IMPRESSIONS DE LA POPULATION SUR L'ACTUAISATION DE LA POLITIQUE MIGRATOIRE
COMME nous l’avons publié dans notre dernier numéro, Cuba a annoncé l’actualisation de sa politique migratoire, avec l’entrée en vigueur, à partir du 14 janvier 2013, de plusieurs modifications, dont l’élimination du Permis de sortie et de la Lettre d’invitation pour les voyages à l’étranger. Seule sera exigée la présentation du passeport ordinaire valide, et le visa du pays de destination lorsque celui-ci est exigé. La durée de séjour à l’étranger des Cubains qui voyagent pour des raisons privées se voit également porter de onze mois à 24 mois, à compter de la date de départ du pays. L’actualisation de la politique migratoire tient compte du droit de l’État révolutionnaire à se défendre des plans d’ingérence et de subversion du gouvernement nord-américain et de ses alliés. En conséquence, les mesures destinées à préserver le capital humain créé par la Révolution seront maintenues, face au vol de talents auquel se livrent les puissants. Granma a recueilli plusieurs impressions sur ce sujet.
Un impact favorable parmi les artistes
Les dispositions qui modifient la politique migratoire cubaine traduisent la volonté manifeste de la direction du Parti et de l’État. Avec la suppression du permis de sortie, beaucoup auront la perception qu’ils peuvent voyager et connaître le monde quand ils le voudront, même si on a souvent tendance à oublier la différence entre réalité et possibilité, et que la possibilité de voyager est liée à plusieurs facteurs qui vont depuis les moyens dont on dispose jusqu’aux réglementations migratoires des pays de destination. Mais je pense que c’est une mesure réaliste, intelligente et positive.
Dans le milieu artistique, auquel j’appartiens, elle aura indubitablement un impact favorable. Il ne faut pas oublier que l’assouplissement des procédures migratoires avait été au centre des débats des Congrès de l’Union des artistes et des écrivains (UNEAC) et de l’Association Hermanos Saiz. Ce nouveau scénario exigera un travail plus adapté de la part des institutions culturelles concernant la promotion internationale de l’art, en raison des rapports de plus en plus nombreux de nos artistes avec l’étranger. C’est un défi que devront relever les institutions censées assurer la représentativité et la légitimité de nos valeurs authentiques. (Samuel Hernandez Dominicus, historien et critique d’art)
Les USA devront cesser leurs manipulations
Historiquement, les États-Unis se sont employés à manipuler la question migratoire à partir des mesures que notre pays s’est vu contraint de prendre à un moment donné : aux USA, il y a une différence énorme entre le traitement qui est réservé aux Cubains et celui imposé au reste des Latino-américains, ceci dans le but d’encourager l’immigration illégale pour ensuite donner une connotation politique à cette affaire.
L’actualisation de nos lois migratoires mettra en lumière cette pratique obscure, qui consiste à refuser le visa d’entrée sur leur territoire à des milliers de personnes tout en maintenant la Loi assassine « d’Ajustement cubain », qui a provoqué de nombreuses victimes parmi ceux qui émigrent illégalement par mer.
Par ailleurs, ces mesures témoignent de la volonté de notre gouvernement de continuer de favoriser les relations avec ses ressortissants, comme l’a signalé à maintes reprises le président Raul Castro. (Dr Higinio Hernandez Gonzalez, Pinar del Rio)
Les restrictions restent de leur côté
J’ai de la famille à l’étranger, et j’aimerais pouvoir rendre visite à ma mère, à ma sœur et à mes neveux, que je ne connais toujours pas. Ils vivent à Atlanta. Je sais que les choses sont compliquées en raison des problèmes qu’il y a avec les États-Unis. Mais à présent les choses sont claires, et toutes les restrictions restent de leur côté. (Judith Mazon, La Havane)
La Révolution a montré qu'elle sait respecter l'émigration
Beaucoup ont quitté le pays pour des raisons économiques, à cause de nos pénuries, qui trouvent leur origine dans le blocus. Mais ils n’ont pas oublié leur pays natal. La plupart des Cubains qui vivent à l’étranger souffrent, comme nous, des conséquences de la politique d’isolement que les États-Unis imposent à notre pays.
