UN CUBAIN CHASSEUR D'EPAVES RECOMPENSE AUX USA

Publié le par cubasifranceprovence

LA recherche d’un mystérieux bateau enfoui dans les sables cubains, qui aurait touché les côtes de l’Amérique 500 ans avant l’arrivée de Christophe Colomb, a été une des recherches parmi les plus remarquées en 2012, ce qui a valu à un Cubain de se voir décerner – pour la première fois – le prix Emerging Explorer attribué par la National Geographic Society.

Il s’agit du jeune archéologue Daniel Torres Etayo, un chasseur d’épaves passionné par ces énigmes qui sont tombées dans l’oubli, jusqu’au moment où la subtilité d’un regard curieux les ait mises à découvert.

Selon Daniel Torres, ce prix est attribué à des spécialistes de différentes disciplines qui débutent leur carrière professionnelle.

« Cette année, 15 experts ont été récompensés dans plusieurs disciplines : traitement des données, crise, ciber-anthropologie, zoologie, écologie, biologie et géographie, entre autres », a signalé le jeune chercheur.

« Cette reconnaissance a pour objectif essentiel de faire connaître les travaux des chercheurs ». La remise officielle du prix a eu lieu pendant le Symposium des explorateurs 2012, qui s’est tenu à Washington du 12 au 15 juin. Cependant, ce prix comprenait une somme d’argent que Daniel Torres n’a pas pu recevoir, à cause de la politique du gouvernement nord-américain à l’encontrede notre pays, qui s’exprime à travers ses lois de blocus économique.

LE MYSTÉRIEUX NAVIRE PRÉCOLOMBIEN

Depuis 2003, Daniel Torres et son équipe de chercheurs suivent la piste d’une embarcation découverte dans les années 50, enfouie dans le sable, entre les plages de Tarara et de Santa Maria, à l’est de La Havane. Il pourrait s’agir du premier bateau étranger arrivé dans les eaux cubaines.

« À l’époque, des photos ont été prises, ensuite l’excavation a été recouverte. Seuls quelques fragments de bois ont été conservés, qui sont réapparus par hasard en 2003, puis envoyés pour analyse au Musée Kon-Tiki en Norvège », a expliqué Daniel Torres.

Et d’ajouter : « Au départ, on a pensé qu’il s’agissait d’une embarcation viking. Des spécialistes norvégiens ont déterminé à partir des analyses au carbone 14 qu’il pourrait s’agir d’un bateau d’origine européenne ou africaine du 9e siècle, quelque 500 ans avant que Christophe Colomb n’arrive en Amérique ! »

Depuis lors, explique-t-il, une équipe de chercheurs cubains tente de localiser le lieu où l’embarcation mystérieuse a été vue pour la première fois.

« Notre projet a pour but de retrouver l’embarcation et de la dater de nouveau car l’exemplaire a pu être contaminé et la date pourrait être erronée. Si l’ancienneté de l’embarcation est confirmée, nous mettrions en route un nouveau projet, qui serait cette fois une recherche extrêmement complexe, avec des décisions qui concernent les autorités à tous les niveaux.

« En effet, il faudrait alors décider si on conserve les restes du bateau ou si on les recouvre de nouveau après la recherche. À mon avis, il faudrait les recouvrir car Cuba ne dispose pas des moyens suffisants pour financer leur conservation ». Selon Daniel Torres, c’est grâce aux avancées de la technologie et à un travail d’archives rigoureux que l’équipe de chercheurs a pu réduire considérablement le champ de recherche.

« Auparavant, les fouilles s’étendaient sur environ 3 km, et nous sommes actuellement sur une surface d’à peu près 100 m sur 80. Mais même ainsi, nous ignorons à quelle profondeur se trouve l’embarcation, et presque tout dépend de cela : qu’allons-nous utiliser pour creuser ? Combien de temps cela nous prendra-t-il ?

« C’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Les recherches dans le sable sont extrêmement compliquées ; on ne peut pas effectuer de fouilles conventionnelles ; il faut utiliser des technologies très spécialisées et très coûteuses, dont nous ne disposons pas toujours », a-t-il expliqué.

Intéressée par l’importance d’une telle découverte, la National Geographic Society, subventionne Daniel Torres et son équipe en matière de technologie. Une partie de l’aide consiste en instruments pour sonder le sable en occasionnant le moins de dommages possible : les recherches se déroulent sur une aire protégée où il n’est pas possible d’utiliser des équipements d’excavation traditionnels, qui sont trop lourds.

Cependant, concernant l’impact historique éventuel de cette découverte, Daniel Torres préfère ne pas se montrer trop optimiste.

