de l'Ile, car chacun d'entre eux était seulement protégé par un groupe antiaérien ; la région de la province de La Havane, y compris la capitale, avec le plus important potentiel économique et industriel du pays, la principale base aérienne cubaine à San Antonio de los Baños, l'entrepôt principal de charges nucléaires, l'état major de l'ATS et toute une série d'unités importantes, était seulement défendue par un groupe aérospatial antiaérien stationné à l'est de la ville ; la Base Aérienne de Santa Clara, où se trouvait le régiment de MIG-21F13, n'était protégée directement par aucun groupe aérospatial ; pendant ce temps, dans la région de Sancti Spiritus-Ciego de Avila-Camagüey-Nuevitas, il y avait 6 groupes aérospatiaux qui ne défendaient pas des unités militaires importantes ou des centres vitaux pour le pays. On pourrait signaler d'autres problèmes, mais il semble que ceux-ci soient suffisants.

 

Si nous ajoutons à ces considérations la limitation évoquée antérieurement, qu'avec ces missiles , on ne pouvait atteindre des cibles qui volaient à moins de 2 km d' altitude et la faible artillerie antiaérienne que comptait l'ATS,nous pouvons conclure que les possibilités de lutte contre l'ennemi étaient assez précaires.

 

La seule raison logique qui pourrait justifier la distribution des groupes qui fut assumée, serait l'intention de donner une très faible couverture à la plus grande superficie possible du pays, mais cela semble peu crédible car ainsi, des objectifs très importants resteraient pratiquement sans protection et étant donné que, de toute façon, plus de la moitié du territoire de l'Ile resterait sans protection antiaérienne directe ; si ce n'est que les chefs soviétiques étaient tellement convaincus qu'on n'irait pas au combat, qu'ils ne s'y préparaient pas correctement, ce qui aurait été irresponsable de leur part.

 

Simplement, avec la quantité de groupes disponibles, il fallait sélectionner les points les plus importants à protéger et concentrer les groupes aérospatiaux antiaériens autour de ceux-ci, en assignant d'autres objectifs de moindre importance à l'artillerie antiaérienne, ainsi qu'à l'aviation de chasse soviétique et cubaine.

 

Le régiment d'aviation de chasse du Groupement avait sa base près de la ville de Santa Clara, au centre de l'Ile, ce qui lui permettait d'agir soit jusqu'à La Havane, soit jusqu'à l'Oriente.

 

De toute façon, il faut signaler que les possibilités potentielles de l'aviation nord-américaine dépassaient de beaucoup les possibilités de la défense antiaérienne de l'Ile, où que se trouvent les groupes aérospatiaux , ce qui constituait une violation flagrante du quatrième principe de l'art militaire énoncé par le maréchal Zhukov, qui mettait en avant la nécessité de calculer exactement les forces et les moyens concernant la mission en question.

 

Les Forces Aériennes du Groupement, comprenant l'escadrille indépendante de bombardiers, 2 régiments de missiles aériens tactiques terre-terre de type FKR et le régiment d'hélicoptères, avait pour mission de détruire les débarquements navals et aériens de l'ennemi en coopération avec les troupes terrestres, avec la Marine de Guerre et avec les super unités des FAR cubaines.

 

Pour accomplir cette mission, un régiment de missiles aériens FKR fur délocalisé dans la partie occidentale de l'île, près de Quiebra Hacha, entre Mariel et Cabañas et l'autre dans la partie orientale, dans la zone de Mayari Arriba, Sierra Cristal. Il faut signaler qu'en réalité, il aurait fallu les déplacer jusqu'aux positions de lancement préalablement préparées qui auraient été occupées par les deux groupes de combat de chaque régiment. On planifia l'utilisation des régiments de FKR contre les débarquements navals , pour lequel on prépara des positions de lancement qui permettent de ratisser les zones de débarquement les plus probables. Pour atteindre cet objectif, on coopéra avec l'escadrille indépendante de bombardement avec des avions IL-28, avec le régiment d'aviation de chasse, avec les troupes de la Marine de Guerre et avec les grandes unités cubaines.

 

Le régiment indépendant d'hélicoptères fut employé pour transporter du personnel et des charges spéciales, ainsi que pour l'exploration et le guidage des troupes.

 

A la Marine de Guerre fut confiée la mission de détruire les bateaux de guerre et les moyens de débarquement de l'ennemi et d'empêcher les débarquements navals dans les directions de La Havane, Banes et Cienfuegos, en coopération avec les Forces Aériennes , les Troupes Terrestres et les FAR cubaines. Pour cela, on pouvait compter sur un régiment aérospatial de défense côtière « Sopka », avec une brigade de vedettes lance-torpilles et avec le régiment d'aviation avec mines et torpilles, équipés avec des avions IL-28. Les groupes aérospatiaux de défense côtière se trouvaient à Santa Cruz du Nord, Banes, Cienfuegos et sur l'Ile des Pins. Depuis le port de Mariel, agissait un groupe de 8 bateaux lance-torpilles et 2 bateaux de lutte antisousmarine pendant que dans le port de Cienfuegos se trouvaient 6 vedettes lance-torpilles et 2 bateaux de lutte antisousmarine. Le régiment d'aviation avec mines et torpilles était basé à San Julian, mais il possédait des aéroports de manœuvre à Santa Clara et à Holguin.

