CULTURE

"TOUCHER LA LUMIERE": LE CINEMA POUR LES AVEUGLES.

L’insertion des personnes handicapées dans la société cubaine

Par Tania Hernández

C’est un large et chaleureux accueil qu’a reçu le lancement ces derniers mois à La Havane, d’une initiative en faveur des personnes aveugles ou malvoyantes, qui désormais, grâce aux efforts de l’Etat, peuvent eux aussi profiter des émotions et des mystères du septième art.

« Toucher la lumière » est une initiative remarquablement humaine de la filiale havanaise de l’Association Nationale de l’Aveugle et de l’Institut Cubain de l’Art et de l’Industrie Cinématographique, qui cherchent à intégrer davantage ces personnes dans toutes les sphères de la vie sociale.

Le cinéclub fonctionne à l’aide d’un système d’audio description, aussi appelé vidéo description, dans lequel un narrateur décrit aux handicapés visuels la situation spatiale, les mouvements, les vêtements et d’autres détails essentiels à la compréhension du film.

La révolution cubaine, depuis son triomphe en janvier 1959, s’est efforcée de combattre la marginalité et la discrimination qui frappait les malvoyants. C’est pourquoi elle s’est assignée une mission belle et humaine : intégrer pleinement dans la société cette partie de la population.

Malgré les limites imposées par le blocus économique, commercial et financier des Etats-Unis, l’Etat cubain a multiplié les écoles spéciales et a augmenté sa capacité d’accueil pour améliorer la scolarisation des enfants atteints par différents types de handicap.

Ces centres d’enseignement, qui parsèment tout l’archipel cubain, bénéficient d’un personnel très qualifié, comme des orthophonistes et des auxiliaires pédagogiques.

Cuba compte aussi des enseignants itinérants, qui donnent des cours aux enfants ne pouvant se déplacer, dans les hôpitaux ou les maisons.

D’autre part, afin de favoriser l’intégration dans la vie sociale des personnes handicapées, l’Etat cubain a mis en place un programme spécifique pour la formation et l’accès à l’emploi de ces personnes.

Aujourd’hui, Cuba compte parmi les personnes handicapées, un grand nombre de chercheurs, de juristes et d’autres professionnels qui apportent au développement économique, politique, culturel et sportif de la société.

Il faut dire que notre pays accorde une importance spéciale et une attention prioritaire au respect et à la garantie des droits des personnes handicapées.

Des initiatives comme « Toucher la lumière», montrent combien, pour l’Etat révolutionnaire et ses institutions, il est important d’intégrer pleinement ces personnes dans la société.

 




Deux hymnes, un même esprit

 

Par Ana María Reyes Sánchez / redaccion@ahora.cu / Jeudi, 20 Octobre 2011 14:28


« Entre la réalité et la légende, je préfère la légende », disait le producteur de La vieille dame indigne, un de mes amis qui comme moi aime le cinéma de fiction. Et les images de Rouget de Lisle sont réellement belles quand il entonne pour la première fois son chant de guerre, ou celle de Perucho Figueredo improvisant la lettre du sien.

Une jambe croisée sur son cheval Pajarito , seul les faits paraissent avoir été quelque peu différents. Par chance, dans ce cas, comme dirait la Directrice du Patrimoine Culturel du Bureau de l´Historien, plus attaché à l´histoire qu´à la fiction, « la véritable beauté est dans la réalité».

La Marseillaise, selon Michel Vovelle, un des historiens les plus réputés sur ce thème, a été probablement entonnée pour la première fois par le bourgmestre ou maire de Strasbourg et non par son auteur, mais qu´est- ce que cela donne de plus ? dit Michel Vovelle, alors que les paroles de La Bayamesa n´ont pas été improvisée le 20 octobre 1868, comme nous le savons aujourd´hui, mais cela, en effet, nous fait quelque chose. Faisons une tentative de flash back sur les deux hymnes en parallèle.

L´anecdote est très connue selon laquelle Francisco Maceo Osorio dit à Pedro Figueredo, le 13 août 1867 : « Maintenant il te revient de composer notre Marseillaise » et ici apparaissent obligatoirement deux questions : La Marseillaise a- t- elle eu quelque chose à voir dans la composition de notre hymne ? Qu´ont en commun les hymnes nationaux de Cuba et de France ?

                              
Sans prétendre offrir la réponse exacte qui correspond aux historiens et aux musicologues mieux renseignés et ayant davantage de temps pour boire aux sources primaires, nous survolerons le vide qui s´ouvre devant nous.


