LA STRATEGIE DE L'USAID EST DE FINANCER LES CONFLITS POUR TERNIR L'IMAGE DES GOUVERNEMENTS PROGRESSISTES

Publié le par cubasifranceprovence

Par: Luis Padilla y Andrés Reliche

Quito, 31 juil (Andes).- La journaliste américaine, Eva Golinger, a soutenu que la stratégie d’USAID (Agence des Etats-Unis pour le Développement International, sigles en anglais) est de financer les conflits de façon permanente, afin de ternir l’image des gouvernements qui ne sont pas alignés sur les intérêts américains.

Golinger s’est rendue en Équateur pour donner une conférence sur l’ingérence et le pouvoir des organisations non gouvernementales dans les pays latino-américains, un sujet qu’elle connaît particulièrement bien du fait de son expérience en la matière, avec les recherches qu’elle a menées, notamment au sein des documents déclassés du Département d’État des Etats-Unis.

Dans un entretien accordé à l’Agence d’information Andes, elle a ainsi manifesté qu’il y a des preuves publiques de l’identité des organisations bénéficiaires de ressources d’USAID, notamment dans des pays comme le Venezuela, la Bolivie ou l’Équateur, et il y a des preuves également des fins politiques sur lesquelles elles se centrent.

Elle a fait preuve de clarté en mentionnant que cette agence gouvernementale de Washington est capable de recourir à la déstabilisation des gouvernements ayant comme caractéristique la défense de leur souveraineté et des intérêts de la population, ce qui est en opposition avec la perspective d’ingérence des Etats-Unis.

« USAID a commencé ses opérations en 1961, avec un double visage : d’un côté, c’est cette façade d’agence dédiée à l’aide humanitaire, et, d’un autre côté, caché, elle donne une contribution à des projets politiques visant à promouvoir les décisions de Washington. Elle a été employée par des agences comme la CIA comme couverture pour ses actions de services secrets », a-t-elle souligné.

Elle a rappelé qu’en 2002, juste avant la tentative de coup d’État contre le président vénézuélien Hugo Chavez, les Etats-Unis avaient envoyé un représentant de l’USAID au Venezuela, qui appartenait à une division spéciale, des « bureaux d’initiatives pour la transition ».

Il s’agit d’équipes de réponse rapide dont le travail est de promouvoir une transition politique qui décide sur place du type de renfort, surtout financier, généralement destiné à la société civile (l’étiquette avec laquelle on nomme les organisations non gouvernementales qui travaillent étroitement avec USAID) et aux moyens de communication.

Golinger a déclaré que, suite à l’échec de la tentative de coup d’État, ce bureau de transition a employé tous ses efforts à renforcer l’opposition. Pour ce faire, 400 organisations non gouvernementales ont été créées, des bureaux virtuels pour la grande majorité, des façades créées pour canaliser des fonds pour alimenter l’opposition et trouver des mécanismes pour renverser Chavez.

La journaliste, qui collabore avec la chaîne Rusia Today (RT), va encore plus loin en affirmant que le scénario employé par l’USAID dans les pays de la région est très semblable et est adapté aux circonstances.

Par exemple, elle signale que l’ingérence en Equateur a été bien plus facile qu’au Venezuela, « car la porte leur était déjà ouverte » (l’agence américaine est présente en Équateur depuis 1961, ndlr).

Ici [en Équateur], la pénétration de l’USAID a été bien plus profonde, au Venezuela c’était très superficiel, et ils n’ont atteint qu’un seul secteur. Au Venezuela, il n’y a pas eu besoin de dénoncer l’USAID, ils sont partis, parce que tout le monde savait qui ils étaient, et ils étaient constamment dénoncés » a-t-elle souligné.

En Équateur, l’USAID travaille étroitement avec Fundamedios, une organisation qui est censée contrôler la situation de la liberté d’expression, mais qui dans la réalité milite contre les politiques du gouvernement du président Rafael Correa.

Cette ONG a tout d’abord nié avoir des liens avec l’USAID, avant de le reconnaître finalement, mais s’est malgré tout résisté à publier les ressources qu’elle recevait. C’est l’ambassadeur des Etats-Unis à Quito lui-même, Adam Namm, qui a révélé que Fundamedios reçoit vingt-cinq mille dollars par mois (soit 300 000 dollars par an) pour ses programmes de « renforcement de la démocratie ».

Golinger a déclaré que ce type de programmes sont le déguisement avec lequel sont cachées les opérations de l’USAID. « Ils sont parvenus à tous les secteurs de la société : les environnementalistes, ceux qui sont pour le travail des femmes, les communautés indigènes, les syndicalistes, les partis politiques, les moyens de communication et les journalistes, bref, c’est bien plus grand et bien plus profond ».

La chercheuse a toutefois précisé que toutes les organisations recevant des financements ne sont pas forcément mauvaises et n’agissent pas forcément avec de troubles intentions, mais il y a derrière cela une agence du gouvernement qui se sert d’un réseau qui a déjà été créé pour se promouvoir.

Elle croit cependant que ce type d’ingérence est bien plus efficace, car il peut se faufiler de façon subtile.

Dans ce contexte, elle a rappelé que la Corporation d’Entreprises Indigènes de l’Équateur (CEIE, sigles en espagnol) a eu dans ses rangs la personne de Norman Bailey, un agent de la CIA, dont elle le soupçonne d’avoir participé activement aux opérations qui ont presque débouché sur le renversement du président Rafael Correa, au cours de la rébellion policière de septembre 2010.

Eva Golinger a ajouté qu’il est contradictoire que les Etats-Unis fassent à d’autres pays ce que leurs propres lois interdisent : financer des partis politiques, à l’étranger.