VOLLEYBALL AU STYLE TAINO

Une autre des recherches qui a enlevé la décision du jury de la National Geographic en faveur de Daniel a été un projet qui date de 2005 dans la commune de Maisi, dans la province de Guantanamo, concernant les espaces de cérémonies aborigènes, plus connus au moment de la colonisation de l’Amérique comme des bateyes.

Le batey est une des caractéristiques de la culture taino, qui n’a rien à voir avec les bateyes des anciens villages sucriers coloniaux. Selon le Père de las Casas, ce mot a trois significations différentes : jeu, balle avec laquelle on jouait, et place où se déroulait le jeu.

Dans le cas de Cuba, il ne resterait que quatre bateyes, tous dans la région de Maisi, dans l’est de Cuba. Le travail de Daniel Torres consiste à les répertorier de façon exhaustive grâce à une technologie avancée.

« Les bateyes sont un phénomène fondamental des Grandes Antilles, mais ceux de Cuba ont des caractéristiques spéciales, selon les informations recueillies dans des documents archéologiques et historiques », a expliqué le chercheur.

« Ce qui distingue les sites cubains, c’est qu’ils sont beaucoup plus grands que ceux de République dominicaine, de Porto Rico ou d’Haïti.

« Le plus vaste se trouve dans la localité de Pueblo Viejo. Il mesure 250 m de long sur 135 m de large ; il a été découvert en 1843. Les trois autres ont été découverts par un archéologue nord-américain, Mark Raymond Harrington, venu à Cuba en 1915 et en 1919.

« Le mieux conservé à Cuba, et de toutes les Antilles, est celui de Laguna de Limones. Malheureusement, personne ne connaît ce joyau archéologique. Les deux autres sont celui de San Lucas dont il ne reste qu’un mur, et celui de Montecristo, qui n’a pas été étudié depuis sa découverte par l’archéologue nord-américain. L’un des objectifs du projet est donc de le localiser, s’il existe toujours, et si les travaux agricoles ne l’ont pas détruit ».

LA TRAGÉDIE DU CITY OF ALEXANDRIA

Enfoui sous la mer, à la plage de Boca Ciega, repose un amas de ferraille. Il s’agit du City of Alexandria, un vapeur nord-américain construit en 1879, le plus rapide à faire la traversée entre New York et La Havane à cette époque. Ce vapeur – un autre des projets de recherche de Daniel Torres – pourrait devenir le premier site sous-marin, de type Épave, classé dans la catégorie protection du patrimoine.

Selon Daniel Torres, le City of Alexandria est arrivé à La Havane à la fin de 1893, puis il a poursuivi sa route vers Matanzas pour aller chercher du rhum. Au retour, à la hauteur de Canasi, la soute, où étaient entreposés 400 barils, a explosé. À son bord se trouvaient des passagers, y compris des Cubains. Depuis quelques temps, Daniel Torres et son équipe se sont donné pour tâche de faire des recherches archéologiques sur l’épave. Ils se proposent d’élaborer un parcours virtuel en trois dimensions à partir de photos, ce qui permettrait aux historiens, aux archéologues ou aux simples curieux de parcourir les 103 m du vapeur sans s’immerger.

« Par ailleurs, a-t-il signalé, l’aspect le plus important de ce projet, c’est que nous l’inscrivons dans un cadre nettement patrimonial, afin qu’il intéresse vraiment les gens. Nous souhaitons construire une histoire intéressante, captivante à partir de cette épave de la fin du XIXe siècle, dont il ne reste que de la ferraille », a confié Daniel Torres.

Selon l’archéologue, l’intérêt pour un projet comme celui du City of Alexandria, et de celui d’embarcations semblables, est qu’il soit protégé par la loi cubaine. « En 2008, Cuba a signé la Convention sur la protection du Patrimoine culturel subaquatique de l’UNESCO afin de lutter contre les entreprises de chasseurs de trésors, qui spolient l’héritage historique des pays dont les législations sont peu contraignantes.

« Compte tenu de nos conditions d’insularité, selon des documents d’archives, il y aurait environ 3 000 épaves dans les fonds des mers cubaines. Plus d’une centaine ont été localisées, mais une douzaine seulement ont été étudiées et ont fait l’objet d’un suivi archéologique. Il existe une immense richesse autour de Cuba, mais malgré cela, aucun site sous-marin, catégorie Épave, n’est classé dans la catégorie patrimoine, ni de monument local, ni de monument national.

« C’est notre point faible. Si notre pays a ratifié la convention dont l’objectif est de protéger le patrimoine subaquatique, les sites doivent être protégés par la loi cubaine, et pas seulement par la loi internationale », a-t-il conclu. (Tiré de Juventud Rebelde)