 

Quand les unités soviétiques occupèrent leurs positions, on vérifia l'état technique des moyens de communication par radio, on les régla pour le travail et on vérifia brièvement leur fonctionnement , après quoi le silence radio fut maintenu, interdisant la sortie de la zone des mêmes , ceci dans le but d'éviter que les moyens d'écoute des Nord-américains puissent identifier les unités et leur localisation, ce qui aurait révélé la composition du Groupement. Les principaux moyens que possédaient les Nord-américains pour la surveillance des transmissions radio à Cuba étaient les bateaux de surveillance radiotechnique « Oxford » et « Sergent Muller » , qui naviguaient habituellement à faible distance des limites des eaux territoriales de l'Ile.

 

SECRET ET MENSONGE.

 

Pendant ces jours de la mi-août, il devint chaque fois plus clair pour la direction cubaine que le transport secret des troupes soviétiques avec leur armement jusqu'à Cuba était une erreur, car cela engendrait de la méfiance envers ce qui se passait, envers la politique et les méthodes de l'Union Soviétique et entamait la crédibilité de Cuba. C'était quelque chose qui nous mettait en difficulté du point de vue politique et pratique.

 

Alors, les Soviétiques intervinrent dans la discussion avec les Etasuniens pour savoir si les armes qui étaient arrivées à Cuba étaient défensives ou offensives et ce fut une grave erreur car c'était une question de critères, car une arme peut être d'une nature ou de l'autre selon la façon dont elle est utilisée.

A ce sujet, le commandant Fidel Castro déclara : « Nous, nous n'étions pas hors de la loi, nous, nous n'étions pas hors de la morale, nous, nous agissions conformément aux principes de la loi internationale, de la morale internationale, nous faisions des choses auxquelles nous avions le droit le plus absolu... »

 

Pour sa part, le Gouvernement cubain n'entra jamais dans le jeu de discuter si les armes étaient offensives ou non, réaffirmant toujours son droit souverain à disposer du type d'armes qu'il considérait comme adéquat, affirmant que personne n'avait le droit d'établir quel type d'armes pouvait ou ne pouvait pas avoir notre pays.

 

Mais la question n'était pas seulement celle du secret, car beaucoup d'opérations militaires se font en secret et ne pas permettre à l'ennemi de découvrir ses propres intentions est un principe, mais simplement on avait affirmé, on avait menti ouvertement au président Kennedy et ce fut une erreur grave, très importante. Cela nous causa des dommages car il se créa une atmosphère internationale hostile et cela laissa l'initiative des dénonciations aux Etats-Unis.

 

En même temps, aux Etats-Unis se déroulait une scandaleuse campagne de propagande contre Cuba et l'Union Soviétique , qui était manipulée conformément à leurs intérêts. Des hauts fonctionnaires du Gouvernement, des députés, des dirigeants de partis et d'autres personnalités y participaient de plus en plus par leurs déclarations. La campagne devenait chaque fois plus belliqueuse et exigeait ouvertement des actions contre Cuba.

 

En ces mêmes jours de la mi-août, le bellicisme contre l'Ile acquit une vigueur inusitée. Au Congrès, on demandait avec insistance une action des Forces Armées nord-américaines, les opérations clandestines augmentaient , la presse donnait à la campagne une bonne dose d'hystérie et la surveillance des services de renseignements s'exacerbait, car il courrait des rumeurs d'activités soviétiques hors normes à Cuba.

 

Alors le commandant Ernesto Che Guevara et le capitaine Emilio Aragones Navarro furent envoyés à Moscou avec le Projet d'Accord corrigé et la proposition de le publier pour prendre l'initiative dans la situation qui avait été créée. A ce sujet, le commandant Fidel Castro déclara : « (…) on a laissé l'initiative aux Etats-Unis pour créer toute une ambiance, toute une atmosphère de quelque chose de caché, de quelque chose qui n'est pas clair, de quelque chose qui n'est pas correct. Alors, je proposai de publier l'Accord, car si nous, nous faisions une chose absolument légale, absolument juste,pourquoi fallait-il le cacher ? (…) Faire quelque chose de légal de façon que cela paraisse illégal ou immoral me préoccupait beaucoup. Nous faisions quelque chose de légal, de juste et de moral, en accord avec les lois internationales, mais la réalisation politique n'avait pas été bien faite. »

 

Pourtant, la décision finale à ce sujet fut laissée dans les mains des Soviétiques car on était confiants dans leur plus grande expérience.