C’est pourquoi je trouve que cette actualisation de notre politique migratoire tombe à point nommé. Elle prouve que la Révolution a su et sait respecter son émigration. Je ne peux m’empêcher de m’émouvoir à chaque fois que je pense aux ouvriers cubains du tabac de Tampa et Key West, et à leur contribution à l’indépendance de leur pays. (Gloria Pérez Valdivia, « Mama Gloria », éducatrice, directrice du Home d’enfants de Sancti Spiritus)
Une mesure positive
C’est une ouverture que je juge positive, surtout s’agissant d’une question qui était jusqu’ici entourée de nombreuses restrictions, comme l’émigration. Je pense qu’il faut encore préciser certaines choses, comme la question des professionnels. C’est une mesure positive qui, à mon avis, aurait dû être prise depuis longtemps. Car la restriction des voyages ne saurait être attribuée à l’État cubain, mais aux ambassades, qui refusent les autorisations et les visas. J’ai voyagé à plusieurs reprises, et je sais de quoi je parle. (Beatriz Pérez Clavijo, ingénieur)
Cuba a le droit de se défendre
L’actualisation de la politique migratoire est une décision souveraine de Cuba, et n’obéit à aucune pression de l’empire, comme les esprits malintentionnés veulent le faire croire. Il ne faut pas oublier que dès le lendemain même de la Révolution notre pays a fait l’objet de nombreuses agressions en tout genre qui ont empêché une émigration légale, ordonnée et sûre, comme dans la plupart des pays du monde.
Il ne faut pas oublier non plus toutes les personnes innocentes qui, encouragées par la Loi d’ajustement cubain, sont mortes en tentant de gagner les États-Unis par mer, en quête du « rêve américain ». (Neisy Santos Silva, dirigeante paysanne de Villa Clara)
Une manière d'en finir avec l'émigration illégale
Je pense que c’est une manière de combattre l’émigration illégale, et de faire en sorte que les gens puissent voyager librement et revenir. La plupart des Cubains qui sont partis l’ont fait pour des raisons économiques ou personnelles, et ils ont la nostalgie de leur pays. Personnellement, je ne pense voyager nulle part, mais je trouve bien que ceux qui en ont la possibilité puissent le faire sans problème. Cela permet de connaître le monde. L’obstacle, ce sera toujours les États-Unis (Sara Guzman, La Havane)
C'est quelque chose que l'on attendait
C’est quelque chose que l’on attendait pour résoudre les problèmes concernant le flux migratoire et la réunification des familles vivant des deux côtés. Je crois que la Loi est un argument de plus pour mettre en lumière les mensonges qui sont débités à l’étranger sur le Gouvernement cubain. Les mesures qui ont été prises à Cuba tout au long de ces années étaient nécessaires. Et puis le moment est venu de prendre une décision, et personne n’a rien à craindre car il ne va rien se passer. Je suis persuadé que la grande majorité des gens qui partiront vont revenir. (Otto Diaz, retraité)
Je trouve très bien la question des mineurs
C’est très bien qu’il y ait des changements pour que les gens qui en ont les moyens puissent voyager et rendre visite à leur famille, malgré le blocus. Et je trouve aussi très bien la levée des restrictions concernant les mineurs, ce qui permettra à nos enfants de découvrir d’autres pays et d’autres cultures. (Adrian Cardaya, La Havane)
Interviewers : Dalia Gonzalez, Sergio Gomez, Leandro Maceo, Pedro de la Hoz, Ronald Suarez, Freddy Pérez Cabrera et Juan Antonio Borrego. Photos : Yaimi Ravelo, Anabel Diaz et Jorge Luis Gonzalez.