 Les titres. Du local au national

Partons du titre. Ici les histoires s´invertissent : le titre original de l´hymne français a été autre, à savoir Chant de guerre de l´Armée du Rhin c´est seulement plus tard qu´il a été appelé La Marseillaise, alors que La Bayamesa a eu des titres dissemblables, comme Himno a Bayamo, Himno de Bayamo , Himno Bayamés , parmi de nombreux autres, et elle a été dépossédée de son titre original pendant presqu´un siècle. En 1954, Flora Mora, musicologue cubaine, a répertorié 22 versions avec 9 dénominations différentes.

Ce fut un jeune médecin, François Mireur, le principal responsable du changement opéré dans le titre de l´hymne français. Envoyé comme volontaire pour organiser les contingents de Montpellier et de Marseille contre la coalition monarchique, Mireur prononce un discours enthousiaste, le 21 juin 1792, dans un local de la rue Thubaneau et entonne l´inconnu chant de Rouget de Lisle avec une telle émotion que le bataillon de Marseille l´adopte comme marche de campagne et il le popularise durant sa montée jusqu´à Paris.

La population de la capitale ne tarde pas à le baptiser comme Marche des Marseillais et ensuite comme La Marseillaise, de manière abrégée. Rouget de Lisle refuse d´accepter le nouveau titre, mais la Convention de la Montagne l´érige en hymne national avec ce titre par accord du 4 Frimaire de l´an II (24 novembre 1793), pour la première fois. La Marseillaise a souffert ensuite autant, ou davantage, d´accidents que la république elle- même, elle est révoquée pendant la réaction thermidorienne, rétablie le 26 Messidor de l´an III (14 juillet de 1795) et ainsi de suite jusqu´à sa plus récente ratification comme Hymne National, le 4 octobre 1958.


 Nous ne pouvons pas déterminer en quel moment a commencé à être escamoté le titre de La Bayamesa de Pedro Figueredo, toutefois, nous nous rappelons tous comment, durant des actes civiques, matinaux et vespéraux, nous sommes invités à entonner les notes de notre Hymne National, sans préciser son titre original. Ceci est, peut- être, le résultat du fait qu´il existe plusieurs compositions musicales sous le titre de (La) Bayamesa et que la majorité des cubains l´ont identifié comme telle, préférablement au chant composé par Carlos Manuel de Céspedes et José Fornaris.


Quel que soit l´origine de l´éloignement, celui- ci a été répandu par la version d´Antonio Rodriguez Ferrer, registrée comme Hymne National Cubain et plus tard affirmer par la Constitution de 1940 qui déclarait dans son article cinquièmement : « L´hymne national est celui de Bayamo, composé par Pedro Figueredo… », sans lui attribué un titre. Par fortune, à partir des études d´intellectuels renommés, en 1980, La Bayamesa a légalement récupéré son nom d´origine à partir du Décret Nº 74 du 22 août 1980 qui a institué la Journée de la Culture Cubaine. Cependant, la Loi N º 42 des Symboles Nationaux, de décembre 1983, l´appelle Himno de Bayamo.


 L´influence du Siècle des Lumières et de la Révolution Française dans le mouvement indépendantiste cubain est indiscutable et c´est aussi un motif de fierté dans la mesure où ils représentaient le plus avancé de la pensée humaine en cette époque. En ce sens il ne faut pas avoir honte que La Marseillaise ait été une source d´inspiration pour notre hymne. Dans tous les cas le titre de La Bayamesa est comme un "clin d´œil" complice à son prédécesseur. Perucho comme Céspedes étaient de connaisseurs de l´histoire et de la culture française et nous ne devons pas oublier, comme cela est arrivée durant plus d´un siècle, que Figueredo, comme Céspedes et Martí, parmi de nombreux autres, était franc- maçon, et nous savons aujourd´hui que les loges maçonniques françaises, loin d´être des sections sataniques, comme cela était prétendu parfois, ont été des pépinières de la pensée humaniste et politique du Siècle des Lumières.


 Soulignons, pour conclure sur cet aspect, que bien qu´ayant des évolutions inverses, tant La Marseillaise que La Bayamesa sont apparues avec des dénominations et des connotations locales pour se constituer en hymnes nationaux.