 

Si on avait fait ce qui avait été proposé par la partie cubaine, le développement ultérieur des événements aurait été très différent : 2 des collaborateurs les plus intimes de Kennedy, Theodore Sorensen, son conseiller spécial, et McGeorge Bundy, assistant particulier du président pour la Sécurité Nationale déclarèrent postérieurement que si on avait annoncé à l'ONU que l'Union Soviétique défendrait Cuba avec des projectiles nucléaires, « la situation aurait été totalement différente » (Bundy) et « certainement, cela aurait été très difficile pour nous »(Sorensen).

 

A Moscou, on s'en remit à l'Etat Major Général et au Ministère des Relations Extérieures qui analysèrent les corrections proposées au Projet d'accord et présentèrent l'information correspondante. Maintenant, bien, quels étaient les critères de Khroutchëv sur ces questions de secret et de mensonge ? Sur quelles positions basait-il son action ? A ce sujet, il déclare dans ses mémoires :

 

« Les Etasuniens, à travers les canaux que nous avions avec le président Kennedy, nous avaient avertis qu'ils soupçonnaient que nous étions en train d'installer des missiles à Cuba et nous demandaient si c'était vrai. Nous, nous niâmes tout. Ils pourront dire que c'était une perfidie. Malheureusement, cette forme de diplomatie continue de nos jours et nous n'avons rien inventé de nouveau : nous appliquions seulement les mêmes méthodes que eux utilisaient contre nous. Quand ils décidèrent d'installer leurs missiles nucléaires en Turquie, en Italie et en Angleterre, ils ne prirent pas en compte nos propres intérêts ni ne s'occupèrent de nos protestations, ils le firent par la force. Ils niaient qu'ils nous espionnaient et leurs avions survolaient notre territoire. Et même quand nous abattîmes un avion espion U-2 au-dessus de notre pays, en mai 1960, au début , ils essayèrent de le nier et ne se virent obligés de le reconnaître que quand nous présentâmes le pilote, Powers. Bien sûr, le gouvernement d'Eisenhower proclama arbitrairement son droit à espionner ouvertement d'autres pays en temps de paix , alléguant que c'était son intérêt. On pourrait citer de multiples exemples d'une conduite semblable (…)

 

« Pendant une rencontre privée, le secrétaire d'Etat des Etats-Unis, Dean Rusk, déclara à Gromiko, notre ministre des Relations Extérieures, qu'ils pensaient que nous étions en train d'installer des missiles à Cuba et avertit qu'ils ne le permettraient pas , que dans le pays était en train de se créer une situation interne à ce sujet et que le président Kennedy ne pourrait pas passer dessus. Il dit qu'ils étaient prêts à tout et que rien ne les arrêterait , qu'ils évalueraient la situation et adopteraient des mesures pour éviter l'affrontement fatal qui pourrait arriver si les missiles étaient vraiment à Cuba.

 

Nous, nous avions plus d'arguments juridiques et moraux que Rusk, sans doute, car à ce moment-là déjà, il y avait longtemps que les missiles étasuniens à charge nucléaire étaient installés en Turquie et en Italie. Logiquement, Gromiko nia tout, c'était un diplomate. Malgré tout, nous continuions le transport et l'installation des armes, nous continuions à faire notre travail. Nous nous basions sur ce qui suit : les menaces sont une chose et la guerre une autre, soupçonner qu'il y a des missiles est une chose et le démontrer avec des faits irréfutables en est une autre. De plus, du point de vue du droit moral et juridique, on ne pouvait nous accuser, car nous ne faisions rien que ne nous avaient déjà fait les Etats-Unis. Les droits et les possibilités de nos pays étaient égaux. »

 

En observant le développement de l'Opération « Anadyr », il faut reconnaître que l'Etat Major Général soviétique n'étudia pas en détails une série de particularités de Cuba, celles qui ne furent pas prises en compte pendant sa planification, ce qui eut pour conséquence que les troupes rencontrèrent des difficultés considérables. Comme exemples de telles omissions, on peut citer les suivantes :

 

Le réseau routier cubain ne permettait pas le passage du matériel de combat de grandes dimensions par les itinéraires à suivre depuis les ports de déchargement jusqu'aux zones de stationnement des unités, c'est pourquoi il fallut résoudre au fur et à mesure et comme on pouvait une série d'obstacles qui se sont présentés soudainement.

 

En général, le paysage cubain ne pouvait garantir le camouflage sûr des troupes et des équipements, et les moyens réglementaires existant pour le personnel à ces fins ne suffisaient pas pour venir à bout de cette tâche complètement. C'est pourquoi les unités se trouvaient exposées à un degré plus ou moins important, aux moyens d'investigation ennemis.

 

Les centrales électriques cubaines produisaient du courant électrique d'une fréquence de 60 Hz, c'est pourquoi elles ne pouvaient approvisionner le réseau électrique industriel pour satisfaire les besoins techniques des unités soviétiques.

 

La plupart de ces omissions consistèrent en ce que cela ne fut pratiquement pas pris en compte.

 

(A suivre)

 

(traduction Françoise Lopez)