Les auteurs. Rouget de Lisle et Pedro Figueredo : des officiers de l´armée

Rouget de Lisle, né à Lons- le- Saunier en 1760, était un jeune passionné par la poésie et par la musique. Il est allé à Paris dans l´intention de s´ouvrir un chemin dans le monde de l´opéra, mais a dû recourir à la carrière militaire. Il était capitaine du corps des ingénieurs à Strasbourg quand éclata le conflit de 1792. L´armée de l´Empereur de l´Autriche se mobilisait, les émigrés poussaient pour restaurer la monarchie et la France a dû déclarer la guerre au Roi de Bohème et de Hongrie le 20 avril de 1792.

Quatre jours plus tard les nouvelles qui arrivent à Strasbourg sont alarmantes, les premières défaites commencent à se succéder. Le maire de cette ville, Dietrich, réunit plusieurs officiers et le Général Luckner demande à Rouget de Lisle de composer un chant capable de galvaniser l´esprit des soldats et des volontaires. Dans la nuit du 25 au 26 avril 1792 le jeune capitaine des ingénieurs compose Le Chant de guerre de l´armée du Rhin , inspiré une affiche patriotique qui adjurait : « Aux armes citoyens !   

L´étendard de la guerre s´est levé : le signal est donné. Aux armes ! »

En ce qui concerne la musique, bien qu´on ait allégué une certaine similitude avec le Concerto Nº 25 pour piano, de Mozart, ou avec un passage du Mariage de Figaro, du même génie musical, on ne lui discute pas la paternité et on souligne sa formation semi- autodidacte comme un avantage face aux professionnels. Quant à l´harmonisation hypothétiquement "déficiente", selon quelques historiens, il vaut la peine de souligner qu´elle a été révisée par Gossec et plus tard par Berlioz, le compositeur de la Symphonie Fantastique, bien que les versions soient innombrables.


 Voyons maintenant, dans les grandes lignes, ce qu´il arrive avec La Bayamesa . Né à Bayamo en 1819, Pedro Figueredo étudie le Droit, mais il est un grand amateur de la musique. Il a composé des contredanses, une d´elles a été publiée dans la revue La Piraguaet il a fondé en 1851, avec Carlos Manuel de Céspedes, La Filarmónica, le centre culturel de Bayamo où se réunissaient d´illustres personnalités. Là on y chantait, on y récitait et on y montait des œuvres théâtrales qui soulignaient la cubanité et la haine du colonialisme espagnol.


 Francisco Vicente Aguilera, bachelier en lois, Francisco Maceo Osorio, avocat, et Pedro Figueredo fondent la loge maçonnique «  Redención  », le 1er août 1867 et jurent de combattre pour l´indépendance de Cuba jusqu´à la mort. Le 13 août 1867 est constitué le « Comité Révolutionnaire », dans la maison de Figueredo, et c´est là qu´Osorio prononce la fameuse phrase : « Bien, nous sommes constitués en comité de guerre. Maintenant il te revient, étant musicien, de composer notre Marseillaise ».


 La majorité des sources concordent sur le fait que Perucho ait composé la musique dans la nuit du 14 août 1867, un an et deux mois avant le légendaire 20 octobre 1868. Les paroles, toutefois, font toujours l´objet d´un débat. Qui les a écrites réellement et quand ?

Il n`y a pas de doute que le seul exemplaire de La Bayamesa qui est conservé de la main de l´auteur, porte le titre de : « Paroles et Musique de Pedro Figueredo ».


 Le Décret Nº 74 du 22 août 1980, instituant le 20 octobre comme Journée de la Culture Cubaine restitue son titre à l´hymne, mais répète la légende : « ses paroles ont été écrites au milieu du combat et du triomphe, lors de la première victoire de l´Armée Libératrice et de la plume de son créateur musical, Perucho Figueredo, qui sur son ardent coursier et avec tout le peuple en attente, ému, il a composé… ». Toutefois, voyons ce qu´a dit Carlos Manuel de Céspedes y Céspedes – fils majeur du Père de la Patrie et gendre de Perucho – d´un mémorable jour de mars 1868 quand il la joua au piano lors d´une réunion privée : « Nous avions déjà la musique et ils nous manquaient seulement les paroles qu´Isabel, son épouse, a adaptés aux mesures naissantes de Figueredo, qui n´était pas poète, alors que son épouse et mon inoubliable belle- mère, Isabelita, composait d´admirables vers patriotiques… ».


Tout le monde sait que la sœur d´Isabel, Luz Vázquez, fut la muse qui inspira La Bayamesa à Céspedes, à Francisco del Castillo et à Fornaris, mais nous ne savons peu d´Isabel Vázquez Moreno, qui a vécue nomade et qui est morte pratiquement seule et oubliée à New York, bien qu´elle fut d´une certaine manière, si non l´auteur – ce qui est impossible d´assurer aujourd´hui – au moins la coauteur des paroles de notre hymne national. Maintenant, « pourquoi son auteur n´est reconnu ? – se demande Delio G. Orozco, Historien de Manzanillo, dans son article écrit pour la revue Clave – la réponse s´avère évidente : être indépendantiste, dans la Cuba du XIX ème siècle, ne signifie pas posséder une pensée émancipée en ce qui concerne la femme ». Il faut espérer qu´un certain jour la recherche spécialisée fasse apparaître la lumière nécessaire sur cette énigme et que justice soit faite.


 Quant à l´orchestration, l´histoire est plus longue et difficile, mais à la fois plus diaphane. Manuel Muñoz Cedeño, musicien "de couleur", Chef de l´orchestre de Bayamo a à sa charge la première harmonisation et instrumentation de La Bayamesa à la demande de Pedro Figueredo. Plus tard viendra la version d´Emilio Agramonte, pour voix et piano, que José Martí publia dans le journal Patria , le 25 juin 1892 et, à partir de celle- ci, celle d´Antonio Rodriguez Ferrer, de 1898, qui aujourd´hui est reconnu comme coauteur « pour son introduction de 16 mesures, son harmonisation et son instrumentation » (Loi Nº 42 de 1983). Ces orchestrations ont été faites sans la partition originale, laquelle était considérée comme perdue, quand, en 1900, fut publié une copie manuscrite que Figueredo donna à Adela Morel Oñoz au mois de novembre 1869.


 Parallèle entre les paroles et la musique La Marseillaise

Allons enfants de la patrie,

Le jour de gloire est arrivé.
Contre nous de la tyrannie

L´Étendard sanglant est levé (bis)

Entendez- vous dans les campagnes

Mugir ces féroces soldats,

Ils viennent jusque dans vos bras
Égorger vos fils, vos compagnes
(Refrain)

Aux armes, citoyens !

Formez vos bataillons !

Marchons, marchons,

Qu´un sang impur

Abreuve nos sillons…

La Bayamesa

  Al combate corred bayameses

que la patria os contempla orgullosa

no temáis una muerte gloriosa

que morir por la patria es vivir

En cadenas vivir es vivir

en afrenta y oprobio sumidos

del clarín escuchad el sonido

a las armas valientes corred!

  No temáis los feroces iberos

son cobardes cual todo tirano

no resisten al bravo cubano

para siempre su imperio cayó…


Les deux hymnes ont eu, au début, six strophes et les deux ont conservé seulement les premières. Dans le tableau précédent nous comparons seulement le début des textes dans lesquels sont soulignées les similitudes les plus évidentes.

Sans entrer dans les détails des rimes et de la métrique, on peut aussi apprécier la similitude dans la structure de strophes. Sans élément suffisant pour nous risquer sur le terrain de la musique, nous osons ébaucher le parallèle suivant :


 • Les deux partitions sont écrites en clé de sol et le rythme est de quatre par quatre.

La Marseillaise a été composée avec l´aide d´un clavecin alors que La Bayamesa a été composée au piano.

• La ligne mélodique des deux chants est simple, mais l´harmonisation est révolutionnaire dans son recours aux vastes masses chorales et aux cuivres.


 Conclusions

La Marseillaise et La Bayamesa , avec des titres apparentés, ont eu un surgissement local et postérieurement ont été acceptée comme hymnes nationaux.

• Les deux chants ont été composés par des officiers des armées républicaines et libératrices, dans de mêmes circonstances.

• Les deux sont des chants de guerre, créés en défense de la patrie et d´un idéal de liberté.

• L´un et l´autre ont eu initialement six strophes et les paroles ont des éléments en commun.

• La musique de La Bayamesa , surtout dans sa version originale, démontre des influences de La Marseillaise

« Cette musique nous économisera beaucoup de canons », a dit Napoléon. Cependant, d´autres sont arrivés à contester le caractère guerrier de l´hymne français et beaucoup, entre eux Victor Hugo, ont voulu réécrire les paroles de La Marseillaise , mais comme l´a dit l´auteur des Misérables , c´est l´image qui subsiste avec son message de La Liberté guidant le peuple pour toute l´humanité. José Martí disait : « Il y a des vers qui nous font pleurer et d´autres qui nous poussent à monter à cheval… . Ecoutons le debout ; et avec la tête découverte », depuis les pages du journal Patria il y a plus d´un siècle.

Tiré de Cubarte